21 sept. 2020

Femmes et petit Ange

 Vont partir au courrier

A des personnes très différentes, qui ne se connaissent pas

Pour des raisons très différentes, je leur envoie.

 

J'ai toujours aimé mettre des fleurs-chapeaux sur les têtes des femmes.


Une fois, deux fois, peut être en y aura-t-il d'autres sur ce modèle là.


 
 
Celui-ci, ci-dessous,  je me rends compte que j'ai du mal à m'en séparer.
Je l'ai créé il y a plusieurs années, en un coup de pinceau et de ciseaux, sans réfléchir, dans l'instant.
L'ange est venu. Et s'est collé à moi.
Je ne voyais pas à qui l'envoyer, les gens ne comprendraient pas, pourraient même ne pas l'aimer.

La carte est restée dans la bannette des cartes et enveloppes.
Parfois je la voyais, la sortais, mais non, pas celle là.

J'ai dû rouvrir l'enveloppe car j'ai cherché sa photo dans mes dossiers sur l'ordinateur, et je ne la trouvais pas.
Il fallait que je garde trace. Le coeur un peu serré, car je ne la reverrai plus jamais.

J'ai confiance en celle qui la recevra. 
On se connaît peu, pas revues depuis trente ans, cet été nous avons passé deux heures ensemble sur la plage. On a tout déballé. Elle est douée pour l'écoute. Elle est touchante de compassion. Finalement nous nous fréquentions avant nos trente ans, dans des périodes où l'on tente, on avance d'un bon pas. 
 
Son premier bébé était né, grand prématuré, il a été choyé, accompagné, soigné, chéri, pour qu'enfin il puisse habiter sa maison avec le moins de séquelles possibles. J'ai suivi ce combat.
Et moi je ne sais plus bien ce que je faisais de moi.
Elle vivait dans une vieille rue typique dans un grand appartement à poutres anciennes, rénové.
Je vivais dans le vieux centre ville aussi, je crois.
Il était facile de se croiser, de monter boire un thé. Nous bavardions beaucoup, comme cet été sur la plage. Le sentiment de s'être perdues de vue mais pas de coeur. Pourtant elle n'est pas dans le "cercle premier" on pourrait dire, celui de mes amies intenses qui ont tout partagé à un moment de ma vie. Mais des amies de son "premier cercle" sont aussi des amies de mon premier cercle. Nos cercles vitaux se touchent donc, et englobent certaines personnes communes.

Elle peint aussi, créé, bidouille, fabrique des objets, des bijoux, nous avons parlé de cela, découvrant nos penchants, qui étaient timides dans le passé et sont devenus plus osés, affirmés. L'âge, sans doute. La vie. Blessée, elle aussi, par un licenciement très violent, elle a dû se reconstruire professionnellement, à la cinquantaine, se mettre à son compte, retrouver de la confiance. 
 
Adieu mon ange bien gardé, tu peux voler vers d'autres âmes maintenant.
 
 
 
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13 sept. 2020

Marcher lentement


https://www.youtube.com/watch?v=z-Bu5PUk43o

 

Je prends mes bâtons de marche, ce sont juste des alliés, et de quoi faire bouger mes bras, sans se presser, je les lance tous les deux, les deux bâtons en même temps, puis je les ramène ensemble vers moi au rythme de mes pas, sans réfléchir. J'ai décidé de flâner ce matin.

Il ne fait pas encore trop chaud mais j'ai hésité avec le vélo. Puis j'ai pensé qu'il me suffisait de rester autour de la maison, par ci par là. Alentour. Sans aucune intention violente, sans effort, sans aucun effort visible.

Dès que l'idée de marcher lentement s'est imposée, je me suis sentie détendue. L'idée de faire petit et lent, comme on bavarde sans prétention, en regardant autour ce qui se passe, en prenant tout le temps qui vient, en le mâchant dans la bouche, s'en délectant. 

