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26 janv. 2011

V.I.P to Norway

Un jour j'ai voyagé en avion  sans avoir acheté le billet. C'est une délicieuse sensation que d'arriver à Orly avec juste un léger bagage, d'aller au guichet où on t'a dit d'aller. Le panneau annonce "Stavanger", avec une heure de départ. Tu dis juste ton nom, tel un sésame,  et on te donne un billet et une fiche d'embarcation. Mata Hari tu es, une voyageuse incognito en place V.I.P, une very importante personne. Tu monteras dans le jet d'une société pétrolière, de celles qui ont des plateformes de forage dans la Mer du Nord. Ainsi tu arrives au sud de la belle Norvège en plein mois de novembre et D. t'y attend.

D. travaille pour ladite société, qui a ses écoles privées pour les chérubins du personnel. L'avion est presque vide, pas de problème, il est réservé au personnel et leurs amis, deux vols par semaine, toujours le même jour, à la même heure. D. a indiqué mon nom et le jour J. à la compagnie, et voilà, Mata s'envole en V.I.P, very impressionnée indeed.

D. c'est "L'ami d'amis". Odile et G. se sont mariés, je suis témoin et amie d'O.  Quant à D. c'est l'ami, et témoin, de G. En 1991 nous voilà célibataires tous les deux, lui et moi. Tiens ? Cela ferait un accord parfait, une sonate à quatre doigts de ma main : O et G + lui et moi. Des amis hors pair qui se connaissent bien. 

Non, ça ne marche jamais avec moi ces plans là, zut. Dix ans auparavant il y a eu  un scénario identique mais avec d'autres personnages dont B.... Oh le beau, toujours en mer sur des bateaux, étudiant aux beaux arts avec Patrick, le fiancé de mon amie ! L'amie avec laquelle je cohabite et étudie au Havre, en 1979. Elle retourne les fins de semaines chez eux, à Caen. Parfois elle m'emmène et là on est quatre, le plus souvent. B et Patrick, elle et moi. On est beaux, on est jeunes, ils sont des hommes plein d'inventivité, d'art et d'humour et B. a des yeux bleus et un air tendre et je ne demande qu'à...Un soir, un seul, il sera dans mon lit, sur un matelas une place, au sol, et à quelques encablures dans la même pièce, les fiancés sur un matelas une place aussi. Mais B. ne m'aime pas, j'ai ses cuisses contre mes cuisses, son cou dans mon cou. Mais rien d'autre. Bien sûr je ne dors pas et le lendemain je jette des galets dans la mer, grognon. Fini le plan B. 

Plus de dix ans après, le plan D. a de la classe. Brun, nerveux, intelligent, lui c'est la montagne, pas la mer. Moi c'est comme il veut, je ne suis pas loin de tout vouloir. Un mois plus tard je pars travailler au Cambodge. Mais il est voyageur. Et c'est un ami et l'ami de mes amis. Et je passe six jours en Norvège, chez lui.

Oh comme ce pays est doux ! Tout est facilité et aimable. Les voitures s'arrêtent pour te laisser passer alors que tu n'as même pas encore le pied sur le passage piéton. Tout est calme. Les petits enfants ont des casques pour pédaler sur leurs petits vélos, et en 91 ce n'est pas courant en France ces casques pour cyclistes, pas du tout. Je découvre une société disciplinée et accueillante. Même le Québec paraît brouillon en comparaison. Stavanger est un port croquignolet, le poisson abonde. Les rues piétonnes se remplissent des lueurs de Noël. Dans les boutiques de décorations et de bougies j'ai envie de tout acheter. Un choix époustouflant.

Dans les supermarchés le choix de nourriture me ravit : produits bio à gogo, céréales en pagaille, poissons fumés par tous les bouts, biscuits épicés, laitages géants. J'ouvre des grands yeux sur ce conte de fées. Je suis un lutin qui vagabonde, tout est facile. Près de la maison il y a même une piscine extérieure avec sauna, ouverte de 6h à 22h. L'eau y est très chaude, la fumée s'évapore, j'y vais le matin, nous sommes quatre à y nager sous un soleil d'acier. Il fait entre zéro et un peu moins.

La société propose des jolis chalets en location,  près d'un fjord. Nous y passons la fin de semaine. La neige est tombée, elle monte jusqu'aux genoux. Les monts se reflètent dans l'eau limpide exactement comme dans un miroir, comme sur les photos. Celles que je n'ai pas prises, en ce temps là j'en prenais si peu !
Le chalet est confortable, tout en bois clair, somptueux. Mais D. ne m'aime pas, ne sera pas amoureux. Sous la couette norvégienne, malgré nos essais, ce n'est pas de l'amour qu'il me fait, pas le vrai et nous savons ce qu'il en est. Nous serons donc sincères, je serais donc un peu déçue.

Dans un recoin de chez moi je garde précieusement un vestige de mon novembre norvégien, deux bougeoirs et leur décoration.


"C'est moche" me dit Lui, ici, mais il ne sait pas et je souris. "Non, moi j'aime", je lui dis, têtue, bien sûr. Il ne sait pas ce qu'est ma vie sans lui.
Qu'est-il advenu de moi ? Deux mois plus tard en cette Asie intime je rencontre la passion de ma vie. D. va , lui, nouer une relation secrète avec la femme d'un ami cher. Cela le mène à sa perte trois ans après. Il prend sa voiture et roule dans le vide, sur les routes de France, déchiré. Il fait 500 kms et frappe à ma porte, lyonnaise en 96. Il a des yeux de cocker battu. Nous dînons  au restaurant, tous les trois. Nous deux et lui, si malheureux. Un moment nous sommes seuls. Il me prend la main et me demande
" Alors tu es heureuse ? Ca y est ? Tu es sûre ?"
A ce moment là, je suis sur un nuage de ma vie, l'amour dans la poche, rayonnante je dis
- Oui, oh oui ! Enfin, quel bonheur, enfin avec lui !
- C'est bien, tu vois si c'était à refaire...
Et puis tout bas, marmonnant dans sa barbe qu'il ne rase plus ( il est un errant qui ne se regarde plus dans un miroir ) il glisse  "J'ai sûrement raté quelque chose"

Nous ne savons pas que dix mois plus tard je dois fuir, loin, très loin,  mon amour qui me chasse. Je suis errante à mon tour. Oui, ce sera mon tour d'être perdue. Tournent les manèges, plonge la vie. Plus tard il rencontre la mère de ses deux filles dont il est gaga  aujourd'hui. 

