Rebrousser

S'arrêter dans son élan, s'avouer vaincu, se connaître, ne pas vouloir forcer.
Ce midi j'ai fait demi tour. A Lyon, à la gare de la Part Dieu.
J'avais tout organisé pour ne pas, ne jamais, avoir à m'y arrêter trop longtemps. Avoir une correspondance entre deux trains qui ne me laisse pas de temps libre.
Le contraire de l'ordinaire. Le contraire de mes passages à Paris, par exemple, où j'aime prendre le temps entre deux gares. Cela me fait du bien.

Un jour je suis même partie en Nouvelle Calédonie en choisissant un vol avec un maximum d'escales, pour le plaisir. Je devais rester dans les aéroports, quelques heures,  mais j'étais ravie.
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Mais Lyon, non. Je l'ai écrit tant de fois, et ici et dans une Plume d'oiseau ailleurs, je ne vais pas bredouiller encore. Mais Lyon, non. Je suis restée déplumée un printemps de mai, il y a plus de quinze ans. Je suis restée à poil de moi, là, et je ne veux pas, plus jamais y trainer.

Rien à voir dans cette gare moche, rien à trainer que du moche. Donc j'avais tout prévu mais pas ce retard de train, et l'attente de trois heures qui s'en découlerait.
Alors j'ai fait demi tour. Sur moi même, direction rapatriement.
Tant pis. 
Sans doute autrefois je ne faisais pas cela. J'allais comme un petit soldat. Portant bagages et courage. Sans demi-tourner, sans rebrousser. Non.

Maintenant, oui. Je rebrousse dans ma brousse, mes coupe-coupes sont-ils émoussés ? Ma fragilité a-t-elle pris le volant ?

Mon chez moi est-il à la fois mon refuge et ma prison ?