J'ai souvent envie de m'arrêter quand je marche, de me poser sur un arbre couché ou un banc, m'assoir, oui. Et me fondre là où je suis. Pas arrivée, à peine avancée, immobile surtout. Même la marche est parfois trop rapide, elle pousse dans le dos et moi je veux rester, morceau par morceau.

Je me tiens droite, et je suis heureuse, il ne fait pas trop chaud, non. Je traverse la route et vais sur le chemin goudronné qui monte un peu, je regarde les quelques maisons, celle qui se construit à petit pas, et où, il y a quatre ans il y avait encore un vieil homme fantomatique et une glycine qui était la seule habitante possédant tout le mur de pierres. Depuis, l'idée de construire et le vieil homme parti, la glycine a été matée, réduite au minimum. L'humain réduit au minimum la nature qui se déploie, toujours trop à son goût. Pas moi.

L'autre maison, très belle en bord de ruisseau, a construit un garage à trois portes, comme une maison de petits cochons, un gros, un moyen, un petit. Au tournant j'aime bien le fouillis d'un champ-jardin. Un terrain qui devient de plus en plus habité, une cabane devenue petite maisonnée et beaucoup de soin à jardiner. Des arbres fruitiers.

Je monte un peu mais finalement, dans le grand tournant je vois des gens qui parlent, immobiles, devant une maison, celle du grand tournant, toute refaite il y a cinq ans, là aussi, tout le verger a été massacré, tous les arbres coupés, tout le fouillis éliminé, et avec lui les oiseaux et tous les êtres invisibles dont c'était l'univers. L'Homme piétine les habitats des êtres vivants qui ne savent pas lui casser la gueule et le dominer. L'humain n'est pas facile à contrer, repousser, amadouer.

Donc je m'arrête dans la montée, avant le tournant. Je fais demi tour. Auparavant j'ai marché en marche arrière, c'est bon pour les articulations. Je fais ce que je veux. Maintenant si je veux faire demi tour je le fais, j'aime beaucoup faire demi tour. Qui a dit qu'il fallait aller tout droit et jusqu'au bout ? Je l'emmerde celui là. Bon, maintenant je suis tellement libre et vacante, libre et lente que je ne sais pas trop si je passerai par le sous-bois. Je traverse les noyers et au bout du champ je vois une petite famille. Je m'arrête voir où il vont. Ils viennent vers moi, on se croise. A l'orée du sentier vers le sous-bois j'hésite. J'entends un aboiement. J'aime être seule sur ce sentier car il y a beaucoup d'oiseaux qui se taisent s'il y a d'autres personnes, du bruit humain. Donc, je rebrousse chemin, on dit, mais refaire un chemin n'est jamais pareil que la première fois. J'entends le ruisseau, les oiseaux se sont faits discrets, tout à l'heure je me suis arrêtée pour les entendre, au moins quatre sortes de chants, très joyeux, comme reprenant leur place, retrouvant des amis, affirmant leur présence, de branche en branche, une danse du retour, de l'automne qu'on prépare. Je les écoute et je vais de branche en branche, heureuse de les retrouver, préparant l'automne. Que j'aime.

Je redescends vers la route vers chez moi, et je vois la petite famille qui revient sur ses pas. J'avais bien compris cela tout à l'heure, alors je leur demande clairement s'ils cherchent un chemin. Ils sont timides mais osent un peu m'en dire. Je leur donne des indications et des idées. Ils veulent marcher sur des sentiers, ils ne sont pas vraiment dans le bon secteur. Ils apprendront. Ils connaissent déjà pas mal de coins. Je me demande s'ils sont nouveaux dans le bourg mais je ne dis rien. Ce ne sont pas des bavards mais des polis qui disent le moins possible. L'inverse de moi. Il est onze heures, ils ont un bébé et un petit de trois ou quatre ans, ils ont l'air prêts à se balader encore une bonne heure. Me voilà à me demander à quelle heure sera le repas des enfants, les enfants meurent de faim tôt. Non mais de quoi je me mêle ?

