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9 janv. 2013

La Miche, en FIN

Voilà, c'est le dernier épisode de l'histoire de La Miche, Pascaline de son vrai nom.
J'ai commencé cette histoire en janvier 2012 grâce à un petit jeu-de mots à inclure dans un texte ou une création- sur le net. Le jeu s'est arrêté en quelques mois mais moi j'avais créé La Miche et je ne pouvais pas la lâcher. En cliquant sur le mot-clé "La Miche", vous pouvez tout relire et découvrir; un jour de gris, un jour où l'ennui rôde et qu'on veut enrober dans une drôle d'histoire à rebondissements.

Elle fut vieille recluse sur sa colline, vendeuse de fromages, tante avec un secret de confection, cet enfant, son neveu,  devenu homme. Elle est contactée bizarrement par une lettre de son ancien fiancé, Pagure. Elle doit le retrouver de l'autre côté de l'Atlantique. Elle prendra des bus et se perdra. Puis je la rejoins dans sa cabane au dessus de la mer. Nous sommes maintenant en paquebot pour une joyeuse traversée.

Sur le bateau les passagers sont de bonne humeur. Demain nous arrivons. Pagure sera-t-il au port de Miami où nous faisons halte ? 
C'est à 16h30, ne la voyant pas venir pour notre thé dans le salon, que je frappe à la porte de notre cabine. C'est une minute plus tard que je la trouve endormie comme un ange sur son lit, sans respirer. J'appelle le docteur qui voyageait avec nous. En vain. Elle est partie dans son sommeil, avec un sourire au coin des lèvres. J'ai l'impression qu'elle me joue un tour, que demain elle sera là au petit dejeuner.

Cette nuit là je dors dans la salle à manger sur le grand canapé, mais elle ne vient pas.  Je me réveille à trois heures, je m'assois sur le pont en plein vent. Je vois le jour se lever sur l'Amérique. Je n'y comprends rien. Sans elle je ne serais pas sur ce bateau. Pourtant j'ai tout laissé derrière moi, comme si moi aussi quelqu'un m'attendrait. Folie.

Pagure est là. Il s'occupe de tout. Il part avec elle l'emmener reposer plus au Nord, là où il reposera un jour avec elle. Etrangement il avait déjà pris des dispositions à cet effet, sûr qu'ils se retrouveraient définitivement. Nous devons nous revoir à San Francisco dans une semaine, son ami Paul m'attend là-bas. Pagure m'installe dans le bus. Deux journées de "road-movie" pour croquer un bout du territoire immense, d'Est en Ouest. Sous le soleil.

Hier je suis arrivée chez Paul. De sa maison on voit la Baie qui scintille et s'agite de voiles blanches. Je vais rester là un bon bout de temps. Paul a 88 ans et sa maison est remplie de peintures. Il est collectionneur et artiste lui même, ancien prof à la fac de Berkeley. En ce moment il travaille sur des toiles géantes faites de voiles usagées qu'il accroche aux murs de son garage. Il cherchait quelqu'un pour l'empêcher de tomber de son escabeau, pinceau en main, pour s'occuper de la maison et lui faire des petits plats si affinités. C'est un très bon début. 

Je n'en espérais pas tant.
Tu vois ?







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10 déc. 2012

La Miche embarquée

Elles étaient donc deux filles sur le bateau. Que dis-je  ! Le GRAND paquebot qui allait traverser l'Atlantique.

La Miche et moi.

Moi je n'avais rien prévu, au début je la regardais vivre. Pendant 9 mois.
j'avais créé son personnage et son histoire au détour d'un challenge proposé sur le net. il y avait des mots-clés, on écrivait ce qu'on voulait.

Et au fil du temps, adieu les clés et les mots prédestinés, La Miche, Pascaline, s'était emparée de son histoire. Quand tu t'ennuies et que tu ne dors pas une nuit, tu cliques sur le libéllé La Miche et tu vas voir, depuis janvier 2012.

Pascaline est son vrai nom. Elle était retranchée en haut d'une colline et vendait des fromages sur le marché. Le reste on en parlait plus. Même pas de son neveu, qui en fait est son fils, mais les secrets de famille on met le mouchoir dessus.

On ne parlait jamais de Pagure non plus. Celui d'un temps si ancien, elle ne sait plus. Et puis il y a eu cette lettre en forme d'énigme et des messages qui attendraient Pascaline en bord de mer dans des recoins connus d'eux seuls.

Le car elle prend, un arrêt, deux puis la corniche et la cabane et elle attend, rate des rendez-vous avec un curieux messager. Mais comprend que Pagure est au delà de l'Océan et qu'il faudra encore voyager.

L'avion elle n'aime pas. Elle décide d'embarquer sur un cargo qui comporte 25 cabines passagers. Elle gagne un concours et un billet pour deux, et comme moi j'étais là, j'embarque aussi.

Moi je suis arrivée au cabanon il y a plus d'un mois, inquiète qu'elle ne donne pas de nouvelles. Elle est comme ça.

Nous sommes maintenant dans une autre partie de l'histoire, ou bien sa fin. Je n'arrive pas à savoir.

Depuis trois jours ce n'est que de l'eau autour de nous. Le matin à 7h le petit dejeuner est servi dans la salle à manger, un joli espace rond au premier étage sous le poste de commandement. ils sont seize passagers. les tables sont des tables de huit, alors automatiquement chacun a trouvé sa place. A une autre table le personnel se relaie pour manger avec nous. Ce n'est qu'au petit dejeuner qu'on peut tous les voir défiler. Ensuite on ne voit qu'une petite équipe à nos heures de repas, je ne sais pas où et quand mangent les autres, sans doute une histoire de quart.

