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13 sept. 2011

Amonseulées

Dans une chambre, dans un placard, dans un tiroir.
Un carnet, deux carnets, trois. Des feuillets.
un projet de départ quelques jours à la mer
Un fouillis, un bazar sur le bureau
Les roses aux carreaux.


Dans une chambre quelque part
Seule parce que seule
Un panier, deux sacs, une boite rectangulaire qui contient des bouts de papiers colorés
Le sac en osier de la piscine, on n'ira plus jusqu'à quand ?

Un abat jour et des trucs collés dessus
Un cahier, deux cahiers, petits ou grands

Refaire, je voudrais refaire
Repartir dans un début
Je vais marcher sur les quais, fouler des trottoirs


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15 mai 2011

Grand ménage des femmes

Je ne sais pas pourquoi quand je me mets à faire un grand coup de ménage dans ma maison je pense à ma  soeur et à ma mère et à la maison d'Ajaccio.

J'ai des images de ma soeur ( aînée, onze ans de plus que moi, elle a l'âge de la retraite) frénétique, la tête dans la poussière des vieux placards. J'ai des images de ma mère et le plaisir de remuer les antiquités de la vieille maison familiale de son île. Dans ces moments là, ensemble, je crois qu'il y avait tout un courant de vie qui passait, très énergétique. On ne sentait pas la fatigue, on se dépensait, comme on dit.

Faut dire que la Mamie partie, la maison restait inhabitée dix mois sur douze. Alors y débouler à l'été c'était refaire sa vie, lui redonner de nous, la faire sourire et débusquer encore des secrets.

Je dis "maison" parce que c'est immense, mais c'est en fait un étage, sur les trois que comporte cette jolie batisse florentine aux murs roses, face au port. Balcons et escaliers de marbre. Moulures au plafonds. l'appartement était si grand, petite je faisais du vélo dans le couloir, que le frère et la soeur l'ont coupé en deux il y a trente ans, à la mort de leur mère, ma grand-mère.

Dans sa forme d'origine c'était un dédale. Couloirs, boudoir, grandes pièces de rangement à l'entrée des chambres avec fioles et bocaux en verre du grand-père médecin. La maison servait aussi de cabinet de consultations. La plaque en marbre avec son nom est toujours sur la rue devant la porte d'entrée.

Immense salon avec son luxueux lustre haut perché plein de gouttes de verre. Une vraie salle de bal pour la petite fille que j'étais et qui pianotait ses compositions sur le vieux piano droit, concentrée au possible et un peu ennuyée par les longues siestes des grands. C'est long, que faire ? On ne va pas à la plage après le repas, on se repose. Mais on y restera ensuite jusqu'au coucher du soleil.

Je nous vois avec ma mère perchées sur des échelles pour atteindre des placards, des trappes, en hauteur, des endroits remplis de merveilles : vêtements d'un autre temps, objets parfois bizarres, meubles, bibelots merveilleux.

Je nous vois laver à grande eau les tomettes rouges. Autrefois la grande cuisine donnait sur la ruelle où on faisait sécher le linge sur un fil qui glissait entre la voisine d'immeuble et nous. Comme en Italie, et comme à Montréal aussi, chez mon amie. Les draps flottants comme des drapeaux en haut des ruelles. Les ruelles qui sentent la pisse. Derrière la maison un petit passage qui mène à une rue très commerçante où mamie avait ses habitudes. Toujours une chaise en paille cabossée et qui sent l'osier pour s'arrêter au perron de l'épicière et papoter. "Ah c'est votre petite fille !!". La petite-fille était fière et puis je porte le prénom de cette grand-mère, ça personne ne pourra me l'enlever.

Car la maison familiale je l'ai laissée à mon frère qui a préféré tout garder. Et nous ne sommes pas du genre à passer des vacances ensemble, pas du tout du tout. Il a donc tout racheté. Peu importe, les souvenirs je les ai et cet endroit est mien pour toujours grâce à ce que j'y ai vécu, uniquement moi avec moi.

C'est vrai que c'était plutôt une maison de femmes. C'est sans doute pour cela que j'ai gardé les images fortes de ces femmes fortes qui s'y agitent et rangent, trient, lavent, poussent, déplacent, cherchent, re rangent, organisent les choses, leur donnent forme et goût. C'est aussi pourquoi je sais combien ma soeur va souffrir de ne plus y être chez elle. Une blessure sans fond qu'elle n'a pas su voir venir, qu'elle va subir. J'aimerais la consoler de cela mais c'est encore trop tôt, le lot des failles creusées après les deuils a emporté nos compassions. Des choix trop difficiles entre nous, pleines d'incompréhensions.

