18 mars 2011

Rebrousser

S'arrêter dans son élan, s'avouer vaincu, se connaître, ne pas vouloir forcer.
Ce midi j'ai fait demi tour. A Lyon, à la gare de la Part Dieu.
J'avais tout organisé pour ne pas, ne jamais, avoir à m'y arrêter trop longtemps. Avoir une correspondance entre deux trains qui ne me laisse pas de temps libre.
Le contraire de l'ordinaire. Le contraire de mes passages à Paris, par exemple, où j'aime prendre le temps entre deux gares. Cela me fait du bien.

Un jour je suis même partie en Nouvelle Calédonie en choisissant un vol avec un maximum d'escales, pour le plaisir. Je devais rester dans les aéroports, quelques heures,  mais j'étais ravie.
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Mais Lyon, non. Je l'ai écrit tant de fois, et ici et dans une Plume d'oiseau ailleurs, je ne vais pas bredouiller encore. Mais Lyon, non. Je suis restée déplumée un printemps de mai, il y a plus de quinze ans. Je suis restée à poil de moi, là, et je ne veux pas, plus jamais y trainer.

Rien à voir dans cette gare moche, rien à trainer que du moche. Donc j'avais tout prévu mais pas ce retard de train, et l'attente de trois heures qui s'en découlerait.
Alors j'ai fait demi tour. Sur moi même, direction rapatriement.
Tant pis. 
Sans doute autrefois je ne faisais pas cela. J'allais comme un petit soldat. Portant bagages et courage. Sans demi-tourner, sans rebrousser. Non.

Maintenant, oui. Je rebrousse dans ma brousse, mes coupe-coupes sont-ils émoussés ? Ma fragilité a-t-elle pris le volant ?

Mon chez moi est-il à la fois mon refuge et ma prison ?

15 mars 2011

Paris.

Si Paris n'est pas la ville des amoureux, quelle ville peut l'être ? Venise , me diras tu ? Ou c'est moi qui dit.
Mais Paris reste celle là.

Celle du manque aussi. Celle où, jeune femme, j'arpente les rues à pied sans relâche. Je marche droite, le cou dressé comme un oie au soleil. Les cheveux flottent.

Paris et l'appartement du XVème que j'aimais tant, qui était un chez moi. Les amoureux, l'amour dans le couloir assis sur la moquette. L'amour dans le grand lit de la chambre du fond. Les petits déjeuners qui promettent une longue journée au dehors.

Paris en août, toujours présente à son appel. Paris du printemps et d'un printemps de 1996 saignant. Tu es sur le trottoir avec ton imper vert. Statique, déjà absent. Je suis dans le taxi qui me porte à Roissy. C'est un moment que je détesterai pour toujours. 

Paris quand l'amour te fout une claque, il te lamine, te ruine, tu n'as plus qu'à fuir, les yeux baissés, torrent de boue derrière toi, mains salées, marées d'infortune. Quitter Paris. Quitter Lui.

Plus tard aimer pour toujours. Car tout est plus grand et la place reste vacante, ta place là-bas. T'attend.



Bientôt ?
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Photos de J-F Mallet.

2 mars 2011

Mon impossible Cambodge

C'est ma première sortie hors de Phnom Penh. Nous prenons la voiture, c'est obligé. Un coin où pique niquer, diront les collègues, près d'un lac.

Je n'ai pas vraiment vu l'eau et pique-nique n'est pas non plus le mot approprié. Il y a des endroits où ton sandwich et tes chips te semblent restés mille lieux à la ronde et c'est tant mieux. Tu n'es absolument pas là pour croiser ce que tu connais.

Découvrir un paysage pour la première fois. Entrer dans une ville où tu n'as jamais été. Franchir une rue immaculée de ta mémoire. Arpenter un chemin qui ne t'a jamais vu.  Initier le lieu, t'initier. Faire les premiers pas. 

La voiture blanche, frappée du sigle des financeurs européens, se soulève sur des chemins durs comme une trique. Le Cambodge de ce janvier 1992 est sec, plat, dépeuplé en cet endroit. On se demande où est passée la vie. La vie a été mangée par les khmers rouges il y a presque vingt ans et la terre n'a recraché que de la poussière sans semence. Les canaux d'irrigations sont encore détruits, la capitale porte toujours des traces noires, cicatrices de bombes et de feux, sur des immeubles aux ventres ouverts où des gens squattent comme ils peuvent. Le grand pont n'est pas reconstruit. Sa coupure nette sera pour moi le symbole de ce pays en cette année là. Un choc.  Notre rupture aussi.