Parmi les seize passagers il y a Antoine et Mireille, un couple de retraités. Ils vont voir leur nièce à Washington. Il y a la famille Hunton, les parents et trois enfants qui ont de trois à quinze ans, je dirais, je ne sais pas encore. Ils ont l'air très sympa et j'ai cru comprendre qu'ils rentraient chez eux après une année autour du monde et que les parents avaient promis de finir le voyage en bateau. Il y a quatre étudiants, ce sont des russes, mais je n'ai pas tout compris de leurs études, ils ont un accent prononcé auquel il va falloir se faire et ils insistent pour parler français. Et pour finir il y a Andrea et Giuliemo, un couple italien absolument charmant. Andrea est allergique aux avions, ils ont donc décidé de traverser l'Atlantique en cargo. Et puis il y a Pascaline et moi.

Comment ça, ça fait 15 et pas 16 ? Ah oui ! J'ai oublié Bibi. Il veut qu'on l'appelle comme ça. Il a 83 ans mais ne veut pas qu'on le dise. Toujours est-il qu'il est très mal en point depuis le premier jour. C'est un oncle du capitaine. Je crois qu'il se serait passé de ce passager et puis quand Giuliemo a dit qu'il était docteur, l'affaire s'est arrangée. Je ne sais pas pourquoi il s'inflige ce voyage à son âge. Chacun a ses secrets...

Nous, quand on nous demande qu'est-ce qui nous a amené là, on essaie d'abréger, on parle d'une  amie au Canada. Pas la peine d'en dire plus. Pourquoi pas l'avion ? Là c'est Pascaline qui réplique en prenant Andrea a partie. L'avion vous gâche les voyages et c'est beaucoup trop rapide. 

En attendant c'est la grande bleue. Je ne signale à personne que je suis sujette au mal de mer et je monte tous les matins au deuxième étage consulter la carte marine et les prévisions météo. A priori que du beau, de l'humide en fin de parcours mais pas de mauvaise tempête à l'horizon. Nous avons encore cinq jours devant nous.


30 oct. 2012

Le grand voyage

Je suis toujours sur la pointe de la Baie des Lys, et je n'attends plus La Miche car elle est devant moi.

Elle est avec Luigi, qu'elle a enfin retrouvé près du port à 50 kms d'ici, il y a trois semaines. Ils ont un sac à dos qui a l'air plein et deux grosses valises. Moi qui aime voyager léger, je vais être servie.

Luigi est toujours resté en contact avec Pagure. C'est à lui que Pagure a confié la délicate mission de mettre Pascaline, ex La Miche, dans un avion. Un avion  Elle avait bien compris qu'il serait question d'un truc du genre puisqu'il faudrait traverser l'Atlantique mais elle avait d'autres projets.

L'affaire s'est corsée quand Luigi a enfin dégoté Pascaline sur le port. Il lui avait posé une lettre sous le caillou du perron et avait attendu le jour du rendez-vous.

Ce jour là elle s'était endormie dans le car surchauffé et n'avait même pas senti qu'elle passait la frontière et changeait de pays. C'est en arrivant à Gênes qu'elle a bien compris que le rendez-vous elle l'avait loupé. Luigi était bon pour attendre et se faire du mourron. De loin, Pagure, très inquiet,  lui téléphonait et le traitait d'incapable. 

Genova plaisait à La miche et elle y était restée une semaine, puis deux. Elle avait traficoté sur le port et dans les agences de voyages et trouvé une compagnie de transport maritime, de fret, qui possédait 23 cabines pour les voyageurs sur son grand paquebot en direction des Etats Unis.

Il y avait même un concours organisé, un genre de questionnaire sur la géographie du continent américain avec à la clé une cabine pour deux en cadeau. 
Elle était douée en géo, son ancienne masure était couverte de cartes du Monde entier et elle recevait tous les mois un magazine spécialisé.

Les questions étaient difficiles, elle tenta le coup. Elle eu bon à 38 questions sur 40 et personne ne fit mieux. 

Ce jour là, de retour dans la Baie, devant le cabanon,  c'est donc un billet pour deux qu'elle me tend.

"Tu ne vas pas chipoter, tu en rêves !"

Elle n'avait pas tort.

On prit donc le même car surchauffé mais cette fois en compagnie de Luigi qui voulait être sûr de ne pas se faire avoir. Il avait pour mission de rendre compte à Pagure et il y tenait. Il lui fallait des bonnes nouvelles.

Le trois novembre de cette année là, nous nous installâmes dans notre cabine. Spacieuse et de première classe, pour une semaine de traversée. Plutôt fières, je dois dire. Je ne savais pas ce qui arriverait dans ces huit jours en mer. Mais de toutes façons, même si on avait su, on aurait tout fait pareil, c'est comme ça dans cette histoire, on ne peut pas reculer.
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26 oct. 2012

Les p'tits oiseaux et une Miche la seule la vraie

Les p'tits oiseaux c'est vachement bien. Parfois il n'y a plus qu'eux pour pépiller comme ça dehors par tous les temps.

D'ailleurs, ce matin j'ai découvert ce blog
 http://bridgetispainting.blogspot.fr/
et ces peintures de p'tits oiseaux gourmands, j'ai beaucoup aimé.


Ah puis là c'est l'expo des oiseaux c'est encore mieux !
http://bridgetispainting-gallery.blogspot.fr/


Là j'ai une troupe de moineaux qui ont envahi un des deux robiniers, enfin je crois. Ca dure depuis l'été. Une troupe, une troupette, un régiment. Ils ont leurs méthodes, leurs réunions, leurs escarmilles, leurs fantaisies, leurs roucoulades de fin du jour qui sont extrèmement délurées, recherchées et enchanteresques. 