Plus tard, moi...
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18 janv. 2011

Les valises

Je suis née auprès de gens curieux de tout qui aimaient bouger. C'est ainsi, je suis tombée dedans. Comment cela se passe -t-il ? Petite je devais sentir cette excitation monter au fil des jours, sans doute.
Un genre d'adrénaline.
D'abord on fixe une date et un lieu. C'est comme cela que tout commence.Est-ce que cela s'appelle un projet ? Je ne sais pas. Peut être une destination. Et l'idée qu'on va bouger s'installe comme un démon dans chaque recoin de ton esprit.
Nous allions souvent dans les lieux plutôt amis, connus, familiaux, et sinon j'avais aussi le luxe et la chance de séjourner dans des hôtels ( j'en suis restée amoureuse, enfin ceux qui sont corrects, avec un minimum de confort vital...). Voiture, train, bateau, avion nous prenions.

J'ai toujours été indépendante et solitaire, avec les valises c'était pareil. Je pense qu'à huit ans je n'avais besoin de personne pour les faire et les boucler. Les deux "grands" partis dès leurs dix-huit ans, je me suis retrouvée seule et autonome dans la maison très vite, pour tout et pour voyager itou. J'avais ma propre valise, ma trousse de toilettes. La veille, ma mère venait voir si j'avais besoin de quelque chose ou de quelqu'un. Je n'avais pas besoin. Ma propre valise à la main, je l'amenais devant la porte d'entrée bien avant l'heure de partir. Et pas besoin de me secouer comme un prunier dans le lit pour partir aux aurores. Prête comme un petit soldat. Lavée, habillée, guillerette, impatiente et silencieuse, observant ces adultes nerveux et inquiets de tout fermer, de tout vérifier et mon père dans la voiture d'énumérer ce que ma mère aurait pu oublier de ses affaires, parce que lui ne faisait guère ses valises seul. Ces hommes là, de cette génération là. Ces femmes là...

 Bretagne sud, de gauche à droite : ma mère, mon père me portant, les deux grands, ma grand-mère paternelle-québécoise.


Moi je venais d'une autre planète. J'en avais eu confirmation dans un livre de la collection Rouge et or . "Tombée du ciel", c'est le titre. C'est l'histoire de Mo, petite fille tombée d'une planète nommée Asra, et recueillie par des enfants terriens. Mo a un très beau collier de perles grosses et translucides.


Et sur sa planète "On ne pleure jamais" dit-elle aux enfants. 

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1 janv. 2011

Se réveiller dans le Monde

Ce matin 1er janvier à 4h du matin mes yeux sont ouverts, ou bien c'est mon esprit. Il vagabonde.
Je pense à mon amie du Pacifique Sud pour laquelle la journée est en plein : 10 heures de plus.
Je pense aux amis des Amériques, des côte Est ou Ouest ( un autre Pacifique...) pour lesquels c'est la nuit et c'est encore hier : 6 heures minimum de moins.


Des petits atolls finissent leur jour dans les océans verts pendant que je petit dejeûne. Ces décalages horaires me cassent quand je vais vers eux, d'un côté comme de l'autre de l'horloge. Tu es zombie pendant deux jours.

A Montréal avec I. dans son bed and breakfast, cela ne la dérangeait pas, au contraire. On se retrouvait une tasse à la main dans la nuit québécoise à regarder le petit jour et à prendre le frais avant que la chaleur d'aout nous colle sur place. Et même ensuite, très souvent, sans doute à cause de cette chaleur à venir, sans doute à cause des insomnies de mon amie et sûrement parce qu'on ne s'était pas vues depuis 25 ans, chaque petit matin nous étions ensemble entre terrasse et jardin, son café italien fumant dans la cuisine.
L'unique autre personne hébergée là dormirait jusqu'à 9h bien  passés. Il était entrain de s'installer à Montréal et de chercher un appart, un condo. Charmant "pur british" et alcoolique, il rentrait toujours très très tard le soir, et on ne risquait pas de le réveiller. 

Seule Maya, la chienne de mes rêves, sur laquelle j'ai pleuré en partant, nous rejoignais, toute heureuse.
Le jour se levait, tendre, dans le jardin de la belle maison située près de l'université UQuAM, l'Université du Québec à Montréal.  Je ne sais plus s'il y a le U dans ses initiales que tout le monde connaît comme du petit pain, comme du bagel, comme des donuts. 




Se lever tôt en vacances et être prêt à vadrouiller, à ne rien faire, le corps libre sans destination, sans destinée autre que tout dévorer en pleine face, tout retenir et puis tout laisser tel quel derrière soi.
Vagabonder comme chez soi et dans cette ville qui est comme une mère et une soeur pour moi. Qui trouble de ses mystères, de ce passé familial que je ne connais pas, de cette grand-mère née là, de ses soeurs, de son père aventurier sur les bords, parti vers 1870 ou 80 ? pour ce continent qui promettait la lune.


Moi je me vois avec eux dans les hameaux devenus villages au bord du st Laurent où naquit cette famille . De bois, de boue, de feux,  d'hivers et de moustiques. De chevaux et de poneys, d'usines nouvelles où cet arrière-grand-père travaillait, de premières locomotives crachotant leurs fumées et de peuples premiers (comme on dit si bien là-bas) assassinés.
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12 déc. 2010

Hanoï

Décembre 1996, je vis au Laos, pays voisin, alors un réveillon à Hanoï, Hum, bonne idée ?
Une amie de France est venue, nous partons pour dix jours. Le collègue vivant à Hanoï nous a réservé un chouette petit hôtel.


Je me rends compte que j'ai du mal à parler de ce séjour qui m'a tellement plu. En plus je n'ai que peu de vieilles photos, à l'époque de l'argentique je photographiais parcimonieusement.
Je n'ai pas de photos de la foule dans les rues et de la circulation à deux roues. Je n'ai pas de photos du quartier des artisans, une rue par métiers. Je n'ai pas de photo du grand lac et son temple, où les gens se réunissent à 5h du mat' pour le Taï Chi Chuan.

Tant pis. En fait, il faut aller à Hanoï, il faut y aller.
En 1992, j'avais passé deux jours à Ho Chi Minh Ville/ ex Saïgon. A peine le temps de passer le choc. Je vivais au Cambodge et le simple survol en avion entre les deux pays m'avait fait comprendre l'incompréhensible. D'en haut, dès les nuages, la frontière est nette. Tu vois la terre khmère,aride et sèche, et en quelques kilomètres, là, en dessous, le paysage se transforme comme par magie en une verdure acclimatée, des plantations, des tissus d'irrigations. Deux mondes qui se se révèlent déjà depuis l'avion.