Ma grand-mère avait sa chambre au fond, avec de lourds rideaux roses ancien, soyeux ,et personne n'entrait dans son antre. C'est elle qui t'y emmenait. Tu savais alors que quelque chose t'attendait. Préméditation, excitation, chuchotements. "Tiens, je vais te montrer" "Tiens, tu peux prendre ça". Une photo, un objet, un vêtement, une petite boîte avec un billet. Et des baisers très mouillés.

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23 avr. 2011

De loin, elles. Ceux qui ne savent pas combien on les aime.

J'avais un peu plus de vingt ans quand elle est née. Cette nièce n'était pas la première mais elle aurait une histoire particulière.

Sa maman était voyageuse et elle était devenue une amie aussi, presque une grande soeur car elle et moi et mon frère on avait cohabité pour ma dernière année de lycée.
Elle a fait ses bagages et vécu seule au Vénézuela avec sa fille, toute petite. Puis au Canada, elles ont construit une famille avec un vrai papa et deux autres filles sont arrivées. Des splendeurs elles aussi.

Je n'ai plus jamais revu ni cette mère ni cette fille qui porte un morceau de mon nom aussi.

Je les portais en mon coeur, ma mère et ma soeur aussi les portaient, les aimaient, même sans nouvelles.

Et puis cette amie lointaine, mère d'une nièce, un jour m'a téléphoné. Sa fille avait vingt ans et voulait passer en France voir cette partie là de sa famille. Pourrais je la recevoir ?
J'ai cru tomber par terre mais j'étais déjà assise sur la moquette avec mon coeur au plafonnier, éclairé.
Je suis allée la chercher à la gare, c'était il y a dix ans. On a bu en terrasse. Elle est belle, elle a un sourire à mordre dedans. Elle a une tête remplie et de la gratitude pour tout ce qu'elle voit.

Depuis, elle a quitté Montréal pour vivre à Londres. Il est beau aussi son aimé, son amoureux. Sur facebook leurs photos font chaud.
C'est pour elle et pour ses soeurs et pour leur mère (que j'ai revue il y a quatre ans ...pas vue depuis 25 ans !) que je me suis mise sur facebook. Elles ne sont pas du genre à écrire, elles ne répondent jamais aux courriels. C'est comme ça.

Et puis il y a deux jours elle m'a demandé mon numéro de téléphone. Et hier j'avais sa voix sur le répondeur. Sa voix.
Zut, je n'étais pas là. " Je rappelerai demain" a-t-elle dit.

Et demain c'est aujourd'hui.
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15 mars 2011

Paris.

Si Paris n'est pas la ville des amoureux, quelle ville peut l'être ? Venise , me diras tu ? Ou c'est moi qui dit.
Mais Paris reste celle là.

Celle du manque aussi. Celle où, jeune femme, j'arpente les rues à pied sans relâche. Je marche droite, le cou dressé comme un oie au soleil. Les cheveux flottent.

Paris et l'appartement du XVème que j'aimais tant, qui était un chez moi. Les amoureux, l'amour dans le couloir assis sur la moquette. L'amour dans le grand lit de la chambre du fond. Les petits déjeuners qui promettent une longue journée au dehors.

Paris en août, toujours présente à son appel. Paris du printemps et d'un printemps de 1996 saignant. Tu es sur le trottoir avec ton imper vert. Statique, déjà absent. Je suis dans le taxi qui me porte à Roissy. C'est un moment que je détesterai pour toujours. 

Paris quand l'amour te fout une claque, il te lamine, te ruine, tu n'as plus qu'à fuir, les yeux baissés, torrent de boue derrière toi, mains salées, marées d'infortune. Quitter Paris. Quitter Lui.

Plus tard aimer pour toujours. Car tout est plus grand et la place reste vacante, ta place là-bas. T'attend.



Bientôt ?
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Photos de J-F Mallet.

22 févr. 2011

C'est incroyable

Ce matin une collègue fête son anniversaire et me dit qu'elle a 34 ans.
J'ai comme un choc dans ma tête car je ne comprends plus rien au temps qui passe.
Je ne sais plus ce qui est long, ce qui est court, ce qui met du temps, ce qui en rajoute, ce qui soustrait. Je suis ballotée et spectatrice de ce défilé des années.