Cherche pas dans le dico "escarmille" ou enchanteresque", mes mots ils ont leur façon aussi, dans le dico ils ne veulent pas rester, c'est trop serré, trop petit, trop reluqué. Mes mots font leur toilette tout seuls, se maquillent, n'existent que pour nous, ici.

L'autre jour un rouge-gorge s'est tapé les cervicales sur la baie vitrée. Bon sang j'ai pourtant mis des tas de décorations qui dévalent de haut en bas suite à de fâcheux accidents de ce genre dès notre arrivée dans la maison, il y a plus d'un an.

Mes déco sont très jolies et bizarres mais en fait ça ne sert à rien. 
Dans mon atelier j'ai aussi des guirlandes-maison le long des vitres mais ça n'a pas empêché un chardonneret de printemps de s'attaquer de front au carreau et il était complètement abruti ensuite et moi je ne savais plus comment m'excuser. Mais ils s'en remettent presque toujours.

C'est d'ailleurs impressionnant. On les voit dans le coma mais debout, juste devant l'arme du crime : baie vitrée de la salle, porte vitrée de la cuisine, fenêtres des chambres. Posés sur leurs pattes, retenant le minimum vital, la petite goutte qui fait tenir le vase, l'oiseau entre en concentration maximale.

Toi pas regarder, pas toucher, pas respirer à côté ni devant. Laisser la bête se remettre sans avoir sous les yeux la deuxième arme du crime : l'humain monstrueux qui avait sans doute posé ce carreau, ce piège sadique rien que pour les faire....

Donc on attend, à chaque fois on attend. Inquiets, fébriles. On palabre, on hypothèse, on décline les éventuelles possibles. On attend et souvent quand tu es inquiet aux larmes et que tu attends ben tu causes. Histoire de lâcher du stress. La petite bêbête, elle, toujours sur ses pattes raides, attend aussi. On attend ensemble mais nous on se cache parce qu'on a bien vu qu'on aggravait le sinistre si elle nous voyait.

Et puis elle bouge. Pouic pouic, on ne sait quel miracle lui permet de sautiller à nouveau puis de s'envoler un peu après. Je crois que ceux là, les cognés, ne reviennent jamais se briser sur nos vitres, je veux le croire.

L'autre jour j'ai osé dire que peut être le rouge-gorge s'en était vite remis parce qu'il n'a rien dans le cerveau sous son crâne de piaf. Il est beau mais y'a peut être même pas un pois chiche là haut ? Tollé général. Je me suis couverte de honte, on m'a prié de monter me calmer sur mon ordi si c'était pour dire des horreurs pareilles.
Bon.

Heureusement qu'ils sont là, c'est tout ce que je voulais dire et derrière cette phrase banale j'en dis, crois-moi.

Tout cela me fait penser à la Miche, cette histoire qu'une unique lectrice et moi on suit, c'est déjà beaucoup. Celle de Pascaline, vendeuse de fromages qui a vraiment vraiment changé de vie, quitté son village suite à un courrier de Pagure un ancien promis, le fiancé le seul, pas revu depuis des décades. Je viens de  te résumer en express dix mois d'histoire. Tu cliques sur "La Miche", en dessous de ce billet, dans les Libellés /mots-clés, tu vas comprendre le reste.

Donc attention, en cette fin octobre La Miche et moi même, puisque j'ai dû intervenir en personne vu que la Miche ne disait plus rien, nous allons revenir. En force.

Tiens il pleut fort et un p'tit oiseau...

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20 sept. 2012

Où est-elle ?

Depuis janvier on raconte La Miche, Pascaline de son vrai nom.
En cliquant sur le libéllé "La Miche", tu verras tout.

J'ai une lectrice qui suit, ça me suffit et puis surtout y'a moi, qui essaie de la suivre La Miche.

D'une colline à ses fromages, d'un courrier énamouré, d'un bus à un neveu, d'une route en escarpins au dessus des corniches, il y a La Miche qui poursuit son chemin. Elle se plaisait bien dans la cabane de la tante de Pagure, celui qu'elle doit revoir. Ils avaient promis.
Elle se plait là, tout l'été, la mer au fond, les chats dans les broussailles et les dahlias multicolores qui s'invitent en automne, oui,  elle se plait , elle prend le car pour aller au village, elle oublie les journées, tant et si bien que le rendez-vous d'aout fut raté. Ce n'est pas de ma faute.

Voilà ce qui s'est passé. J'y suis allée.
N'ayant aucune nouvelle, n'ayant rien à raconter, j'ai pris mes tongues et mes claques et le bus aussi, et avec lui j'ai tournicoté. Tournicotinoté.

J'ai eu du mal à trouver son refuge bleu. La petite barrière est loin de la route, j'avais peur de me tromper. Quand j'ai vu les trois chats agglutinés sur la chaise en paille, et la grosse pierre du perron soulevée, j'ai su que j'avais trouvé.

La cabane est ouverte, là dessus pas de soucis et tout est en ordre à l'intérieur. 
J'ai attendu et ce n'est pas un souci non plus d'attendre comme ça, à regarder le vert sombre de l'eau immense virer au doré puis au bleu sourd en fin de journée. 
Sur la table un poivron et des tomates, à l'ombre, un paquet de courgettes. Les chats et moi on a cuisiné. Sur les étagères une provision de thon et sardines en boite. On a partagé. Eux tel que, moi je les mets au barbecue, je les laisse dégorger et griller ferme. Puis je les écrase sur une petite biscotte, car ça aussi il y a, dans des boites en fer, bien gardées.