Comment font-ils ces vietnamiens pour transformer tout ce qui est sous leurs pieds et dans leurs mains en du productif, du beau, du vivant, de l'utile ?

Ils apprennent, ils bossent, ils sont ingénieux et tenaces, rien ne les arrêtent. C'est cela qui m'a le plus frappée tant au Sud qu'au Nord. Et ils lisent. Partout, même la petite vendeuse de fruits, même la mamie avec ses binocles, assise sur le trottoir : c'est un pays de lettrés et même si tu ne sais rien de son Histoire, tu le sais si tu regardes. D'autant plus si tu connais les pays voisins. La différence est nette.
Ici on lit, on apprend, on écrit, on en veut, on ne renonce jamais. Ici il y a toujours une solution, on cherche, on invente, on ne sera jamais vaincu.

C'est une évidence, cela se sent, se respire au Vietnam. Tellement que je me suis demandée si les américains avaient été aveugles de ne pas le sa-voir, stupides de s'acharner tant sur cette guerre perdue d'avance. Car ce peuple est fort si fort et si étonnant. Et si intelligent et créatif !


Y faire du vélo est une expérience hors pair. Tu te glisses dans la foule compacte et au début tu es maladroit car tu fonctionnes par à coups, par force. Non, il faut glisser comme sur une patinoire et croire en ta belle étoile. C'est une émotion divine que de rouler en vélo à Hanoï. J'en garde des visions célestes comme ce jeune homme assis en amazone derrière le vélo de son ami ( beaucoup de monde sur les portes-bagages ), en costume gris, voletant comme un ange, beau, les jambes relevées et légères, souriant, discutant. Une plume posée là sur le porte-bagages, la grâce même.

Mon coeur s'est soulevé du matin au soir entre Hanoï et la baie d'Halong et les autres balades à la journée sur des rivières, des lacs, vers des temples. Balades en petits groupes car les déplacements individuels n'étaient pas autorisés. Le contrôle des touristes est très prégnant. Et je dois dire que j'ai aimé ce genre de mépris aussi dans les yeux des vietnamiens, du moins aucune condescendance...Non tu n'es pas le petit roi comme dans les pays frontaliers où je vivais, plus à L'Ouest. Ici tu fus ennemi, tu fus battu à plates coutures et tu n'es pas "supérieur". Ouf.

Aller. Il faut aller dans ce pays qui est si surprenant. S'assoir sur les petites tables des trottoirs ( ce sont comme des meubles de maternelle, pour nous), boire le phô, qu'on prononce "feu" mais avec un son guttural incroyable. Et regarder, regarder, comme j'aime le faire. Puis marcher et s'empiffrer de beignets de bananes vendus sur un vélo.


Mes émotions sont restées intactes. Pas besoin de rester longtemps à Hanoï pour être changé à jamais.
J'ai démarré l'année 1997 dans le restaurant école Hao Sua. Un endroit très joli, où j'ai dansé avec Tang , peintre d'origine vietnamienne qui cherchait à retrouver son pays. Mais pas facile. Plus tard j'ai aussi dansé sur un bateau dans la baie d'Halong, avec un groupe d'italiens qui avaient apporté leurs cassettes !Sensa vergogna...L'italien voyage avec l'Italie, no ?
Et j'ai, bien sûr, regardé les merveilleux pratiquants de Taï chi avec émerveillement, sans me douter une seconde que cet art martial serait mon guide trois années plus tard. 
Oui, quand on voyage on engrange sans le savoir. On met dans sa poche tant de secrets, tant de découvertes. Nous n'en n'avons pas toujours conscience sur le moment. Il y a tant à respirer, à ressentir, on est tout entier dans l'instant. Plus tard l'instant prend son volume et tout son sens, simplement, naturellement, sans qu'on choisisse ni ne décide vraiment. Ni le pourquoi, ni le comment.

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24 nov. 2010

Les cartes qu'on garde



Des travaux chez moi m'ont obligé à dépouiller un mur de sa mosaïque de cartes postales. Pas toutes passées par la poste, d'ailleurs, certaines ramenées en trophée, comme des photos.




Mon chat adore que j'étale des paperasses au sol


Et moi je regarde ces instantanés de vie, d'autres mondes possibles. Je ne suis pas allée dans tous ces lieux, pas tout à fait.
Mais ils ont le goût de la nostalgie, ils évoquent des souvenirs puissants. Ils chantent, ils appellent.





La Corse, la Bretagne. Je les mets au même niveau, au Top du niveau.
La mer normande, celle de l'adolescence et des amis. Tant de beaux jours. Les falaises qui plongent dans la mer. Les gris, les bleus, les ocres de la terre qui tombe dans l'eau, d'en haut.
Montréal sous toutes les saisons mais que je ne connais qu'en été et automne. Il faudra donc...
San Francisco, ta ville, Maya, grâce à toi je l'ai découverte. Et quelle ville ! Et ses côtes, le "Pacifique" si mal nommé, comme dit Madame Groult ! Car il enrage, il fouette, il décoiffe. Là-bas, il m'a épatée.
Les groupes ethniques de Thaïlande. Pour ne jamais oublier à quel point des personnes vivent tellement autrement que nous. Je veux toujours les avoir sous les yeux.
Vanuatu et l'autre Pacifique d'une autre amie, pacifique et chaud ce sud là. Des échelles de bambous fabriquées pour s'y jeter, le saut à l'élastique en ses origines ! J'ai aussi la Tasmanie d'Allison, mon australienne. De ces îles incroyables, peut-on rêver plus au bout du monde ? Perdue de vue, perdue d'écriture cette A. là. Pourtant quelle femme !! Trop loin ?



Est-ce qu'on a tous chez nous un puzzle de bouts du Monde ?
J'ai une vraie affection pour les images. Je rêve en les voyant, je me projette dedans, je sors de chez moi, je suis une autre. 
Est-ce qu'on aime ça ?



Le chat avec ses pattes fait son choix, comme on laisse voguer son doigt sur une carte ouverte.

21 nov. 2010

Les destins croisés



Le goût d'apprendre est pour tout le monde. Finalement, où que l'on soit, je me demande si ce n'est pas cela le moteur d'un autre monde possible, la source de la vie.