Je me suis dit " 34 ans ! ? Mais à cet âge je vivais tellement autre chose que ce que je vis, c'est incroyable !!!", j'en suis sur les fesses de moi-même.
Tu me diras ça fait...seize années que j'ai eu 34 ans. Pour moi cet âge résonne comme un âge de bébé, de bébé accompli mais si jeune, si innocent. Pourtant je ne l'étais pas , innocente, mais quand même.

Où étais je, où suis je allée ? Je n'étais pas avec toi, plus à ce moment là et pourtant je suis ta femme aujourd'hui. Incroyable.
A 34 ans j'étais sur le point de retrouver un amour fébrile, qu'il me faudrait quitter. L'amour, je suis son paillasson.
Je ne vivais pas ici, je ne connaissais pas ici, ni cette ville ni cette région.

A 34 ans je ne savais pas que je retournerai deux ans plus tard, travailler en Asie. Je ne savais pas. Ni que ce serait la dernière fois.

Je reprenais des études, ça c'est peut être le fil qui a duré le plus longtemps, a traversé les mers et les pays, ne m'a pas lâché jusqu'en 2001.

Je ne savais pas le nombre de valises et de cartons que je ferai. Tout ce qui s'empilerait et chez les uns et chez les autres.  Les cartons ce n'est pas le meilleur du voyage. Grands et petits, par avion et bateau, ceux qui partent, ceux qui restent et attendent que tu reviennes enfin.

A 34 ans je me croyais revenue. Je te croyais revenu pour toujours. Finalement c'est moi qui ait dû retourner vers l'Orient. Finalement c'est moi qui n'étais pas revenue totalement, je n'en n'avais aucune idée.

Je continuais de souquer ferme, j'écopais de tous côtés, j'aimais en dehors des possibles, j'étais comme un buffle ou un rhinocéros au galop. Parfois essouflé stoppant dans sa poussière. Puis reprenant le rythme, têtu.

J'avais beaucoup plus d'amis que maintenant. Bien plus. Quelques uns n'ont pas supporté les sorties de route. L'amitié est aussi puissante et fragile que l'amour.

Si tu as trente quatre ans, soit béni, tu as la vie devant toi. Si tu en as plus, comme moi, soit heureux, tu le sais, tu as tout à apprendre. Tout était faux, tu peux tout recommencer à zéro.

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11 févr. 2011

Les premiers voyages

C'est la vie qui appelle.
On prend des trains, on prend des pelles. On prend l'eau. Ecoper c'est vivre, regarder plus haut, ne pas savoir d'où vient la vague.

J'étais petite quand j'ai pris l'avion. On rejoignait toujours ma grand-mère corse chez elle. Mais le plus souvent en bateau.

De ce grand paquebot tous les rêves de fillette prenaient le large, crois moi, en cinémascope, tu vois ?

Il y a les départs du port de Marseille. C'est beau. Partir en bateau, on sent qu'on part de tous les côtés. La peau vibre, on fait partie de. On ne subit pas le voyage.

On dort. Jeune femme je me calais dans un coin du pont, près du ronron des machines et je dormais là, dans mon sac de couchage. Eblouissements. Tu n'as pas besoin de faire de beaux rêves, ils sont tous au dehors cette fois. Couchés près de toi.

Petite, au réveil, à l'aurore naissante. Pas de mots. Quelques descriptions, des exclamations, des doigts pointés. Mais surtout des silences pleins de respirations. La côte qui arrive. C'est l'enfance, c'est la maison. 
Le golfe d'Ajaccio à partir des Sanguinaires. C'est nous. C'est la force, c'est la tristesse des départs, des non retours, c'est la racine et l'arbre, c'est l'abandon, les choix, les renoncements, les contours et les vides. C'est ma mère sur le pont dont les yeux pleurent de joie. C'est revenir et repartir, on le sait déjà. C'est profiter sans délai, on le sait, on le fera. La promesse des tout de suite dans les bras.

J'ai grandi avec l'urgence du maintenant, la blessure du quitter, l'immanence des fins, la force de tout tenter.