On a dîné dans le jardin, et le ciel rouge est devenu orange puis gris léger avec des reflets mauves. Puis on s'est couchés. J'ai amené mon duvet, t'inquiètes.

Le lendemain, on était toujours là. Rien à redire, le coin est au poil.

Donc, voilà la situation, pas de Pascaline en vue. Mais on va rester un peu, l'automne s'approche et ça a l'air pas mal. Le bougainvillier est vert soyeux et fuschia, un parterre de cosmos monte à deux mètres, et les framboisiers refont victuailles, je ne savais même pas qu'elle en avait ici. Cette cachotière.

Donc, on bouge pas. Tu ferais pareil, dis moi ?

Et j'ai amené mes crayons et mon carnet.

Comment ? Pagure le fiancé ? Le mot trouvé sous la pierre fin juillet ? Pas de panique, ça va s'arranger...
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31 août 2012

La Miche en son cabanon reçoit un message

Pascaline, dite La Miche ( cliquez sur le libéllé " La Miche" pour retrouver son histoire), a totalement oublié son ancienne vie de recluse sur la colline qu'elle ne quittait que pour vendre ses fromages.

Elle n'est pas seule au cabanon qui surplombe la mer bleue profonde et ses ourlets d'émeraude. Elle a tout son temps et ses économies sous le matelas. Les marches dans les calanques,  les escapades en car au village, les parties de pétanque sous l'allée d'oliviers, les discussions philosophiques avec le chat et maintenant le chatte et sa couvée, elle a de quoi faire.

L'été se termine et elle a oublié même pourquoi elle était là puisqu'être là semble lui suffire.
Ce soir en rentrant par le car de 17h36, elle descend le sentier caillouteux qui mène au portail. Elle a acheté une rascasse et une livre de sardines, elle ne sait pas encore ce qu'elle en fera mais elle sait avec qui elle les partagera. Ils sont déjà autour de ses mollets à roucouler.

En ouvrant le portail elle a une impression vague. Elle avance plus lentement que d'habitude, traverse l'allée de rosiers et contourne le massif de dahlias. Ils penchent la tête, le soleil est encore têtu sur les falaises rouges. 
Bien en vue sous la grosse pierre devant la porte : un papier. Une feuille pliée en quatre. Elle ouvre d'abord la porte pour s'assurer que tout est en ordre. Elle fait le tour de l'unique pièce et constate que, non, personne n'est entré. 
Il n'y a personne, elle en est sûre après avoir marché dans le petit jardin, entre le mur Est et le bout du portail, une cinquantaine de mètres qui ne l'affolent pas, ne lui réservent aucune mauvaise surprise. Alors elle prend la feuille blanche et la déplie calmement, assise sur sa chaise en bois, au dehors, face à la crique.

"Mercredi 17, dans le square, je serai là. Monsieur Pagure m'a donné quelque chose pour vous. Je m'appelle Henri Beaulieu."

Non mais qu'est ce que c'est que cela ? Est-ce que ce n'est pas des drôles de manières ? Et puis quel jour sommes nous ? Elle ne le sait pas du tout. 
Il va falloir déjà redescendre au village et regarder le calendrier de l'épicière. Après on décidera.


30 juil. 2012

Elle ne bouge plus

Suite de l'histoire de La Miche ( cf libellé La Miche)

La Miche c'est Pascaline qui a longtemps vécu planquée en haut du sentier à vendre des fromages de chèvres le mercredi et les fins de semaine, mais la Miche a changé de vie suite à un courrier.

C'est ainsi, tu prends le bus pour quitter ton village, sans te retourner. Elle avait su faire autrefois et finalement elle constatait que c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Pagure son ancien amoureux et quand on dit ancien, faut pas se méprendre, cela ne veut rien dire. Pagure, donc, avait écrit qu'il tiendrait promesse, celle de se revoir, même si on ne compte plus le nombre des années.
Comment et où, tout restait à voir, elle suivait un genre d'instructions vagues qui l'avaient amenée Baie des Lys dans le cabanon de la tante de Pagure.

Un endroit formidable et elle ne bougeait plus. Elle avait attendu un peu, il lui avait dit que quelqu'un viendrait la chercher mais niet et elle s'en amusait, au fond. Il avait toujours aimé les surprises, elle moins, mais avec le temps elle n'était plus impatiente et maintenant qu'elle avait fait les valises, l'essentiel était en route.

Le cabanon surplombait la mer sans qu'on puisse l'atteindre. Un paradis sous son nez, vert, émeraude, parfois marine. Pas un seul bateau, la crique était très escarpée et n'apportait aucun avantage par rapport au défilé de petites plages de l'autre côté.

Non, elle baignait dans les animaux du maquis. Ils étaient bruyants, vagabonds mais toujours à revenir dans ses parages. Au bout de la route elle avait trouvé un petit bus qui s'arrêtait à 8h30 et 17h. Il l'amenait à l'épicerie où elle avait pu constater que c'était l'été en faisant la queue avec des olibrius les pieds plein de sable. Il ne fallait pas qu'elle oublie quand même ce qu'étaient les humains. Mais ils étaient de bonne humeur et un peu taquins entre garçons et filles, elle aimait bien.

Un chat était venu, puis un deuxième et elle leur achetait des gâteries car l'épicier avait des sardines un jour sur deux. Elle faisait des grillades sur la terrasse sous les oliviers et le grand eucalyptus. Ils s'asseyaient les chats et elle, chacun une chaise et ils scrutaient l'horizon sans rien en attendre absolument Alors tout venait dans leurs yeux clairs. Ils se parlaient et entretenaient des conversations d'ordre philosophique sur le souvenir, les oiseaux de mer, les fourmis volantes près de la boite aux lettres, et la course des étoiles entre
minuit et quatre heures du matin.