Lors de ma première expérience en Asie du Sud-Est, près du Triangle d'Or, au Nord de la Thaïlande, l'association travaillait sur plusieurs domaines d'éducation. La population de groupes éthniques laotiens était destinée à retourner un jour au Laos, retraverser le Mékong dans l'autre sens. Se réinsérer dans un pays qui aurait changé, qui voudrait cadrer ses groupes autrefois anti gouvernementaux, ces chasseurs-cueilleurs sans Nation.
Alors les adultes apprenaient le laotien, langue étrangère pour eux. Dans leurs tribus seule la langue orale prédomine et ce n'est pas la langue nationale. Un problème récurrent partout dans le Monde.


Pour que les femmes puissent aller à l'école, on s'occupait donc de leurs petits. Ensuite, l'association a eu aussi en charge de remettre sur pied l'école primaire et son milliers d'élèves.

Les camps de réfugiés sont sous l'égide de l'UNHCR, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies. Ils gèrent la logistique de base et l'approvisionnement en nourriture. Vaste programme. Hordes de personnes attendant les camions qui amènent, tel jour le riz, tel jour la volaille, tel jour le poisson, etc...

La vie s'installe. Aucun camp dans le Monde ne se ressemble, je pense. L'association travaillait dans trois camps en Thaïlande, avec chacun sa population issue du Laos et chacun son organisation, son allure. Grand, petit, encerclé de barrières ou pas, petites maisons ou longs baraquements. Là où je travaillais, le camp était encerclé de barbelés sur un terrain plat et poussiéreux. A l'entrée tu montrais tes papiers, ton autorisation de travailler là aux militaires thaïs, des gens qui ne rigolent pas. Mais les réfugiés vivaient correctement sur le plan nutritionnel et sanitaire, comparé à d'autres lieux sur la Terre. Leurs habitations étaient de bois et de tôle, de longues baraques avec des préaux, à partager entre plusieurs familles. Une vingtaine d'associations leur proposaient tout un accompagnement et des formations en éducation, santé, agriculture, compétences techniques et professionnelles...

Régulièrement les Ambassades faisaient halte pour recevoir les demandes d'émigration. Longues files papiers en main pour être reçu dans un bureau étroit, face à un fonctionnaire canadien, australien, américain, suédois, norvégien...Le sésame ? Oui ou non ? Le départ ?

Tous un jour partiraient, quinze ans plus tard. Tous les recalés, ou tous ceux qui ne voulaient plus aller trop loin. Des cars les attendront pour un rapatriement forcé vers le Laos. Retour à la case départ. Sans doute pas avec le grand-père ou le vieil oncle, morts là. Mais retour pour les autres. Aller simple pour les enfants nés au camp qui eux, ne seront jamais américains, canadiens, suédois ou islandais. Jamais.



C'est une chose étrange de cotoyer ces exilés quand tu as toi même quitté ton pays d'origine. Quand tu vogues dans le flou, dans l'inter-langage, l'inter-culture et que tu ne sais pas pour combien d'années tu vivras là. Plus tard, beaucoup plus tard, tu repenses à leurs départs avec cette autre conscience qui est venue s'immiscer en toi.

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23 sept. 2010

Daniel



Daniel Je pensais pouvoir parler de toi ici mais je vois que c'est encore beaucoup d'émotions, plus encore que quand tu es mort. Daniel, oui, n'a pas choisi de voir au delà de la quarantaine. Il a fait son choix. Un soir de 1995 après un dîner très sympa au Laos, chez lui, dans ce pays qu'il adorait, auprès de sa femme laotienne et leurs deux jeunes enfants.
On ne sait pas, on ne peut jamais savoir.

Daniel je le connaissais peu. C'était un homme d'une voix exquise. Il y avait en lui une immense douceur et une tristesse douce, lointaine. Son sourire était un appel. Son sourire était franc. Ses yeux brillaient. Il avait beaucoup de charme, celui de la féminité et cette voix lente, éraillée à peine, qui trainait, qui captivait et laissait aussi la place à l'autre.

Il a travaillé à l'Est de la Thaïlande, dans un camp de réfugiés, il a adoré cette période, il rayonnait. Ensuite il fut mon deuxième directeur à Bangkok, puis il partit au Laos diriger l'association, enfin, non, il avait pris un poste plus tranquille, celui que Clo prendra ensuite. En 1992 je le recroisais là-bas et il m'encourageait à aller dans la ville ancienne de Luang Prabang qui est un joyau sur terre. Il adorait ce pays, il adorait cette ville. Il m'a dit " En y allant, tu retournes un siècle en arrière" Et il avait raison. Nous sommes dans une rue de Vientiane, la capitale du pays, enfin, capitale...Quelques rues goudronnées le reste en terre, tu vois...Et il porte ses éternelles chemises larges et bariolées et il me souhaite bon voyage et c'est la dernière fois que je le vois.
Je vis alors au Cambodge pour encore quelques mois et je n'ai absolument aucune idée mais absolument pas l' idée que quatre ans plus tard j'arrive à Vientiane pour diriger l'association. Là où j'ai laissé Daniel ce jour de mai 1992. je vais être au même endroit en 1996, et sans lui.

C'est dans ce beau pays qu'il a choisi de quitter sa vie. Il aura eu la cérémonie boudhiste qu'il aimait et ses cendres dorment là-bas au pays nonchalant de ses amours. Finalement la nonchalance c'était son truc, ses pays. Il avait vécu une première partie de vie en Guyanne française, instituteur dans des villages isolés dans les forêts amazoniennes. Il avait adoré, il en était un peu nostalgique, je crois. Hamac, tongues, et immersion chez les locaux, c'était sa vie. Il gardait de puissants et magnifiques souvenirs de cette période qui l'avait bâti je crois, conquis. Il y avait rencontré les Hmong, ce groupe ethnique laotien qui avait fui après la guerre du Vietnam. Les réfugiés Hmong cultivent les terres en Guyanne et vendent leurs fruits et légumes sur les marchés. Ensuite, c'est dans les camps de réfugiés de la Thaïlande que Daniel était venu les retrouver et travailler.

Il était conquis. Il était entièrement à son travail qui était sa vie et il était comme un poisson dans l'eau en Asie du Sud-Est. Peut être le Laos était-il le point de non retour, peut être savait-il qu'il bouclait une boucle ? Que rien ne pouvait mieux répondre à ses attentes... Peut être qu'il n'y avait aucune autre perspective. Juste rester là pour toujours. Mais pourquoi y mourir déjà ? Daniel était dépressif ? Il avait une pharmacie pleine. Et sans doute s'il avait été en France aurait-il été suivi différemment, une thérapie, d'autres perspectives ? Oui mais sa vie était là-bas. Et certes, quand tu te maries avec une femme du pays, tu as très peu de chance de la rendre heureuse ailleurs. Tant d'autres amis se sont cassés les dents...Alors ? Alors, la vie.