Je finis ma balade et m'amuse de cette rencontre agréable qui n'aurait pas été possible si j'avais marché d'un bon pas, si j'avais continué la montée, si j'avais pris par le sous-bois pour rentrer chez moi. Au fond, ce qui m'intéresse c'est de récolter quelque chose, m'arrêter pour chercher des bouts de branches jolies, cueillir une pousse d'arbuste, faire un bouquet, voir un oiseau, observer les méandres des arbres dans un fouillis sauvage, et, parfois, pas trop mais parfois, voir des humains pas pressés eux aussi.


1 sept. 2020

Tout y est

 Je ne peux pas dire qu'il en faille peu. Tout est dangereux et friable, aucune permanence, quoique. Je peux dire que tout était parfait à 12h15 aujourd'hui et que mon coeur remonte dans la balance immobile frais comme l'air, suspendu comme une libellule.

Le parasol on ne sait pas, on ne sait plus et c'est merveilleux. Du soleil on n'a plus à craindre la brûlure et c'est pour moi vivre. Des brûlures on en a suffisamment sur le dos, des coups de fouets invisibles à ton oeil nu. Ici maintenant on peut se laisser vivre en plein air. Plein. D'Air. De Ciel. De Nuages qui passent et courent la vie, la belle. Comme les nuages sont revenus, je les vois courir, ralentir, s'épaissir, flotter, germer, prendre couleurs, monter et stagner, caresser les sommets, creuser dans les failles et les roches de l'éléphant Vercors qui fait mon paysage et dont je ne peux me lasser.

J'aimerais dire que je suis d'ici et que je vais m'ancrer mais je ne le peux pas. J'aimerais dire que je m'adopte ici et c'est peut être ce qui se passe, souvent contre mes grés, mes gréments, mes  voilages, mes tourments. L'espace aura raison de tout cela, l'espace me prendra.

A 12h15, c'est simple, tout était délice. Les deux tables revenues devant la cuisine, ombragées, émaillées de taches de soleil doux, les nappes redéposées, les chaises à leur place, le bac de menthe à mes pieds. Les mets, faits de nos mains, l'eau fraiche enfin au robinet qui est tiède durant deux mois et cela me dérange. L'été je suis dérangée. Maintenant je remets la maison en place comme j'aime, je suis libre, je ne suis plus enfermée et inquiète. L'été m'inquiète, il est épais, fourbe, je ne m'y meus pas aisément, il me creuse. Maintenant je me retrouve.

Ce midi à table, je ne cesse de dire combien je suis heureuse de cette brise maritime, moi qui suis si loin de la mer adorée. Le vent, ici, me suffit à sentir la marée, voir l'eau comme si elle était au bout de ma rue, ivresse, envoutement, le bruit du vent dans les feuillages est mon voyage, ma nature, tout ce que j'aime.

J'ai fait un beau voyage, je suis partie en bord de mer durant huit jours, je ne sais plus depuis combien de temps cela ne m'était arrivé. J'ai vu des mers différentes, des bords de mers très différents, des météos changeantes, calmes et agitées, souvent agitées comme j'aime. Je me suis baignée seule le matin, je ne peux même pas te dire l'état dans lequel j'étais. J'ai parlé sans cesse à des inconnus qui tous me répondaient, sur des tas de sujets, tous disaient leur bonheur , "profitons, profitons", tous nous disions cela et nous le vivions en même temps sur le même espace partagé. Cela m'a énormément touchée. Tous, sur la plage, je voulais les connaître, leur dire ma joie, exprimer la beauté et la chance d'être là. Tous m'ont dit, Oui, nous aussi. Quelques minutes ou secondes me suffisaient à remplir ma besace d'humaine à humains, de passer un témoin, me suffisaient pour être vivante, ré alimentée après une période de lourdeur mortifère.

Ce midi tout est là. Depuis que je suis revenue chez moi, tout y est. Ici et là-bas.


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28 août 2020

Bébé et l'eau

 Bébé dans la baignoire se met debout fière. Pieds plantés, petite africaine droite et cambrée, et bombe le torse.