Les dahlias de la tante vivaient leur vie, avaient survécu à tout et renaissaient de plus belle cet été. Elle en faisait des bouquets et se réjouissait le coeur de voir le soleil s'y lever. Oui, rien d'autre à attendre.

 Plus bouger. Elle avait même retrouvé le petit radio-magnétophone à cassettes et il marchait.



Et si c'était lui qui venait ?
.

28 juin 2012

cette étape là


We Were Evergreen | A Take Away Show | Summerflings & Baby Blue from La Blogotheque on Vimeo.

cliquer sur la musique et lisez...........
..................... la suite de l'histoire de La Miche ...................................................................................

CETTE ETAPE,  Là...

Sur le chemin qui descend vers la cabane, Pascaline, dite La Miche, se souvient.
Ils étaient une bande de copains. Son Pagure, maintenant au loin et qui lui fait faire un jeu de piste pour le rejoindre, comme promis il y a...dans cette autre vie.

Elle se souvient.


Les roses tenaient bien entre leurs mains. Ils avaient été cinq, puis trois, et puis c'était comme ça.
Dans la cabane de la Baie des Lys il y avait des vieux instruments de la tante de Pagure, ancienne prof de musique. 
Ils chantaient en anglais parce qu'ils rêvaient d'Amériques et surtout la mère d'Antoine était anglaise et c'est ce qu'il voulait. Il écrivait les textes et elle, elle chantait. Les gars faisaient les choristes, elle tenait le petit piccolo xylo. Et il jouait du petit banjo. Ah le petit banjo !... Trio Xylo, c'était leur nom de groupe,  les concerts sur la terrasse dans la nuit tiède.

A non, ça personne ne le savait aujourd'hui ! Elle en riait sous cape en descendant la ravine et la clé était toujours dans le nichoir aux oiseaux, accroché au tamaris.

Les rosiers envahissaient tout le sentier de pierres, il fallait marcher 500 mètres, puis sous les broussailles, la cabane apparaissait et le terrain devenait plat .Juste l'espace de la maison et de la terrasse. En contre bas la montagne était rude, inaccessible et en se penchant on tombait dans une flaque bleue et noire, la toute petite crique.



Elle ramasse un bouquet de roses, les jaunes et les roses pâles. Elle y ajoute le romarin en grands épis, et des  tiges de lavandes racornies. La menthe a séché sur pied. Elle pourrait presque songer à l'arroser.

Elle est là où elle doit être. Clé en main elle ouvre la porte. Tout devrait s'y trouver pour son prochain voyage.






28 avr. 2012

Baie des lys

Suite de l'histoire de La Miche, un jeu initié par Mère Castor. Voir les épisodes précédents dans les libéllés " La Miche"

Pour résumer. La Miche c'est un genre de bonne femme ermite qui vit sur la colline. Elle descend au marché vendre ses fromages. De sa vie d'avant personne ne sait. Pourtant elle a bien un autre nom : Pascaline Dubec. Elle a même fait refaire ses papiers d'identité, chose excentrique dans sa tête si on y pense. Mais. Mais dans sa retraite bourrue ou rare sont les intrus, un courrier est venu la trouver.
Ce courrier contenait des graines qui venaient de très loin. Et dans ses mains qui re tremblent pour la première fois, dans ses yeux mouillés elle a bien lu le nom de l'expéditeur : Pagure.

"Quelqu'un viendra te dire, sur le marché cet été", a -t-il prévenu. Mais cet aout est sauvage et dangereux et l'orage a détruit les rues du village. Derrière les carreaux, La Miche voit le ciel tout emporter et le monde allonger ses grimaces.
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BAIE DES LYS

La tempête a duré cinq jours. L'ami Dédé a dormi là deux nuits puis a tenté la descente, un matin où il ne pleuvait plus et où seul le vent le poussait dru.

La semaine qui suit est misérable. Les touristes sont réfugiés dans la salle des fêtes et les habitants viennent leur porter secours. Un petit étal de fruits et légumes leur est proposé, on ne peut plus sortir par les routes, la boue atteint 80 cms par endroit et les deux rivières ont débordé, sur deux artères principales. On a le souffle court en sautillant dans les ruelles épargnées.

Il faudra du temps. En attendant elle pose ses fromages sur l'étal à côté de Basile et Juliette. On se serre entre les salades rescapées et les abricots récoltés avant la fin du monde. Des vergers sont détruits, seule la vigne sur les monts rocheux a bien résisté. Il y aura donc un septembre.

Sous le préau de la salle des fêtes c'est dimanche quand même et les vacanciers discutent en lui achetant ses fromages dans les petits paniers de Dédé. Ils lui demandent son nom et comme tout a changé et qu'on commence à se connaître elle dit qu'elle s'appelle Mademoiselle Dubec. Un petit garçon entend son nom, court vers une valise posée dans un recoin près des matelas de fortune, fouille comme un petit singe et revient en criant " madame, madame !!" agitant un carton dans ses doigts.

Elle n'aime pas trop les gosses, toujours à sauter partout et à crier pour pas grand chose. Mais le petit singe est bien mignon avec son nez qui pointe et ses mains crasseuses qui lui tendent le courrier. "M'dame le facteur y s'est trompé, y m'a donné une carte à moi : y'avait marqué P.Dubec et y savait pas ousque c'était pis moi c'est Paul Dubec, m'dame, alors je l'ai gardé mais j'ai bien vu qui s'est trompé !".