J'ai honte de nous en grosse voiture 4X4, avec des vivres et de l'eau potable à l'intérieur, quand je découvre la campagne khmère de l'époque. Sa désolation et sa misère. Nous croisons quelques maisons de bois avec rien autour, cette terre sans couleur et ses trois palmiers rachitiques qui montent au cieux pour se réfugier de ce que le sol ne leur donne plus. Quelques feuilles en l'air, épouvantails malades. La verdure semble encore plus inaccessible. Tu n'as plus qu'à grimper à la force des orteils sur le tronc anorexique pour récolter un peu de jus de palme à transformer.


Certes, la compagnie est bonne et heureuse, une sortie c'est un évènement. Je les découvre, je suis arrivée récemment. Nous n'avons aucune idée de ce que nous allons vivre et qui va, pour certains, sceller nos futurs pour les années à venir et pour toujours me changer. Nous ne connaissons pas encore la force de nos liens. 

Le radio-cassette passe ta cassette de Ferré et d'autres chansons si atypiques dans ce contexte. Déjà tout toi ce jour là. L'ensemble, l'intérieur de la voiture et l'extérieur, ce pays, forme un non-ensemble, une aberration croisée de certitudes fulgurantes qui se mettent en marche. 

Ces sentiments sans cesse contradictoires, tant dans ma vie intime que professionnelle, qui marqueront au fer rouge mon séjour ici.

Avant de quitter le Cambodge, j'accompagne une amie qui consulte une voyante. Chuchotements cérémonieux et traduction très approximative, je passe à mon tour devant la vieille femme khmère qui me regarde avec gravité et presque effroi et me dit que je ne reviendrai pas dans ce pays. Je ne sais pas si je dois la croire ou pas. Sentiment de malaise. Pourtant deux années plus tard je reviendrai, un court séjour. Vers toi.

Et puis après..

 
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22 févr. 2011

C'est incroyable

Ce matin une collègue fête son anniversaire et me dit qu'elle a 34 ans.
J'ai comme un choc dans ma tête car je ne comprends plus rien au temps qui passe.
Je ne sais plus ce qui est long, ce qui est court, ce qui met du temps, ce qui en rajoute, ce qui soustrait. Je suis ballotée et spectatrice de ce défilé des années.

Je me suis dit " 34 ans ! ? Mais à cet âge je vivais tellement autre chose que ce que je vis, c'est incroyable !!!", j'en suis sur les fesses de moi-même.
Tu me diras ça fait...seize années que j'ai eu 34 ans. Pour moi cet âge résonne comme un âge de bébé, de bébé accompli mais si jeune, si innocent. Pourtant je ne l'étais pas , innocente, mais quand même.

Où étais je, où suis je allée ? Je n'étais pas avec toi, plus à ce moment là et pourtant je suis ta femme aujourd'hui. Incroyable.
A 34 ans j'étais sur le point de retrouver un amour fébrile, qu'il me faudrait quitter. L'amour, je suis son paillasson.
Je ne vivais pas ici, je ne connaissais pas ici, ni cette ville ni cette région.

A 34 ans je ne savais pas que je retournerai deux ans plus tard, travailler en Asie. Je ne savais pas. Ni que ce serait la dernière fois.

Je reprenais des études, ça c'est peut être le fil qui a duré le plus longtemps, a traversé les mers et les pays, ne m'a pas lâché jusqu'en 2001.

Je ne savais pas le nombre de valises et de cartons que je ferai. Tout ce qui s'empilerait et chez les uns et chez les autres.  Les cartons ce n'est pas le meilleur du voyage. Grands et petits, par avion et bateau, ceux qui partent, ceux qui restent et attendent que tu reviennes enfin.

A 34 ans je me croyais revenue. Je te croyais revenu pour toujours. Finalement c'est moi qui ait dû retourner vers l'Orient. Finalement c'est moi qui n'étais pas revenue totalement, je n'en n'avais aucune idée.

