Le buffle et l'enfant.

J'étais très étrangère dans cet endroit.
Le Laos, un pays très doux, très vert, où peu de routes existaient à l'époque.
Nous étions au Nord, dans la campagne, avec des collègues allemands formidables dans leur projet d'agriculture avec les paysans.
Je venais de voir des vergers nouveaux, des promesses d'auto-suffisance et d'autonomie villageoise.
Nous étions, nous, avec nos voitures tout terrain, nous les étrangers, vraiment très étranges.

Prenant le temps de revenir vers la route, je m'éloignais, à pied,  sur un chemin.
J'étais dans ces lieux où tu cherches l'écho de l'espace, de ce qui t'entoure, pour savoir comment
te faire une place, te donner un sens à cet exact moment, dans ce lieu magnifique où rien ne t'est ni acquis, ni commun ou connu.
Les yeux aux aguets, rêvant sur la beauté de ce que je voyais, y croyant à peine, comme toujours quand j'étais là-bas.

Et passe cet enfant sur son buffle. Plutôt ce buffle et son enfant.



Royalement. Lent, chez lui, fort et lent, oui, nonchalant.
L'enfant était un Prince. Droit, fier, aimant son ami le buffle.
Le buffle était son ami, son confident, sa demeure.
Il lui parlait.
A peine un coup de talons pour le diriger là où tous les deux voulaient aller ensemble. Oui, ensemble.

Ils ne m'ont pas vu, je ne fais pas partie de leur planète.
Sans doute quasi transparente à leurs yeux, sans interêt.
Moi je les vois. Je suis emportée par leur grâce. Le geste et l'outil de l'enfant.
Son assurance, leur communion.
Il sait exactement ce qu'il fait et pourquoi.
Ils savent.

Je suis arrêtée net dans ma tête.
Le moment se grave éternellement en moi.
C'était il y a treize ans mais c'est hier.  Et leur mouvement, serein,est resté quelque part dans un de mes recoins.
Là où ça fait du bien.
 

Lôlà

Articles les plus consultés