Bougre de bougre, c'est chaque fois la même chose, ils nous mettent des p'tits remplaçants qui z"y connaissent rien de rien. Pis avec ce temps, c'est sûr qu'il allait pas monter la pente, le préposé des Postes,  de toutes façons.

Alors elle tapote le crâne du petit Paulot, et lui donne un fromage "pour ta maman" , elle a bien vu la mère qui sourit sous ses cernes, encore une toute seule avec la marmaille si c'est pas une époque pourrie, non mais. Elle met la carte dans sa poche car elle se méfie des bavardages. Elle ne veut pas d'histoire donc motus.

Elle oublie presque la carte mais le soir faisant, elle enlève sa veste et voit la poche bailler. Tiens, la carte ?



Ben c'est bien mignon.

" Pascaline, mon ami n'a pas pu venir au village, alors j'avais prévu cette carte pour toi pour te laisser le message. C'est important"


Bon sang, c'est encore Pagure. Elle s'assoit et rajuste ses lunettes embuées.

Se revoir, nous nous sommes promis. Ce sera un long voyage et tu sais que je ne peux pas bouger. Tu devras donc traverser l'Atlantique, ma douce hirondelle.
Voilà ce que je te propose : il faudrait que tu viennes dans la Baie des Lys. Tu te souviens ? Te souviens tu de la cabane de pêcheur de ma tante ? 
Tu trouveras de quoi préparer ton voyage. Mais, Pascaline, ne tardes pas, il faudra t'envoler bien avant l'hiver.
Mon hirondelle..."

S'envoler ? Elle regarde par la fenêtre la montagne momifiée qui reprend quelques couleurs après le gris cendre des semaines passées. Elle regarde au dessus de l'armoire la valise verte qu'elle n'a pas touchée depuis, depuis. Elle calcule dans sa tête le temps qu'il faut pour revoir la Baie, là où quarante quatre années auparavant, auparavant.

Il lui faudra trois jours, trois petits jours sans se presser. Elle prendra le bus et s'arrêtera chez son neveu Nico dans sa boulangerie. Il a repris le flambeau, lui.

Elle partira dans huit jours.
Il y aura un septembre.
 Demain elle achètera le ticket de bus, direction le sud pour partir au grand Nord ? Et alors ?
Elle sait déjà ce qu'elle mettra dans ses valises, c'est pas compliqué.

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31 mars 2012

Du tonnerre

la Miche, troisième chapitre. Un jeu où écrire une histoire,  initié par Mère castor.
(pour infos : chapitre un, chap. 2)

La Miche au bout du bout du chemin des Retauds vivait seule, telle qu'elle est.
Une vieille chaise en paille devant la cuisine, c'est là que le facteur lui laisse le courrier les jours de marché.
Parce qu'au marché du mercredi et du dimanche elle vend ses fromages de chèvre. C'est Dédé qui lui confectionne les paniers. Pour le reste elle se débrouille. Une année elle a été malade, chose rare, une sale bestiole dans son intestin qui l'a clouée au lit et alors il a bien fallu faire appel.

Elle aime pas ça,  la Miche, se faire aider. On sait jamais avec les gens. Y s'mêlent d'une chose puis ils leur en faut encore une autre et tu te retrouves avec des souillons dans ta maison. Pas question.
Mais ce coup ci Dédé avait eu la main bonne, il avait mené son neveu sur la sente, au bout de laquelle il y a avait la Miche, sa colline, ses chèvres, et les naissances qui arrivaient. Urgence.

Le petit gars avait su faire. Jerôme, son prénom. Elle l'avait autorisé à l'appeler par le sien, le vrai, Pascaline. Il ne s'était pas moqué. Brave garçon, bien élevé. Il terminait son Lycée agricole mais surtout il avait le don. Un lycée ? avait-elle pouffé. Manquait plus que ça ! "Une école pour la nature !??". Elle hausse les épaules, La Miche, ça la fait marrer.

Non, il n'y a pas un jour de marché qu'elle rate à moins d'être morte un jour. "Faudra bien que ça vienne ! "qu'elle rigole.

Ce courrier secret, il était bien arrivé, et non pas posé sur la chaise mais en main propre, le fouineur de facteur lui avait donné. 

Cela faisait quarante quatre années qu'elle n'avait pas revu l'expéditeur. Elle était ouvrière à Toulon, elle vivait avec Jocelyne, une collègue, dans un petit studio, ça suffisait bien. Et puis, un jour de compétition de pétanque, son sport favori, elle l'avait rencontré. Et puis bien d'autres choses encore et  le studio n'avait pas suffit.

Lui, grand, costaud , la coupe réglementaire en chatain clair,  mais avec des yeux de biches " comme une fille", était en congès pour quinze jours, avec chambre payée. La chambre avait suffit, eux deux avaient fait le reste et comme il fallait. Elle avait même été deux fois en retard à l'usine. 

 Mais il était engagé et avait dû partir au Moyen Orient, qu'il disait. Il lui avait montré sur une carte.
Ils s'aimaient, mais on ne pouvait pas le dire trop, " les mots ça serre la tête et on devient fou", avait-il dit en l'embrassant sur le quai, ce dernier jour. Une seule chose toutefois : les yeux dans les yeux ils avaient promis de se revoir, où que ce soit, ils ne mourraient pas sans se reparler, se remettre les yeux dans les yeux. Ils l'avaient juré.