Je continuais de souquer ferme, j'écopais de tous côtés, j'aimais en dehors des possibles, j'étais comme un buffle ou un rhinocéros au galop. Parfois essouflé stoppant dans sa poussière. Puis reprenant le rythme, têtu.

J'avais beaucoup plus d'amis que maintenant. Bien plus. Quelques uns n'ont pas supporté les sorties de route. L'amitié est aussi puissante et fragile que l'amour.

Si tu as trente quatre ans, soit béni, tu as la vie devant toi. Si tu en as plus, comme moi, soit heureux, tu le sais, tu as tout à apprendre. Tout était faux, tu peux tout recommencer à zéro.

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11 févr. 2011

Les premiers voyages

C'est la vie qui appelle.
On prend des trains, on prend des pelles. On prend l'eau. Ecoper c'est vivre, regarder plus haut, ne pas savoir d'où vient la vague.

J'étais petite quand j'ai pris l'avion. On rejoignait toujours ma grand-mère corse chez elle. Mais le plus souvent en bateau.

De ce grand paquebot tous les rêves de fillette prenaient le large, crois moi, en cinémascope, tu vois ?

Il y a les départs du port de Marseille. C'est beau. Partir en bateau, on sent qu'on part de tous les côtés. La peau vibre, on fait partie de. On ne subit pas le voyage.

On dort. Jeune femme je me calais dans un coin du pont, près du ronron des machines et je dormais là, dans mon sac de couchage. Eblouissements. Tu n'as pas besoin de faire de beaux rêves, ils sont tous au dehors cette fois. Couchés près de toi.

Petite, au réveil, à l'aurore naissante. Pas de mots. Quelques descriptions, des exclamations, des doigts pointés. Mais surtout des silences pleins de respirations. La côte qui arrive. C'est l'enfance, c'est la maison. 
Le golfe d'Ajaccio à partir des Sanguinaires. C'est nous. C'est la force, c'est la tristesse des départs, des non retours, c'est la racine et l'arbre, c'est l'abandon, les choix, les renoncements, les contours et les vides. C'est ma mère sur le pont dont les yeux pleurent de joie. C'est revenir et repartir, on le sait déjà. C'est profiter sans délai, on le sait, on le fera. La promesse des tout de suite dans les bras.

J'ai grandi avec l'urgence du maintenant, la blessure du quitter, l'immanence des fins, la force de tout tenter.

Vers la fin du voyage en paquebot, c'est la grand-mère qui est face au port, chez elle, sur le balcon. On la voit avant même d'accoster. Elle porte sa main au dessus des yeux comme ils font tous face au soleil. Mais là c'est nous son soleil. 



Il y a les annonces des hauts parleurs, puis la descente vers la voiture, les rituels, les excitations. La fierté de tout connaître, d'être en terrain conquis. Une petite fille déjà grande dans sa tête. Une femme maintenant qui gardera sa joie de petite fille. Dans ces essentiels là, ceux de la voiture qui quitte le bateau et traverse la route pour arriver chez elle. Et peu importe si aujourd'hui il n'y a plus tout cela, aux mêmes endroits. Ce n'est plus "chez elle" mais peu importe les ruptures, ou les murs laissés derrière toi.

Parce que chez toi c'est juste là. De l'autre côté du ponton, de l'autre côté de la route, là au bout du chemin par où il te faut prendre ta main. Prendre ta main.
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26 janv. 2011

V.I.P to Norway

Un jour j'ai voyagé en avion  sans avoir acheté le billet. C'est une délicieuse sensation que d'arriver à Orly avec juste un léger bagage, d'aller au guichet où on t'a dit d'aller. Le panneau annonce "Stavanger", avec une heure de départ. Tu dis juste ton nom, tel un sésame,  et on te donne un billet et une fiche d'embarcation. Mata Hari tu es, une voyageuse incognito en place V.I.P, une very importante personne. Tu monteras dans le jet d'une société pétrolière, de celles qui ont des plateformes de forage dans la Mer du Nord. Ainsi tu arrives au sud de la belle Norvège en plein mois de novembre et D. t'y attend.

D. travaille pour ladite société, qui a ses écoles privées pour les chérubins du personnel. L'avion est presque vide, pas de problème, il est réservé au personnel et leurs amis, deux vols par semaine, toujours le même jour, à la même heure. D. a indiqué mon nom et le jour J. à la compagnie, et voilà, Mata s'envole en V.I.P, very impressionnée indeed.