Je me souviens de lui et moi dans un touk-touk à Bangkok, à son époque thaïe. Il détestait, d'ailleurs, devoir vivre dans cette ville. J'allais à l'Unesco voir un collègue et il m'avait déposé là. Je m'étais sentie toute chose. Le charme de Daniel. Ce petit brun avec ses chemises larges, un peu serré dans ses pantalons et son visage lunaire. Sa voix, son corps près de moi, nous nous touchions dans le tuk-tuk et la moiteur. J'étais novice, à peine arrivée quelques mois avant, je vivais au Nord du pays. Il me parlait, me parlait. Nous faisions connaissance. Je n'ai aucune idée de ce qu'il pensait de moi. Il savait que je n'étais pas célibataire. De sa vie amoureuse nous ne savions rien à l'époque. C'était un mystère. Avait-il laissé une belle quelque part ? 

Un jour une beauté du diable est arrivée pour un séjour dans la maison de Bangkok, sa maison, qui faisait aussi office de siège de l'association. Cette fille était belle comme cette actrice dans "La femme du Coiffeur" de D. Leconte, tu vois ? Une brune pulpeuse avec des jupes en volume. Je la revois faire le ménage comme une fée penchée sur la maison. Et le Daniel assis à son bureau, lutin malicieux, ne disant rien avec un sourire rêveur. Un air illuminé que je ne lui avais jamais vu. Elle est repartie. Je n'ai jamais su. Il était hyper discret. Finalement qui savait son monde et son mal intérieur ? Je me le demande.

Il était doux et il se noyait au dedans. Il aimait profondément ses amis, tendrement, profondément, je crois qu'il aurait donné sans compter pour eux. Un an avant qu'il ne se suicide, son meilleur ami du coin, notre Christian, (qui rit dans le coin à droite, sur la photo là-haut) était mort du sida. Ils avaient vécu l'aventure asiatique ensemble durant presque dix ans. Christian avait pris le poste de Daniel quand celui-ci était parti au Laos. Daniel avait tout créé au Laos, l'assise de l'association, les projets du Nord au Sud, les partenaires, les contenus, tout. Idem pour Christian qui n'a survécu ses dernières années que par la passion de son travail.

Pourquoi je parle de Daniel que je connais peu ? A cause du touk-touk dans Bangkok et de nos corps qui se frôlent, du désir ambiant, de la pudeur et de son regard bienveillant sur moi. C'est vrai que je l'avais aussi revu lors d'un dîner dans le Nord, chez moi. On avait mangé une soupe délicieuse dans un restau bizarre. Un de ces plats chinois où tu as un immense bouillon devant toi et tu partages, tu mets les ingrédients et les odeurs se mêlent. On s'était régalés. Il n'allait pas très bien. Il semblait blasé, il semblait s'ennuyer un peu, il n'en pouvait plus de vivre à Bangkok.Nous ne savions pas, nous n'avions pas idée qu'on se retrouverait deux ans plus tard au Laos, moi de passage une première fois, lui installé.

Pourquoi je parle de Daniel ? Un être mêlé, une âme vagabonde, un homme de charme sincère et simple, et tant de secrets. Finalement tous les êtres que nous rencontrons nous changent, nous façonnent, même si nous  les connaissons peu ?


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17 sept. 2010

Clo.

Clo est une des dernière découverte amie-du-lointain.
Tu peux la voir de dos, sur le montage de la bannière, la petite photo à gauche, lors de la cérémonie de départ du Laos.  Cette cérémonie se nomme " baci". Je suis de face et au fond à droite c'est le dos de Clo.
Une grande fille splendide, la première chose à laquelle j'ai pensé quand je l'ai vue au boulot c'est qu'elle aurait pu être mannequin. Grande, avec juste les formes qu'il faut, svelte, des cheveux bruns frisés d'un volume de rêve et des yeux verts aux grands cils. Une sirène. Et tout ça au naturel, pure nature. Pas un brin de maquillage ni quoi que ce soit.
Tout vêtement sur Clo tombait comme par magie d'une élégance simple à couper le souffle. Bref, un corps. mais surtout une tête. Et un rire, à pleines dents, et des mains longues. Enfin, tout.

Le père de Clo travaillait dans la marine marchande et sa mère était anglo-saxonne. La petite Clo avait donc beaucoup bougé dans sa vie et avait passé son enfance en Nouvelle Calédonie, pieds nus, sauvageonne. 
Pieds nus nous l'étions tout le temps au bureau et dans nos maisons, dans ce pays boudhiste où tu laisses tes chaussures au dehors.

J'ai d'abord rencontré Clo par son C.V. J'allais quitter Lyon pour Vientiane, la capitale du Laos, pour diriger une équipe laotienne ( et deux collègues françaises ) dans une association dédiée à l'éducation et à la santé. Je résume en disant cela, je ne vais pas te parler en détail de ce que nous faisions, pas là. Là je raconte ma Clo. Je veux raconter ici ceux qui ont compté pour moi et ceux qui ont partagé ma vie d'expatriée.

Alors j'ai lu le C.V de Clo en me disant " je vais être sa boss, voyons voir cette fille". On m'avait dit qu'elle était jeune et parfois impulsive. Elle avait ..? 24 ans ? Je ne sais plus... et un parcours qui m'a plu d'emblée. Elle avait fait une grande école de commerce et en sortant de là avait été logisticienne-manager  d'une troupe de cirque. Elle avait fait ses études moitié en France, moitié au Royaume-Uni. Elle avait plein d'expériences dans le domaine des arts de la rue et des langues vivantes plein la poche. Tu sentais là fille qui est en pleine possession de ses moyens et qui n'hésite pas.

Et puis quand je suis arrivée face au spécimen, c'était encore mieux. J'avais signé pour deux ans mais je n'en ai fait qu'un et quand on s'est écrit alors que j'étais rentrée en France "la laissant aux mains" d'un directeur bof bof, elle et son autre collègue Pat...Elle m'a fait comprendre que ce gars était une tâche, un mou du genou et que ça ne le faisait pas. Elle était déçue. J'avais rompu le charme d'une collaboration hors pair entre elle, Pat et moi, les 3 nanas de l'équipe..et les dizaines de laotiens travaillant avec nous...Je sais. C'est moche...