Les mois et les années finissent toujours par passer, lessiver les promesses, ranger au panier les ivresses et coûte que coûte Pascaline oubliait son Pagure, Antoine de son prénom, Pagure c'était son surnom militaire, celui que les copains lui avaient donné. Il ne lui avait jamais dit son nom de famille. Elle n'avait pas insisté. Elle s'était dit " C'est pas comme ça que je vais le retrouver un jour, je ne sais même pas son vrai nom." Rideau. Point. Couture, suture, enclume, marteau, colline, brûlures, monter, descendre, parcourir, chèvres, paniers, marchés, marchés, café, hiver, été...

Août de cette année. Il y a six mois, il lui avait écrit : " Quelqu'un viendra te donner les détails sur le marché, cet été". 15 août, personne n'est encore venu. Elle y pense quand elle descend le chemin, la carriole pleine. Elle n'y pense plus quand elle remonte, les sous dans sa sacoche. Encore une bonne journée de remplie.

Et puis arrive les dépressions des hauts plateaux. Arrivent les orages de géants. La nuit, des nuits. encore  et encore. Jusque là on sait faire. Puis arrive un courant d'air chaud mêlé à de la grêle, la radio s'affole, la météo parle du degré d'hygrométrie qui panique. Elle ouvre son dico des mots anciens et bizarres, elle trouve que c'est un engin qui mesure l'humidité atmosphérique. Elle apprend aussi que les japonais ont trouvé comment recréer des orages dans les nuages, des éclairs, pour déclencher la pluie. Ca lui fout un coup de pétard. " Sont ti cons dans c'monde, Nom d'une bretelle à p'tit pois !!??"

Et alors ça part en vrille. L'hygromachin annonce que la vallée est innondée et que ça va retomber.  Le jour, la nuit. Il tombe des pluies qui ne sont pas de ce monde, il tombe, quatre jours durant, des poteaux d'eaux grises, il tombe de la grêle en août. A 6h, le 20 août, elle voit la fin du monde. Noire, verte sur les bords, bleu méchant à midi, puis tournoiement de blancs sur le versant Nord-Est. 

Et de marché point. Le village est évacué, elle accueille même Dédé, elle sur sa colline a les pieds secs. C'est pour venir que c'est une histoire. Boue, torrent marron dans la ravine, la pente est en furie, le bouillon coule, les talus s'effondrent.

Amédée et Pascaline scrutent par la fenêtre. Ils n'ont jamais vu ça. Ils attendent que la radio annonce le retour de l'ancien monde. Celui d'avant le 15 août.
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29 févr. 2012

Pagure ?

SUITE DE "la Miche"
http://latortuelegere.blogspot.com/2012/01/la-miche.html

début d'une petite histoire, jeu initié par la Mère Castor


La lettre ?

C'était bien la meilleure celle là ! Elle n'avait même pas mis de nom sur sa boîte et d'ailleurs cette boîte elle ne l'avait pas mise, elle l'avait trouvée là, cognée contre un mur de la maison, le long du chemin qui pousse jusqu'à la forêt. Alors elle l'avait laissée car elle n'aime pas déranger les choses, surtout pas.

La Miche elle respecte, et vu la tête de cette boîte aux lettres, on ne pouvait qu'avoir pitié et laisser en paix la chose.

Elle avait dû être en bois, sous la mousse on distinguait des petites lattes tordues et même des bouts de brindilles accrochés. Cette boîte avait entamé sa migration en nid il y a une vingtaine d'années, bien avant qu'elle ne s'installe là, La Miche.

De la mousse, un fil de fer par devant, comme un ultime résidu de corset, cherchait à fermer une porte qui n'était plus une porte, pas même un clapet, non rien. Fermée la boîte aux lettres, rouillée, habillée de mousse en hiver, les oiseaux s'y posaient de décembre à mars pour rependre leur élan, tâter la mousse dans leur bec, en grapiller un bout et déposer quelques fientes qui lui valaient des pousses hasardeuses au printemps.

C'était presque une copine cette boîte, elle lui parlait quand elle passait devant, lui jetait un oeil attendri, ça lui aurait fait du mal qu'elle disparaisse.

Mais le courrier vous n'y pensez pas. On était loin de l'idée, juste le facteur qui montait tous les mois lui apporter sa pension. Quand c'était Jeannot, on buvait un coup, quand c'était les jeunes remplaçants ils étaient toujours pressés, ne comprenaient pas en regardant cette boîte par laquelle plus rien n'entre et ne sort, ne savaient pas où poser le fruit de leur labeur qui les ennuyait. "Sur la chaise en bois devant la cuisine !" Elle avait beau le dire une fois, et deux, il fallait toujours un nouveau bêta pour ne pas savoir et frapper au carreau, tout énervé.

N'empêche qu'un jour c'est Jeannot qui lui tend une enveloppe, bien épaisse, beige et tamponnée de timbres exotiques que personne ne connait. "Ben Pascaline, en v'là du courrier dis donc ! Qui c'est qui t'écrit comme ça ?! Au moins c'est pas les impôts !". 

Elle pose l'enveloppe, lui sert son café, mais ce n'est pas comme d'habitude, elle n'a pas la tête à ça. Elle l'entend mais ne sait pas ce qu'il dit. Il raconte et rigole, mais tout seul ce coup là. Puis il part bien gentiment en refermant la porte. C'est avril mais le vent s'est engouffré sauvagement sur le raidillon  et de gros nuages promettent d'éclater. Il faut maintenir le poele bien au chaud ce matin.

Au dos de l'enveloppe est écrit, en noir penché :  "Ton ami Pagure. Tu trouveras où. ".

Bien tiens une énigme ? Elle a plus l'âge des gigondages de cette espèce, des miroitages de papillons pour jeunettes. C'est quoi celui là ? Un ami, de la famille, un amouraché ? Elle n'en n'a pas. Pagure ? Ca ne lui revient pas.