D. c'est "L'ami d'amis". Odile et G. se sont mariés, je suis témoin et amie d'O.  Quant à D. c'est l'ami, et témoin, de G. En 1991 nous voilà célibataires tous les deux, lui et moi. Tiens ? Cela ferait un accord parfait, une sonate à quatre doigts de ma main : O et G + lui et moi. Des amis hors pair qui se connaissent bien. 

Non, ça ne marche jamais avec moi ces plans là, zut. Dix ans auparavant il y a eu  un scénario identique mais avec d'autres personnages dont B.... Oh le beau, toujours en mer sur des bateaux, étudiant aux beaux arts avec Patrick, le fiancé de mon amie ! L'amie avec laquelle je cohabite et étudie au Havre, en 1979. Elle retourne les fins de semaines chez eux, à Caen. Parfois elle m'emmène et là on est quatre, le plus souvent. B et Patrick, elle et moi. On est beaux, on est jeunes, ils sont des hommes plein d'inventivité, d'art et d'humour et B. a des yeux bleus et un air tendre et je ne demande qu'à...Un soir, un seul, il sera dans mon lit, sur un matelas une place, au sol, et à quelques encablures dans la même pièce, les fiancés sur un matelas une place aussi. Mais B. ne m'aime pas, j'ai ses cuisses contre mes cuisses, son cou dans mon cou. Mais rien d'autre. Bien sûr je ne dors pas et le lendemain je jette des galets dans la mer, grognon. Fini le plan B. 

Plus de dix ans après, le plan D. a de la classe. Brun, nerveux, intelligent, lui c'est la montagne, pas la mer. Moi c'est comme il veut, je ne suis pas loin de tout vouloir. Un mois plus tard je pars travailler au Cambodge. Mais il est voyageur. Et c'est un ami et l'ami de mes amis. Et je passe six jours en Norvège, chez lui.

Oh comme ce pays est doux ! Tout est facilité et aimable. Les voitures s'arrêtent pour te laisser passer alors que tu n'as même pas encore le pied sur le passage piéton. Tout est calme. Les petits enfants ont des casques pour pédaler sur leurs petits vélos, et en 91 ce n'est pas courant en France ces casques pour cyclistes, pas du tout. Je découvre une société disciplinée et accueillante. Même le Québec paraît brouillon en comparaison. Stavanger est un port croquignolet, le poisson abonde. Les rues piétonnes se remplissent des lueurs de Noël. Dans les boutiques de décorations et de bougies j'ai envie de tout acheter. Un choix époustouflant.

Dans les supermarchés le choix de nourriture me ravit : produits bio à gogo, céréales en pagaille, poissons fumés par tous les bouts, biscuits épicés, laitages géants. J'ouvre des grands yeux sur ce conte de fées. Je suis un lutin qui vagabonde, tout est facile. Près de la maison il y a même une piscine extérieure avec sauna, ouverte de 6h à 22h. L'eau y est très chaude, la fumée s'évapore, j'y vais le matin, nous sommes quatre à y nager sous un soleil d'acier. Il fait entre zéro et un peu moins.

La société propose des jolis chalets en location,  près d'un fjord. Nous y passons la fin de semaine. La neige est tombée, elle monte jusqu'aux genoux. Les monts se reflètent dans l'eau limpide exactement comme dans un miroir, comme sur les photos. Celles que je n'ai pas prises, en ce temps là j'en prenais si peu !
Le chalet est confortable, tout en bois clair, somptueux. Mais D. ne m'aime pas, ne sera pas amoureux. Sous la couette norvégienne, malgré nos essais, ce n'est pas de l'amour qu'il me fait, pas le vrai et nous savons ce qu'il en est. Nous serons donc sincères, je serais donc un peu déçue.

Dans un recoin de chez moi je garde précieusement un vestige de mon novembre norvégien, deux bougeoirs et leur décoration.