Clo avait toujours le sourire, ce n'est pas une référence là-bas. C'est obligé de sourire, surtout dans le malheur. Une des plus belles choses qui m'aient été donnée d'apprendre. Mais le sourire de Clo, avec les yeux et la bouche, c'était du pur, du sérieux, de quoi avancer ensemble. Elle était responsable de "l'atelier' en charge de toutes les productions de matériel pédagogique : bandes dessinées, posters en tissus et papiers, marionnettes,livres...Elle a mené ça tambour battant et surtout elle était imprégnée du pays.

Elle parlait, écrivait et lisait le laotien. Cette fille t'apprenait une langue en trois mois, sans problème. Elle vivait avec les locaux, les fréquentait, buvait des bières avec eux et plus si affinités. Et affinités il y eut avec péripéties, je te le dis. Pas que du bonheur d'ailleurs. Des choix, toujours des choix.

Des troupes de cirques sont venues au Laos, c'est Clo qui les hébergeait, bien sûr. Sa maison était en bois, loin du centre ville, les voitures s'embourbaient. Une nuit elle roulait en belle robe légère, au sortir d'une "party" arrosée, quand elle est tombée en panne, de la boue jusqu'aux mollets. Equipée rocambolesque entourée de laotiens en deux roues, éberlués et saoûls, pour la sortir de là...Hisse et Ho la Clo !

A n'importe quel moment de la journée elle se posait dans l'entrée du bureau où il y avait deux fauteuils en osiers, à l'abri d'un paravent. Elle se mettait en tailleur et disparaissait  aux yeux du monde. Elle méditait ou simplement "faisait le vide" comme elle disait. Pas plus de cinq minutes lui suffisaient. Elle revenait ensuite dans son bureau toute lissée, détendue, disponible à 300%. Clo passait sa vie au travail sans jamais regarder l'heure. Elle était passionnée, elle adorait son équipe de trois dessinateurs laotiens, elle adorait le pays, elle y était chez elle.

Un jour France Culture a débarqué, invité par Clo. Elle avait commencé à enregistrer des chansons de groupes éthniques, faut dire que nous étions en lien étroit avec une équipe d'ethnologues, dont un pote à elle. ainsi qu'un chercheur de haut vol,  de vraies perles.  Deux animateurs-chercheurs de Radio France venaient pour enregistrer des traditions orales et c'est Clo qui les a guidé. Bon, tu vois, c'était comme ça.

Il y a des personnes qui ont le don. Ils sont entiers, ils sont complètement "à leur place" quand ils font quelque chose. Je dirais qu'ils rayonnent. Ils ont sans doute eu la chance de sortir tôt du nid. Ils ont eu une enfance pleine, avec une multitudes de possibles. On leur a dit très tôt " Tu peux", ils ont vu très tôt que c'était possible. Ils n'ont pas peur. Je pense que la peur est le cancer du Monde. La chose la plus importante à enseigner à ton gosse c'est la non-peur et les possibles. La confiance. Après l'instinct suit, naturellement, pour trouver ta nature. Nous avons le flair quand nous osons respirer.

Alors malgré toutes les galères, tous les moments de doutes et d'abattements,  que nous avons traversé dans notre année laotienne, je ne retiens pas les larmes mais le sourire fulgurant de cette fille. La force de sa présence et cette énergie transcendantale. C'est vrai qu'elle était impulsive et pourquoi ? Parce qu'elle débordait d'idées. Tout le temps. Et des bonnes, en plus. De l'envie à ras bord, qui déborde, oui. Des collègues comme ça, qui rient au lieu de pleurer, par tous les temps, et qui savent et se taire et parler pour dire. Tu les gardes au chaud dans ta boîte à merveilles de la vie. 

Non, je n'ai pas gardé contact. J'ai un peu essayé mais Clo elle vit avec le présent, pas de soupirs, pas d'adresses vieillissantes. Deux cartes. Elle était à Londres en  fac d'ethno. J'ai eu sa mère au téléphone, même, pour me confirmer une adresse. Cela m'a fait sourire. Sa mère s'inquiétait encore pour l'avenir de sa fille...Pas le temps de finir sa Thèse, la miss Clo était déjà repartie, happée par une mission de terrain, etc. J'ai rigolé. S'inquiéter ?!? Les mères, décidémment, ne connaissent pas leurs enfants. J'ai croisé sur le net sa bouille, il y a dix ans...Afrique, Nations Unies, journalisme...? Et puis encore ailleurs et autre chose...
Ne pas la chercher. Un jour je l'ai trouvée dans mon escarcelle. Une chance. Une fois. Merci Boudha.

13 sept. 2010

Ceux qu'on trouve et se ressemblent

.
L'ailleurs est vaste. Quand je repense à cette poussée qui m'a fait mettre une vie en deux valises et partir travailler, mais surtout vivre, très très loin de chez moi, je souris à moi même.

Tu ne peux pas dire que c'est un acte réfléchi. Comme tant d'autres choses, si tu réfléchis trop, tu ne fais rien. 
Non, c'est un besoin, absolu, qui te fait partir. Absolu, aussi grand que l'amour, impatient comme une rencontre dont tu ne sais rien mais tu y vas.Oui, tu n'as pas peur de quitter ce que tu as puisque c'est ce que tu ne connais pas qui t'attire le plus. Et la peur, tu n'y penses pas. N'existe pas, pas à ce moment là.

Et ce qui reste au delà de tout, ce sont les rencontres. Les rencontres de là-bas. De cette sorte de gens, finalement un peu comme toi, on est comme des chiots et des chats qui se reniflent et se découvrent d'un genre de même famille. De cette caste des loin, des sans, des cherche, des impossible, des imprudents, des malins, des ingénieux avec la vie, qui pognent parce que le temps cogne, parce que c'est impérieux. Il y en a partout des comme ça, mais loin il y en a vraiment vraiment beaucoup. Et je les aime.

Tu veux que je t'en raconte ?

.

18 mars 2010

Les coloc'

Partager sa maison, vivre avec plusieurs clés.
Partager ma cuisine, mélanger nos torchons mais pas notre linge...avec un collègue, un ami, un co-locataire, comme on dit. Un coloc'...

Périodes que je trouve riches où on se transforme au contact d'un autre quotidien.
J'ai régulièrement vécu ces moments là. Pour quelques mois, ou quelques années.

