Hanoï

Décembre 1996, je vis au Laos, pays voisin, alors un réveillon à Hanoï, Hum, bonne idée ?
Une amie de France est venue, nous partons pour dix jours. Le collègue vivant à Hanoï nous a réservé un chouette petit hôtel.


Je me rends compte que j'ai du mal à parler de ce séjour qui m'a tellement plu. En plus je n'ai que peu de vieilles photos, à l'époque de l'argentique je photographiais parcimonieusement.
Je n'ai pas de photos de la foule dans les rues et de la circulation à deux roues. Je n'ai pas de photos du quartier des artisans, une rue par métiers. Je n'ai pas de photo du grand lac et son temple, où les gens se réunissent à 5h du mat' pour le Taï Chi Chuan.

Tant pis. En fait, il faut aller à Hanoï, il faut y aller.
En 1992, j'avais passé deux jours à Ho Chi Minh Ville/ ex Saïgon. A peine le temps de passer le choc. Je vivais au Cambodge et le simple survol en avion entre les deux pays m'avait fait comprendre l'incompréhensible. D'en haut, dès les nuages, la frontière est nette. Tu vois la terre khmère,aride et sèche, et en quelques kilomètres, là, en dessous, le paysage se transforme comme par magie en une verdure acclimatée, des plantations, des tissus d'irrigations. Deux mondes qui se se révèlent déjà depuis l'avion.

Comment font-ils ces vietnamiens pour transformer tout ce qui est sous leurs pieds et dans leurs mains en du productif, du beau, du vivant, de l'utile ?

Ils apprennent, ils bossent, ils sont ingénieux et tenaces, rien ne les arrêtent. C'est cela qui m'a le plus frappée tant au Sud qu'au Nord. Et ils lisent. Partout, même la petite vendeuse de fruits, même la mamie avec ses binocles, assise sur le trottoir : c'est un pays de lettrés et même si tu ne sais rien de son Histoire, tu le sais si tu regardes. D'autant plus si tu connais les pays voisins. La différence est nette.
Ici on lit, on apprend, on écrit, on en veut, on ne renonce jamais. Ici il y a toujours une solution, on cherche, on invente, on ne sera jamais vaincu.

C'est une évidence, cela se sent, se respire au Vietnam. Tellement que je me suis demandée si les américains avaient été aveugles de ne pas le sa-voir, stupides de s'acharner tant sur cette guerre perdue d'avance. Car ce peuple est fort si fort et si étonnant. Et si intelligent et créatif !


Y faire du vélo est une expérience hors pair. Tu te glisses dans la foule compacte et au début tu es maladroit car tu fonctionnes par à coups, par force. Non, il faut glisser comme sur une patinoire et croire en ta belle étoile. C'est une émotion divine que de rouler en vélo à Hanoï. J'en garde des visions célestes comme ce jeune homme assis en amazone derrière le vélo de son ami ( beaucoup de monde sur les portes-bagages ), en costume gris, voletant comme un ange, beau, les jambes relevées et légères, souriant, discutant. Une plume posée là sur le porte-bagages, la grâce même.

Mon coeur s'est soulevé du matin au soir entre Hanoï et la baie d'Halong et les autres balades à la journée sur des rivières, des lacs, vers des temples. Balades en petits groupes car les déplacements individuels n'étaient pas autorisés. Le contrôle des touristes est très prégnant. Et je dois dire que j'ai aimé ce genre de mépris aussi dans les yeux des vietnamiens, du moins aucune condescendance...Non tu n'es pas le petit roi comme dans les pays frontaliers où je vivais, plus à L'Ouest. Ici tu fus ennemi, tu fus battu à plates coutures et tu n'es pas "supérieur". Ouf.

Aller. Il faut aller dans ce pays qui est si surprenant. S'assoir sur les petites tables des trottoirs ( ce sont comme des meubles de maternelle, pour nous), boire le phô, qu'on prononce "feu" mais avec un son guttural incroyable. Et regarder, regarder, comme j'aime le faire. Puis marcher et s'empiffrer de beignets de bananes vendus sur un vélo.


Mes émotions sont restées intactes. Pas besoin de rester longtemps à Hanoï pour être changé à jamais.
J'ai démarré l'année 1997 dans le restaurant école Hao Sua. Un endroit très joli, où j'ai dansé avec Tang , peintre d'origine vietnamienne qui cherchait à retrouver son pays. Mais pas facile. Plus tard j'ai aussi dansé sur un bateau dans la baie d'Halong, avec un groupe d'italiens qui avaient apporté leurs cassettes !Sensa vergogna...L'italien voyage avec l'Italie, no ?
Et j'ai, bien sûr, regardé les merveilleux pratiquants de Taï chi avec émerveillement, sans me douter une seconde que cet art martial serait mon guide trois années plus tard. 
Oui, quand on voyage on engrange sans le savoir. On met dans sa poche tant de secrets, tant de découvertes. Nous n'en n'avons pas toujours conscience sur le moment. Il y a tant à respirer, à ressentir, on est tout entier dans l'instant. Plus tard l'instant prend son volume et tout son sens, simplement, naturellement, sans qu'on choisisse ni ne décide vraiment. Ni le pourquoi, ni le comment.

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