"C'est moche" me dit Lui, ici, mais il ne sait pas et je souris. "Non, moi j'aime", je lui dis, têtue, bien sûr. Il ne sait pas ce qu'est ma vie sans lui.
Qu'est-il advenu de moi ? Deux mois plus tard en cette Asie intime je rencontre la passion de ma vie. D. va , lui, nouer une relation secrète avec la femme d'un ami cher. Cela le mène à sa perte trois ans après. Il prend sa voiture et roule dans le vide, sur les routes de France, déchiré. Il fait 500 kms et frappe à ma porte, lyonnaise en 96. Il a des yeux de cocker battu. Nous dînons  au restaurant, tous les trois. Nous deux et lui, si malheureux. Un moment nous sommes seuls. Il me prend la main et me demande
" Alors tu es heureuse ? Ca y est ? Tu es sûre ?"
A ce moment là, je suis sur un nuage de ma vie, l'amour dans la poche, rayonnante je dis
- Oui, oh oui ! Enfin, quel bonheur, enfin avec lui !
- C'est bien, tu vois si c'était à refaire...
Et puis tout bas, marmonnant dans sa barbe qu'il ne rase plus ( il est un errant qui ne se regarde plus dans un miroir ) il glisse  "J'ai sûrement raté quelque chose"

Nous ne savons pas que dix mois plus tard je dois fuir, loin, très loin,  mon amour qui me chasse. Je suis errante à mon tour. Oui, ce sera mon tour d'être perdue. Tournent les manèges, plonge la vie. Plus tard il rencontre la mère de ses deux filles dont il est gaga  aujourd'hui. 

Plus tard, moi...
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18 janv. 2011

Les valises

Je suis née auprès de gens curieux de tout qui aimaient bouger. C'est ainsi, je suis tombée dedans. Comment cela se passe -t-il ? Petite je devais sentir cette excitation monter au fil des jours, sans doute.
Un genre d'adrénaline.
D'abord on fixe une date et un lieu. C'est comme cela que tout commence.Est-ce que cela s'appelle un projet ? Je ne sais pas. Peut être une destination. Et l'idée qu'on va bouger s'installe comme un démon dans chaque recoin de ton esprit.
Nous allions souvent dans les lieux plutôt amis, connus, familiaux, et sinon j'avais aussi le luxe et la chance de séjourner dans des hôtels ( j'en suis restée amoureuse, enfin ceux qui sont corrects, avec un minimum de confort vital...). Voiture, train, bateau, avion nous prenions.

J'ai toujours été indépendante et solitaire, avec les valises c'était pareil. Je pense qu'à huit ans je n'avais besoin de personne pour les faire et les boucler. Les deux "grands" partis dès leurs dix-huit ans, je me suis retrouvée seule et autonome dans la maison très vite, pour tout et pour voyager itou. J'avais ma propre valise, ma trousse de toilettes. La veille, ma mère venait voir si j'avais besoin de quelque chose ou de quelqu'un. Je n'avais pas besoin. Ma propre valise à la main, je l'amenais devant la porte d'entrée bien avant l'heure de partir. Et pas besoin de me secouer comme un prunier dans le lit pour partir aux aurores. Prête comme un petit soldat. Lavée, habillée, guillerette, impatiente et silencieuse, observant ces adultes nerveux et inquiets de tout fermer, de tout vérifier et mon père dans la voiture d'énumérer ce que ma mère aurait pu oublier de ses affaires, parce que lui ne faisait guère ses valises seul. Ces hommes là, de cette génération là. Ces femmes là...

 Bretagne sud, de gauche à droite : ma mère, mon père me portant, les deux grands, ma grand-mère paternelle-québécoise.


Moi je venais d'une autre planète. J'en avais eu confirmation dans un livre de la collection Rouge et or . "Tombée du ciel", c'est le titre. C'est l'histoire de Mo, petite fille tombée d'une planète nommée Asra, et recueillie par des enfants terriens. Mo a un très beau collier de perles grosses et translucides.


Et sur sa planète "On ne pleure jamais" dit-elle aux enfants. 

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1 janv. 2011

Se réveiller dans le Monde

Ce matin 1er janvier à 4h du matin mes yeux sont ouverts, ou bien c'est mon esprit. Il vagabonde.
Je pense à mon amie du Pacifique Sud pour laquelle la journée est en plein : 10 heures de plus.
Je pense aux amis des Amériques, des côte Est ou Ouest ( un autre Pacifique...) pour lesquels c'est la nuit et c'est encore hier : 6 heures minimum de moins.