Bébé sourit de tout son corps, me regarde, caresse son ventre à deux mains et plonge. 

D'abord elle lève les deux bras tout en haut et crie, puis à quatre pattes descend vers l'eau du bain, et jette tout son corps dans l'eau, à l'horizontale.

J'ai bien mis la juste mesure d'eau pour que ses oreilles soient au sec, ainsi que sa tête qu'elle relève. Hissée sur ses quatre pattes, elle se laisse glisser de plus en plus vite, d'un coup, pour laisser son ventre toucher le fond. Etend ses bras devant elle autant qu'elle peut, et laisse derrière les jambes s'étaler, nager.

Bébé n'a plus peur de l'eau depuis ses vacances à la mer. Dans la baignoire elle refait dix fois la manoeuvre. Se relève, se positionne toute droite de sa grande hauteur de vie, du chaque jour différent. Lève les bras au ciel et crie et descend vers l'eau, toute allongée, et s'écoute nager se sent étale toute plate dans l'eau qu'il faut dominer. Elle bat des jambes maintenant et écoute ce bruit qu'elle fait et rit, rit et crie, de toute la joie qui est possible et qui est là dans le petit corps immergé au maximum, pour aujourd'hui, de maintenant à cet âge. 

Elle tend les bras le plus loin possible en s'accrochant au fond, pose ses paumes à plat. Tâte et refait. Ventre au fond de l'eau, bain qui enveloppe sa peau. Une nouvelle position, elle n'est plus seulement assise ou debout, elle est allongée comme un poisson. Les yeux emplis de bonheurs. Moi je flotte dans ma tête, loin dans d'autres galaxies, émerveillée de Bébé. Bébé qui, de l'eau tout autour d'elle, n'a plus peur, apprend l' apesanteur légère de tout son être aquatique.


26 août 2020

Parfois enfin

 Parfois je pense que tu viendras ici et que tu liras


Enfin l'été va. Quelle joie. Ce n'est pas ma saison favorite. J'aime mieux les contrastes, les froids, les vents, les frais matins, les nuits longues, les fauteuils remplis et moelleux. J'aime mieux l'atelier ouvert sur les arbres, nus ou pleins de feuilles, l'été l'atelier est impraticable car situé plein sud.

J'aime mieux les changements de couleurs dans le ciel, des roses fous, des mauves, des roux, des jaunes qui n'ont rien à faire là, j'aime voir les chauds et froids se rencontrer dans l'air très haut, j'aime comme ça, j'aime toi, j'aime les pulls et les chaussettes et rien ne remplace la neige juste tombée qui s'épaissit et crisse sous les bottes.


Les nuits sont maintenant, ici, définitivement fraîches et belles pour le sommeil, belles pour se rendormir à quatre heures du matin. On remet des manches aux tee-shirt le matin, on peut poser une couverture sur les genoux où le chat revient. Tout revient, tout me revient, comme la mémoire du bonheur. La fin de l'été ou son début de fin est le début de la clarté, j'ai devant moi tous les mois d'avant juin, les plus nombreux de septembre à mai, j'ai l'automne qui ici est québécois, j'ai l'hiver où j'ai froid, j'ai le printemps où l'on compose le jardin, où l'on sort à toute heure sans être bouffé par les tigres moustiques qui nous privent de l'extérieur de juin à mi septembre.

Cette année c'est venu d'un coup comme souvent après le vingt août, j'aime cette date, elle marque la ligne entre l'épaisseur et la légèreté. La fin du début de la fin de l'été. Où tout ne sera que beauté après.