Parfois par necessité quand on est expatrié et qu'on "débarque" très loin de chez soi, parfois par besoin quand on roule sa bosse et qu'on ne  roule pas sur l'or. Le plus souvent par plaisir, tout simplement, et cela vaut mieux sinon ce n'est pas la peine !
Il faut l'envie de tenter l'aventure du partage, et je ne parle pas ici de relations amoureuses.




Partager sa maison fait bouger nos lignes, nos limites, nos consciences. On apprend à se connaître, à s'y connaître en soi. Je suis pourtant une grande solitaire mais je pense que la cohabitation peut respecter le rythme de chacun, sans heurts, quand on sait qui on est, ce qu'on ne veut pas, et quand on arrive à le dire.

Le petit quotidien se révèle grand et rempli de découvertes qui, plus tard, feront changer notre vie peut être.
Cuisiner ensemble. Tiens tu fais comme ça ? Arroser les fleurs. Tiens regardes ! Voir l'autre se lever le matin et saluer le soleil. Ah tiens, c'est quoi le yoga ?....
De chacun ayant partagé un bout de vie avec moi, il me reste beaucoup et ils ne le savent pas.
Je les ai regardé, ils m'ont installé dans leurs fauteuils, je leur ai fait goûter mes plats, ils m'ont préparé leurs tisanes. Nous avons étudié ensemble, on a mis le bois dans le poêle, on a versé l'eau dans des bassines. On a eu froid, serrés devant la cheminée, on a eu très chaud sous nos ventilateurs.


Isidé, Laurence, Martine, Rolland, Anne, Marie-Laure, Fred, Annie, Michèle, et les autres...Tous ceux là que je ne revois plus, sauf exceptions,  et sans lesquels ma vie ne serait pas la même.

La dernière coloc' en date fut ma collègue Patricia.
Nous vivions à Vientiane au Laos et prenions des petits avions à 4h du mat pour atterrir au Nord du pays et, non, il ne faisait pas toujours chaud là-haut ! En décembre et janvier on avait froid la nuit sous la moustiquaire.
A la maison elle faisait bouillir des bâtons de cannelle dans de l'eau, parfois avec de la cardamome, et elle affirmait
" Avec ça tu ne seras jamais malade !".
On buvait le breuvage bien chaud et le reste se mettait en bouteille au frigo.
Efficace, délicieux, partagé.

Un bout de vie
Une clé
Une porte
Et le vent nous emporte
Différents, assemblés

De l'un et de l'autre
Sous mon paillasson
Il me reste
Nos bouts de vies
En porte-clés




16 mars 2010

Dans le bus parisien, tous mes Paris

Je ne séjourne plus à Paris en ce moment.
J'y passe d'une gare à l'autre, en bus, et je mitraille au travers des vitres sales.
Je vous pose là des photos "sur le vif " qui me parlent du Paris qui toujours me confie quelque chose, qui remonte en moi ses immenses souvenirs, sa présence ultime.



Cette ville est celle de "tout à la fois", pour moi.
L'enfance en visite chez les grands-parents. Leur immeuble en pierres du début XXeme.
Un conte de fées dès l'ascenceur en bois et vitres avec sa cage de fer forgé.
Le long couloir en zig-zag vers la cuisine d'où la porte, la deuxième porte de "sortie", menait vers l'escalier en bois puis là-haut vers la "chambre de bonne".
L'odeur du métro que j'adorais, celui avec ses banquettes en bois bien dures, et qui mènerait vers des parcs, des musées, puis des chocolats fins achetés chez la "Marquise de Sévigné". !!?
Princesse, royale, comment ne pas te sentir autrement ? Les yeux tout ronds, complétement.
D'abord serrant la main de mes parents puis enfin sortant seule, libre de découvrir, me perdre, m'éblouir comme je le voulais.
Le Paris-adulte fut, bien sûr, bien d'autres choses ! Paris est une ville où l'on peut marcher des heures avec un plaisir grandissant. J'ai eu un collègue sri-lankais qui connaissait toutes les villes d'Europe, y avait travaillé et séjourné suffisamment pour pouvoir me dire que, Oui, Seule cette ville lui avait apporté le bonheur absolu du marcheur curieux de tout, ouvert sur le monde.
Bon, je ne vous parle pas du Paris-métro-boulot qui est un Paris difficile à vivre, je trouve. Sauf si tu as une bonne bonne paye. Sinon...Non. Fini pour moi, non merci.
Le Paris de rêve c'est celui du touriste amoureux, de toi les yeux ouverts, sans notion de temps. Quand tu prends ce qui passe. Le Paris printemps, le Paris du 15 août, le Paris-passants qui marche à ton pas et le Paris avec ton amour, bien sûr.

Et moi, ce que je préfère c'est le Paris-cafés. Tu me trouveras partout, dans les petits troquets de quartier, dans les brasseries anciennes, sur les terrasses par tous les temps. Le nez au vent, l'âme envolée.


En chemin, à travers la vitre, Paris d'émotions, drôle et triste, coquace et profond...

 Entre-deux, entre-moi, et tout à fait chez moi.

1 févr. 2010

Le buffle et l'enfant.

J'étais très étrangère dans cet endroit.
Le Laos, un pays très doux, très vert, où peu de routes existaient à l'époque.
Nous étions au Nord, dans la campagne, avec des collègues allemands formidables dans leur projet d'agriculture avec les paysans.
Je venais de voir des vergers nouveaux, des promesses d'auto-suffisance et d'autonomie villageoise.
Nous étions, nous, avec nos voitures tout terrain, nous les étrangers, vraiment très étranges.

Prenant le temps de revenir vers la route, je m'éloignais, à pied,  sur un chemin.
J'étais dans ces lieux où tu cherches l'écho de l'espace, de ce qui t'entoure, pour savoir comment
te faire une place, te donner un sens à cet exact moment, dans ce lieu magnifique où rien ne t'est ni acquis, ni commun ou connu.
Les yeux aux aguets, rêvant sur la beauté de ce que je voyais, y croyant à peine, comme toujours quand j'étais là-bas.

Et passe cet enfant sur son buffle. Plutôt ce buffle et son enfant.



Royalement. Lent, chez lui, fort et lent, oui, nonchalant.
L'enfant était un Prince. Droit, fier, aimant son ami le buffle.
Le buffle était son ami, son confident, sa demeure.
Il lui parlait.
A peine un coup de talons pour le diriger là où tous les deux voulaient aller ensemble. Oui, ensemble.

