Le grand voyage

Je suis toujours sur la pointe de la Baie des Lys, et je n'attends plus La Miche car elle est devant moi.

Elle est avec Luigi, qu'elle a enfin retrouvé près du port à 50 kms d'ici, il y a trois semaines. Ils ont un sac à dos qui a l'air plein et deux grosses valises. Moi qui aime voyager léger, je vais être servie.

Luigi est toujours resté en contact avec Pagure. C'est à lui que Pagure a confié la délicate mission de mettre Pascaline, ex La Miche, dans un avion. Un avion  Elle avait bien compris qu'il serait question d'un truc du genre puisqu'il faudrait traverser l'Atlantique mais elle avait d'autres projets.

L'affaire s'est corsée quand Luigi a enfin dégoté Pascaline sur le port. Il lui avait posé une lettre sous le caillou du perron et avait attendu le jour du rendez-vous.

Ce jour là elle s'était endormie dans le car surchauffé et n'avait même pas senti qu'elle passait la frontière et changeait de pays. C'est en arrivant à Gênes qu'elle a bien compris que le rendez-vous elle l'avait loupé. Luigi était bon pour attendre et se faire du mourron. De loin, Pagure, très inquiet,  lui téléphonait et le traitait d'incapable. 

Genova plaisait à La miche et elle y était restée une semaine, puis deux. Elle avait traficoté sur le port et dans les agences de voyages et trouvé une compagnie de transport maritime, de fret, qui possédait 23 cabines pour les voyageurs sur son grand paquebot en direction des Etats Unis.

Il y avait même un concours organisé, un genre de questionnaire sur la géographie du continent américain avec à la clé une cabine pour deux en cadeau. 
Elle était douée en géo, son ancienne masure était couverte de cartes du Monde entier et elle recevait tous les mois un magazine spécialisé.

Les questions étaient difficiles, elle tenta le coup. Elle eu bon à 38 questions sur 40 et personne ne fit mieux. 

Ce jour là, de retour dans la Baie, devant le cabanon,  c'est donc un billet pour deux qu'elle me tend.

"Tu ne vas pas chipoter, tu en rêves !"

Elle n'avait pas tort.

On prit donc le même car surchauffé mais cette fois en compagnie de Luigi qui voulait être sûr de ne pas se faire avoir. Il avait pour mission de rendre compte à Pagure et il y tenait. Il lui fallait des bonnes nouvelles.

Le trois novembre de cette année là, nous nous installâmes dans notre cabine. Spacieuse et de première classe, pour une semaine de traversée. Plutôt fières, je dois dire. Je ne savais pas ce qui arriverait dans ces huit jours en mer. Mais de toutes façons, même si on avait su, on aurait tout fait pareil, c'est comme ça dans cette histoire, on ne peut pas reculer.
.

Articles les plus consultés