Vers la fin du voyage en paquebot, c'est la grand-mère qui est face au port, chez elle, sur le balcon. On la voit avant même d'accoster. Elle porte sa main au dessus des yeux comme ils font tous face au soleil. Mais là c'est nous son soleil. 



Il y a les annonces des hauts parleurs, puis la descente vers la voiture, les rituels, les excitations. La fierté de tout connaître, d'être en terrain conquis. Une petite fille déjà grande dans sa tête. Une femme maintenant qui gardera sa joie de petite fille. Dans ces essentiels là, ceux de la voiture qui quitte le bateau et traverse la route pour arriver chez elle. Et peu importe si aujourd'hui il n'y a plus tout cela, aux mêmes endroits. Ce n'est plus "chez elle" mais peu importe les ruptures, ou les murs laissés derrière toi.

Parce que chez toi c'est juste là. De l'autre côté du ponton, de l'autre côté de la route, là au bout du chemin par où il te faut prendre ta main. Prendre ta main.
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7 oct. 2010

L'ailleurs en bouche

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Une charmante blogueuse m'écrit que les seules choses qui manquent parfois à son palais, quand elle est loin ,sont la salade verte et les yaourths. Tiens me dis-je ? Tiens, qu'est ce qui te manquait, à toi ?

La cuisine d'Asie du Sud-Est est une des cuisines les plus variée et les plus raffinée, enfin tout est à mon goût. Les piments, tu peux doser, ils ne sont pas un réel problème. Non, tout y est. C'est aussi le régime alimentaire idéal, parfait. Que du salé pendant les repas. Toujours du riz, des légumes, de la viande des oeufs ou du poisson, ces trois mets à volonté sur la table, pas mélangés c'est toi qui fait ton fourbi. Une cuisine de liberté et de fraîcheur.Les fruits sont mangés entre les repas. Ils sont tout épluchés et coupés, tu te sers avec encore plus de gourmandise de ces délices, à se damner...
Bien sûr, il y a plein de plats qui mixent légumes et viande ou poisson, beaucoup de soupes surtout, pleines de saveurs incroyables. J'adore.
Qu'est ce qui manquait à mon palais ? Le chocolat noir. C'est tout. Mais ça tu en bourres ta valise, et les amis risquent même des colis. A la saison froide, pas la chaude, sinon tu reçois du couli de chocolat dégoulinant ! Un copain nous avait envoyé aussi du fromage, un camembert, enveloppé de magazines récents. Le tout est arrivé en sandwich. Le camembert fondu entre couches de papier coloré. On a laissé dehors, sur la table du jardin. Un chien pelé est passé et à tout mangé. Miam les hamburgers des occidentaux !! Rigolades.
Oui, le fromage manquait à certains, c'est vrai. Pas à moi. Il y a tant de merveilles en Thaïlande, par exemple. Tant de plats, tant de légumes, tant de fruits à te renverser par terre de plaisir, que non. Juste ce petit carré de chocolat noir, fin, c'est vrai.

La seule chose qui manquait dans mes trois séjours ( d'un à deux ans chacun) dans ces pays, sont les émissions de radio de Radio France. Car en ce temps là ( de 1988 à 1996) on captait mal, ou pas du tout. Nous n'étions pas équipés et , bien sûr, l'ordinateur n'était pas encore dans les maisons, en tout cas pas en campagne. Alors cette nourriture là, celle des voix, des infos au quotidien, des merveilleuses découvertes de France Culture, des animateurs aimés de France Inter, et tout le reste, oui cette nourriture me manquait beaucoup.

Nous y pensons encore aujourd'hui à cette période où l'ordinateur n'était pas dans nos vies quotidiennes et tout juste au boulot. On était coupé de l'Occident, des amis et de la famille. Et nous aimions cela, la plupart d'entre nous étaient venus pour cet isolement, ce "laisser tout derrière" et surtout pas pour entendre des parents, des cousins, des amis au téléphone chaque jour. Cette coupure nous forgeait, façonnait chaque moment, chaque choix, chaque décision. Elle avait ses douleurs et ses joies, elle était pleine. Le courrier était une divinité, le fax une magicienne. Le temps prenait tout. La distance pesait, s'écoulait comme en chair et os, et permettait de rythmer les sentiments et les informations échangées, elle donnait une forte maturité aux choses. Elle nous laissait libres, seuls, sans attente ou très patients, ce qui correspondait parfaitement aux caractères de ces pays boudhistes .

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