Ils ne m'ont pas vu, je ne fais pas partie de leur planète.
Sans doute quasi transparente à leurs yeux, sans interêt.
Moi je les vois. Je suis emportée par leur grâce. Le geste et l'outil de l'enfant.
Son assurance, leur communion.
Il sait exactement ce qu'il fait et pourquoi.
Ils savent.

Je suis arrêtée net dans ma tête.
Le moment se grave éternellement en moi.
C'était il y a treize ans mais c'est hier.  Et leur mouvement, serein,est resté quelque part dans un de mes recoins.
Là où ça fait du bien.
 

Lôlà

26 janv. 2010

So far, so close...

Ce qu'un blogue peut faire...est une histoire sans fin, je crois.
Cette adresse je l'ai donnée à plusieurs personnes que je ne vois plus et/ou qui sont très loin.

Vivre loin de ses amis est ma destinée, collée à ma peau.
J'aime la distance sans doute, la distance physique, puisque je me l'impose sans cesse et l'impose.
Elle est aussi ma soeur ennemie qui parfois sépare bien plus que je ne pensais ni ne voulais, car non, je ne veux jamais l'isolement du coeur, ni la séparation des sentiments. Mais je suis très maladroite.

Et puis il y a les bonheurs du temps qui passe. Et les signes qui reviennent de ceux qu'on a gardé toujours au fond de soi, qu'on aime.


C'est ainsi que mon ami et ancien collègue Theerawong qui vit en Thaïlande,son pays,
m'a envoyé un e-mail pour me dire
qu'il était venu sur le dos de la tortue légère
même s'il ne lit pas le français.

Nous ne nous sommes pas vus depuis vingt ans
mais nous avons vécu tant de choses essentielles
ensemble !


Nous nous sommes gravés dans nos mémoires,
mutuellement.


Dear Theerawong,
I'm so glad you came here.

You'll appreciate these photos...


Je suis si contente que tu soies passé ici,
tu apprécieras ces photos

Was it another life ?
Etait-ce une autre vie ?
I don't know. What I'm sure of
is that
you are a part of my life,
a friend.

So far, so close...


Je ne sais pas. Ce dont je suis sûre
c'est que tu fais partie de ma vie,
un ami.
Si loin, si proche.





Love.





.

30 nov. 2009

Nepal. Leçon d'Etre (2).

Nous revoilà sur les collines népalaises, pour une deuxième ( et dernière) " Leçon d'Etre " sur ce chemin qui mène au village. Vous qui prenez en route cette histoire, voyez-en le début dans le billet (1) de vendredi...

Je suis avec ma collègue et amie Cécilia
et nous sommes entourées d'une brume épaisse, on ne voit pas à quelques mètres. Personne, devant ni derrière nous.
Nous sommes comme dans un nuage de bien être et de paix. On ne sait pas, et on ne voit pas, où nous mènera ce chemin de terre tortueux mais q
u'est ce qu'on est bien !

Et puis, sorties de nulle part, arrivent des petites filles qui dévalent la pente en sens contraire et viennent vers nous. Jupes plissées, n
oeuds rouges dans leurs cheveux : ce sont des écolières. Nous apprendrons plus tard qu'elles font deux heures à pied à l'aller puis au retour pour se rendre à l'école.On s'arrête, on baragouine quelques mots d'english. "School, OK, good, go...".
Mais voilà : les fillettes ne veulent pas continuer leur chemin. On a beau leur dire avec nos mots et nos sourires et nos gestes que tout va bien, que
" go, go, OK, go ..Ok..."
qu'il faut qu'elles continuent leur chemin vers l'école sans se faire de soucis pour nous.
Non, rien à faire.

Dans un pays civilisé ce n'est pas comme cela qu'on agit.

Le chemin c'est comme ta maison. Si un étranger y entre, tu prends le temps de t'assurer qu'il va bien et qu'il est à l'aise.

Tu ne passes pas ton chemin, non.


Alors, rien à faire, maintenant que nous nous sommes rencontrées les voilà qui remontent avec nous !
Elles veulent être sûres qu'on sera en de bonnes mains un peu plus haut, avec des adultes, avec leurs familles.

Nous sommes confondues de les retarder, mais nous voyons bien qu'il n'y a rien d'autre à faire. Les voilà qui sont nos guides et il faudra croiser un de leurs pères entrain de descendre pour qu'elles acceptent de retourner à leurs affaires.

Elles sont radieuses en nous quittant.
Non, elles n'ont certainement pas perdu leur temps, c'est ce qu'elles semblent nous signifier.


Nous restons plantées là à les voir (re)dévaler la pente en riant, toutes heureuses.
On se regarde Cécilia et moi, remplies d'admiration pour ces fillettes qui ont mis, pour toujours, des paillettes dans nos yeux.

On se dit que, oui, ces écolières là elles viennent de nous donner une sacrée leçon !


Lôlà

27 nov. 2009

Népal, leçon d'Etre (1).

NEPAL, 1989. Nous sommes un groupe d'associations en visite "de terrain" sur des collines.
Tous venus de 20 pays voisins.



C'est très tôt, la brume emplit
les montagnes.


On a tout le temps pour arriver au village où nous passerons la journée. Sans doute deux bonnes heures de marche.
On se donne tous rendez-vous là-haut.

Mais elle, elle ne veut pas.
Elle ne peut pas.
Elle est ashmatique, elle dit qu'elle n'y arrivera pas.

Une népalaise s'approche, elle lui prend tout ce qu'elle a. Son sac, ses vêtements et aussi son découragement, je crois.

C'est elle qui portera.
Personne, jamais, ne reste en arrière, non.
On ira.

Elle ne dit rien.
Elle lui montre juste comment poser sa main sur ses épaules à elle.
Elle s'ajuste au pas lent de "l'étrangère" qu'elle rend sûr.
Qu'elle rend confiant.

Je les laisse derrière, j'avance, moi, à mon pas, avec mon amie Cécilia.A peine une heure après tout le monde, elle arrivera en haut, au village.

Elle va bien, elle n'est pas plus fatiguée que nous.

Je la vois arriver. Elle rayonne, elle jubile, c'est le plus beau jour de sa vie.

Elle n'a jamais fait cela, elle avait peur et ne pensait pas possible de le faire.

Son "accompagnante" népalaise, elle la regarde les yeux brillants, la prend dans ses bras.
Elles sont liées pour toujours.

Accueillir, accompagner.
Il y a des lieux comme ceux là où tu prends une sacrée Leçon d'Etre...

Lôlà