Des petits atolls finissent leur jour dans les océans verts pendant que je petit dejeûne. Ces décalages horaires me cassent quand je vais vers eux, d'un côté comme de l'autre de l'horloge. Tu es zombie pendant deux jours.

A Montréal avec I. dans son bed and breakfast, cela ne la dérangeait pas, au contraire. On se retrouvait une tasse à la main dans la nuit québécoise à regarder le petit jour et à prendre le frais avant que la chaleur d'aout nous colle sur place. Et même ensuite, très souvent, sans doute à cause de cette chaleur à venir, sans doute à cause des insomnies de mon amie et sûrement parce qu'on ne s'était pas vues depuis 25 ans, chaque petit matin nous étions ensemble entre terrasse et jardin, son café italien fumant dans la cuisine.
L'unique autre personne hébergée là dormirait jusqu'à 9h bien  passés. Il était entrain de s'installer à Montréal et de chercher un appart, un condo. Charmant "pur british" et alcoolique, il rentrait toujours très très tard le soir, et on ne risquait pas de le réveiller. 

Seule Maya, la chienne de mes rêves, sur laquelle j'ai pleuré en partant, nous rejoignais, toute heureuse.
Le jour se levait, tendre, dans le jardin de la belle maison située près de l'université UQuAM, l'Université du Québec à Montréal.  Je ne sais plus s'il y a le U dans ses initiales que tout le monde connaît comme du petit pain, comme du bagel, comme des donuts. 




Se lever tôt en vacances et être prêt à vadrouiller, à ne rien faire, le corps libre sans destination, sans destinée autre que tout dévorer en pleine face, tout retenir et puis tout laisser tel quel derrière soi.
Vagabonder comme chez soi et dans cette ville qui est comme une mère et une soeur pour moi. Qui trouble de ses mystères, de ce passé familial que je ne connais pas, de cette grand-mère née là, de ses soeurs, de son père aventurier sur les bords, parti vers 1870 ou 80 ? pour ce continent qui promettait la lune.


Moi je me vois avec eux dans les hameaux devenus villages au bord du st Laurent où naquit cette famille . De bois, de boue, de feux,  d'hivers et de moustiques. De chevaux et de poneys, d'usines nouvelles où cet arrière-grand-père travaillait, de premières locomotives crachotant leurs fumées et de peuples premiers (comme on dit si bien là-bas) assassinés.
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12 déc. 2010

Hanoï

Décembre 1996, je vis au Laos, pays voisin, alors un réveillon à Hanoï, Hum, bonne idée ?
Une amie de France est venue, nous partons pour dix jours. Le collègue vivant à Hanoï nous a réservé un chouette petit hôtel.


Je me rends compte que j'ai du mal à parler de ce séjour qui m'a tellement plu. En plus je n'ai que peu de vieilles photos, à l'époque de l'argentique je photographiais parcimonieusement.
Je n'ai pas de photos de la foule dans les rues et de la circulation à deux roues. Je n'ai pas de photos du quartier des artisans, une rue par métiers. Je n'ai pas de photo du grand lac et son temple, où les gens se réunissent à 5h du mat' pour le Taï Chi Chuan.

Tant pis. En fait, il faut aller à Hanoï, il faut y aller.
En 1992, j'avais passé deux jours à Ho Chi Minh Ville/ ex Saïgon. A peine le temps de passer le choc. Je vivais au Cambodge et le simple survol en avion entre les deux pays m'avait fait comprendre l'incompréhensible. D'en haut, dès les nuages, la frontière est nette. Tu vois la terre khmère,aride et sèche, et en quelques kilomètres, là, en dessous, le paysage se transforme comme par magie en une verdure acclimatée, des plantations, des tissus d'irrigations. Deux mondes qui se se révèlent déjà depuis l'avion.

Comment font-ils ces vietnamiens pour transformer tout ce qui est sous leurs pieds et dans leurs mains en du productif, du beau, du vivant, de l'utile ?

Ils apprennent, ils bossent, ils sont ingénieux et tenaces, rien ne les arrêtent. C'est cela qui m'a le plus frappée tant au Sud qu'au Nord. Et ils lisent. Partout, même la petite vendeuse de fruits, même la mamie avec ses binocles, assise sur le trottoir : c'est un pays de lettrés et même si tu ne sais rien de son Histoire, tu le sais si tu regardes. D'autant plus si tu connais les pays voisins. La différence est nette.
Ici on lit, on apprend, on écrit, on en veut, on ne renonce jamais. Ici il y a toujours une solution, on cherche, on invente, on ne sera jamais vaincu.