Elle ouvre et elle trouve un grand journal qui enveloppe un truc rond. Le journal est plutôt un magazine, en français on dirait, mais y'a un truc qui cloche, c'est pas comme chez nous. Le truc rond roule et veut s'échapper, il est courbé, comme une petite banane, et enveloppé d'une écorce épaisse comme un vieil arbre. Bon sang et si c'était un truc de drogué ? 

Une petite enveloppe blanche un peu passée, elle l'ouvre et lit. "Ma chère Pascaline, tu vois je t'ai retrouvée je crois. Nous avons bien changé sans doute, mais je n'ai pas oublié notre promesse, un soir de juillet au Monte Viliano. "Se donner des nouvelles avant de mourir." avais-tu dit. Je ne sais pas si je vais mourir bientôt ni comment tu vas, toi, mais se revoir, Pascaline, se revoir...Et comme tu as sans doute gardé ton caractère espiègle je t'envoie cette graine de chez moi. A l'aide du journal tu trouveras de quel arbre et de quelle région elle provient et c'est là que tu dois te rendre. Moi je ne peux pas bouger, tu comprendras quand tu me verras."

Au dos de la petite feuille blanche était agrafé un papier de couleur où était précisé en Post Scriptum : un ami passera te voir au marché au mois d'Août, vous verrez ensemble les détails".

Elle remerciât son père de l'avoir autorisée à aller à l'école et en plus elle avait aimé cela. Lire, elle savait, elle dévorât donc ce magazine qui parlait de plantes, d'arbres, d'outils et de graines à acheter. Elle découvrît le pacanier, ce noyer d'Outre-Atlantique et son fruit qu'elle tenait dans ses mains tremblantes. Parce que maintenant, oui, elle savait qui était l'expéditeur, elle se souvenait très bien de Pagure.

31 janv. 2012

La Miche

Cagnarde, certains disaient, la traitant de flemmarde juste parce qu'elle ne venait qu'au marché du mercredi et pas à celui du dimanche. Elle y écoulait sa marchandise, c'était bien suffisant pour sa semaine. Ils me font marrer, c'est pas eux qui se coltinent la remontée jusqu'aux Retauds, une heure et demie de marche, sauf quand Amédée la prenait en stop.

Elle, ses paniers, sa carriole, son sac de bouffe, ses grosses fesses et son mauvais caractère.

On l'avait appelé La Miche autrefois, rapport à son travail d'apprentie à la boulange. Ca remontait aux années 70, comme elle aimait tout le temps se mettre les mains dans la farine dans le giron de la mère, le nez coincé dans le tablier bleu, le père lui avait trouvé un place à la Boulangerie des Pozzi. Ca ne lui avait pas déplu, au fond.

Mais ca n'avait pas duré. Avec elle, voilà ce qu'elle pense, au fond, avec elle rien ne dure. Elle, c'était quoi son prénom, tiens des fois elle ne savait même plus, crotte ?! Qu'ils lui foutent la paix. Un prénom qu'est ce que ça veut bien dire ? Et puis un nom de famille ne m'en parlez même pas, ça remue trop de trucs, ces histoires. De son temps on se mariait ou on restait vieille fille. Vieille fille elle ne l'était pas, mariée elle se souvenait l'avoir été mais comme elle ne voulait plus d'embrouilles, elle avait repris en douce son nom d'avant, " de jeune fille ?" avait demandé la bonne femme de la Mairie avec un air pincé. Je t'en pincerai moi tu vas voir. Oui, qu'elle avait dit " Dubec, comme l'oiseau. Prénom, Pascaline." Elle maudissait sa mère d'avoir choisi ce prénom de bourgeoise à chapeau pour elle, elle et ses doigts noués, musclés et trappus, sa bouche trop ourlée sur le dessus et son gros nez-de chien- disait la mère. Arrêtes de te mettre tes doigts dans le nez, on dirait un pif !

Il avait fallu aller à la Mairie pour faire une carte d'identité, la sienne avait trente ans d'âge et elle voulait avoir un papier en bonne et dû forme pour traverser la frontière. 

C'est à cause de la lettre qu'elle s'est mise cette idée en tête. Ben quoi ? y'a pas d'âge.

Finalement "La Miche" ça lui était resté, elle aimait bien. Ce mercredi elle a bien vendu ses fromages. A l'ancienne, du chèvre bien frais, qui a dormi dans les cagerottes d'Amédée, ah pour ça, on peut lui faire confiance ! Ses petits paniers tressés sont des petits nids pour mes fromages et il me fait un prix. Ses paniers contre mes fromages. En été, il triple la production avec les touristes qui en redemandent. J'en ai même qui ne veulent que les petits paniers et pas le fromage, alors là je dis non, qu'ils aillent voir le dimanche si j'y suis !


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Quoi qu'est ce ? Un jeu ! Voir mon billet du 27 janvier et le lien chez Mère Castor !
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27 janv. 2012

Un petit jeu

Il ne faut pas que j'oublie alors je me le mets là...


MC (quoi tu connais pas Mère Castor la conteuse et ses pluches ?...) ...MC propose un jeu, un truc comme on veut, sur la base d'une page d'un dico des mots rares et précieux ( cf son billet, sur le lien, tout en bas)).

 On pioche ce qu'on veut dans les mots tordus et on pose ça en fin de mois sur un blog ou on envoie à M.C....L'histoire démarrera le 31 janvier les poulets ! Ici oui  ici. Puis chaque fin de mois, la suite de l'histoire, petit à petit, ici, cui cui cui.

On verra au final en décembre 2012 comment on se porte et ce que ça a donné !

Voilà. C'est dit.
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