La Miche embarquée

Elles étaient donc deux filles sur le bateau. Que dis-je  ! Le GRAND paquebot qui allait traverser l'Atlantique.

La Miche et moi.

Moi je n'avais rien prévu, au début je la regardais vivre. Pendant 9 mois.
j'avais créé son personnage et son histoire au détour d'un challenge proposé sur le net. il y avait des mots-clés, on écrivait ce qu'on voulait.

Et au fil du temps, adieu les clés et les mots prédestinés, La Miche, Pascaline, s'était emparée de son histoire. Quand tu t'ennuies et que tu ne dors pas une nuit, tu cliques sur le libéllé La Miche et tu vas voir, depuis janvier 2012.

Pascaline est son vrai nom. Elle était retranchée en haut d'une colline et vendait des fromages sur le marché. Le reste on en parlait plus. Même pas de son neveu, qui en fait est son fils, mais les secrets de famille on met le mouchoir dessus.

On ne parlait jamais de Pagure non plus. Celui d'un temps si ancien, elle ne sait plus. Et puis il y a eu cette lettre en forme d'énigme et des messages qui attendraient Pascaline en bord de mer dans des recoins connus d'eux seuls.

Le car elle prend, un arrêt, deux puis la corniche et la cabane et elle attend, rate des rendez-vous avec un curieux messager. Mais comprend que Pagure est au delà de l'Océan et qu'il faudra encore voyager.

L'avion elle n'aime pas. Elle décide d'embarquer sur un cargo qui comporte 25 cabines passagers. Elle gagne un concours et un billet pour deux, et comme moi j'étais là, j'embarque aussi.

Moi je suis arrivée au cabanon il y a plus d'un mois, inquiète qu'elle ne donne pas de nouvelles. Elle est comme ça.

Nous sommes maintenant dans une autre partie de l'histoire, ou bien sa fin. Je n'arrive pas à savoir.

Depuis trois jours ce n'est que de l'eau autour de nous. Le matin à 7h le petit dejeuner est servi dans la salle à manger, un joli espace rond au premier étage sous le poste de commandement. ils sont seize passagers. les tables sont des tables de huit, alors automatiquement chacun a trouvé sa place. A une autre table le personnel se relaie pour manger avec nous. Ce n'est qu'au petit dejeuner qu'on peut tous les voir défiler. Ensuite on ne voit qu'une petite équipe à nos heures de repas, je ne sais pas où et quand mangent les autres, sans doute une histoire de quart.

Parmi les seize passagers il y a Antoine et Mireille, un couple de retraités. Ils vont voir leur nièce à Washington. Il y a la famille Hunton, les parents et trois enfants qui ont de trois à quinze ans, je dirais, je ne sais pas encore. Ils ont l'air très sympa et j'ai cru comprendre qu'ils rentraient chez eux après une année autour du monde et que les parents avaient promis de finir le voyage en bateau. Il y a quatre étudiants, ce sont des russes, mais je n'ai pas tout compris de leurs études, ils ont un accent prononcé auquel il va falloir se faire et ils insistent pour parler français. Et pour finir il y a Andrea et Giuliemo, un couple italien absolument charmant. Andrea est allergique aux avions, ils ont donc décidé de traverser l'Atlantique en cargo. Et puis il y a Pascaline et moi.

Comment ça, ça fait 15 et pas 16 ? Ah oui ! J'ai oublié Bibi. Il veut qu'on l'appelle comme ça. Il a 83 ans mais ne veut pas qu'on le dise. Toujours est-il qu'il est très mal en point depuis le premier jour. C'est un oncle du capitaine. Je crois qu'il se serait passé de ce passager et puis quand Giuliemo a dit qu'il était docteur, l'affaire s'est arrangée. Je ne sais pas pourquoi il s'inflige ce voyage à son âge. Chacun a ses secrets...

Nous, quand on nous demande qu'est-ce qui nous a amené là, on essaie d'abréger, on parle d'une  amie au Canada. Pas la peine d'en dire plus. Pourquoi pas l'avion ? Là c'est Pascaline qui réplique en prenant Andrea a partie. L'avion vous gâche les voyages et c'est beaucoup trop rapide. 

En attendant c'est la grande bleue. Je ne signale à personne que je suis sujette au mal de mer et je monte tous les matins au deuxième étage consulter la carte marine et les prévisions météo. A priori que du beau, de l'humide en fin de parcours mais pas de mauvaise tempête à l'horizon. Nous avons encore cinq jours devant nous.