C'est une évidence, cela se sent, se respire au Vietnam. Tellement que je me suis demandée si les américains avaient été aveugles de ne pas le sa-voir, stupides de s'acharner tant sur cette guerre perdue d'avance. Car ce peuple est fort si fort et si étonnant. Et si intelligent et créatif !


Y faire du vélo est une expérience hors pair. Tu te glisses dans la foule compacte et au début tu es maladroit car tu fonctionnes par à coups, par force. Non, il faut glisser comme sur une patinoire et croire en ta belle étoile. C'est une émotion divine que de rouler en vélo à Hanoï. J'en garde des visions célestes comme ce jeune homme assis en amazone derrière le vélo de son ami ( beaucoup de monde sur les portes-bagages ), en costume gris, voletant comme un ange, beau, les jambes relevées et légères, souriant, discutant. Une plume posée là sur le porte-bagages, la grâce même.

Mon coeur s'est soulevé du matin au soir entre Hanoï et la baie d'Halong et les autres balades à la journée sur des rivières, des lacs, vers des temples. Balades en petits groupes car les déplacements individuels n'étaient pas autorisés. Le contrôle des touristes est très prégnant. Et je dois dire que j'ai aimé ce genre de mépris aussi dans les yeux des vietnamiens, du moins aucune condescendance...Non tu n'es pas le petit roi comme dans les pays frontaliers où je vivais, plus à L'Ouest. Ici tu fus ennemi, tu fus battu à plates coutures et tu n'es pas "supérieur". Ouf.

Aller. Il faut aller dans ce pays qui est si surprenant. S'assoir sur les petites tables des trottoirs ( ce sont comme des meubles de maternelle, pour nous), boire le phô, qu'on prononce "feu" mais avec un son guttural incroyable. Et regarder, regarder, comme j'aime le faire. Puis marcher et s'empiffrer de beignets de bananes vendus sur un vélo.


Mes émotions sont restées intactes. Pas besoin de rester longtemps à Hanoï pour être changé à jamais.
J'ai démarré l'année 1997 dans le restaurant école Hao Sua. Un endroit très joli, où j'ai dansé avec Tang , peintre d'origine vietnamienne qui cherchait à retrouver son pays. Mais pas facile. Plus tard j'ai aussi dansé sur un bateau dans la baie d'Halong, avec un groupe d'italiens qui avaient apporté leurs cassettes !Sensa vergogna...L'italien voyage avec l'Italie, no ?
Et j'ai, bien sûr, regardé les merveilleux pratiquants de Taï chi avec émerveillement, sans me douter une seconde que cet art martial serait mon guide trois années plus tard. 
Oui, quand on voyage on engrange sans le savoir. On met dans sa poche tant de secrets, tant de découvertes. Nous n'en n'avons pas toujours conscience sur le moment. Il y a tant à respirer, à ressentir, on est tout entier dans l'instant. Plus tard l'instant prend son volume et tout son sens, simplement, naturellement, sans qu'on choisisse ni ne décide vraiment. Ni le pourquoi, ni le comment.

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4 déc. 2010

Décembre, Hanoï

Décembre c'est le mois où j'allais.

Le mois où j'ai repris l'avion  car après la Thaïlande, le Cambodge, pour y démarrer l'année 1992.
Décembre c'est Hanoï, finir l'année 1996 là-bas, danser avec Tang, le peintre charmeur comme un serpent.
Hanoï est une ville fabuleuse, je vais te mettre des photos ici dans quelques jours, si tu veux.
A l'orée du matin au bord du grand lac les gens viennent faire du taï chi chuan, beaucoup d'anciens, hommes et femmes. C'est une atmosphère extraordinaire, que je n'oublierai jamais. A l'époque je n'avais pas encore pratiqué cet art martial, outil de la médecine chinoise, un formidable compagnon de vie et de santé.

Hanoï en vélo, Hanoï à pied, seule, des heures durant. Oui, je vais revenir te dire. Maintenant que j'ai commencé, j'ai envie de t'en raconter un chouïa, c'est une chose tellement belle, il faut la partager.

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