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19 août 2020

I look at love from both sides now ( Joni for ever)

 C'est encore et toujours

C'est ce qui nous prend et nous tire

Nous féconde et nous vire d'un bord à l'autre

Entre deux entre nous

C'est l'absolue chanson, l'absolue chanteuse, les paroles du fond du profond

Aimer pour toujours

S'en aller sans accord

Redouter et vouloir encore

Rien ne sera de trop là où nous serons

C'est l'absolue absence la mort aux trousses et la présence

C'est pleurer sans jamais se retenir

C'est revenir

C'est se revoir entièrement s'aimer sans que rien ne vienne assombrir

Pas même la distance

C'est me souvenir qui fait vie et pulse bien plus loin que nous

Que tout

C'est le désespoir du temps, c'est la bougie qui ne vacille

C'est ne rien savoir du tout


I really don't know clouds at all

https://www.youtube.com/watch?v=7cBf0olE9Yc


Rows and flows of angel hair 
 And ice cream castles in the air  
And feather canyons every where
  Looked at clouds that way  
But now they only block the sun  
They rain and snow on everyone 
 So many things I would have done  
But clouds got in my way 
 
 I've looked at clouds from both sides now 
 From up and down and still somehow 
 
 It's cloud's illusions I recall  
I really don't know clouds at all  
 
Moons and Junes and ferries wheels  
The dizzy dancing way that you feel 
 As every fairy tale comes real 
 I've looked at love that way  
But now it's just another show  
And you leave 'em laughing when you go
 And if you care, don't let them know 
 Don't give yourself away  
 
I've looked at love from both sides now 
 From give and take and still somehow 
 
 It's love's illusions that I recall  
I really don't know love  
Really don't know love at all  
 
Tears and fears and feeling proud  
To say, "I love you" right out loud  
Dreams and schemes and circus crowds 
 I've looked at life that way  
Oh, but now old friends they're acting strange  
And they shake their heads, they say I've changed 
 Well something's lost, but something's gained 
 In living every day 
 
 I've looked at life from both sides now 
 From win and lose and still somehow 
 
 It's life's illusions I recall 
 I really don't know life at all 
 It's life's illusions that I recall 
 I really don't know life  
I really don't know life at all
 

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Un cahier de plage en train

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le train du retour je migre, comme souvent, vers une voiture aérée, quasi vide. Une femme s'installera de l'autre côté du couloir à ma droite. Je suis toute ouïe contre la vitre, un oeil sur le paysage, un autre sur rien, sur la paresse, la fatigue, l'étonnement, presque, d'être là, confortable, en me demandant comment je vais atterrir dans mon quotidien. Après huit jours face à la mer, une révolution.

Mon cerveau en ébullition prêt à tout perdre de toutes ces heures si différentes de ma minuscule vie, je sors le cahier de brouillon que j'avais emmené et qui a dormi huit jours au fond su sac. Un petit cahier à grands carreaux, acheté l'an dernier au  tabac presse près de chez moi. Le stylo est épais et sait dresser ma main et j'écris tout ce que j'ai fait chaque jour. Les détails, les matins sur le sable, les matins sur les galets, le bus de l'enfer parisien sous canicule et masque où j'ai essayé de rassurer quelques personnes en détresse. Les nuits, mauvaises puis meilleures, les essentiels, vite fait, car j'ai peur que tout parte, et chaque détail peut compter. Le stylo rend l'âme. Merde.

Je me souviens avoir aussi emporté une petite trousse de base : un crayon, un taille-crayon, un feutre noir, et 3 crayons de couleurs. Je ne la trouve pas, je prends ma valise et l'ouvre comme un sandwich d'où tout veut, et peut, s'échapper. A pas de loup je soulève les vêtements et fouille les bords. Rien. Cela me revient, j'ai des poches sur le côté de mon sac-annexe, celui où gisait le cahier. Bien sûr. La trousse est là. Hourra. Un bic quatre couleurs. Je continue mon écriture, j'en étais à la moitié du séjour. Des vacances en août, tout ce que je déteste et ne fais jamais. Mais il y a des urgences, il y a des mais, il y a tout ce qui vous arrive et vous broie. Il fallait. C'était bien.

J'arrive, sur le cahier, au dernier jour. Au bain de 8h du matin avec le monsieur beau gracieux, 70 ans ? bien portés,  belle allure, il se baigne avant moi, remonte au camping en combi tout mouillé, sa femme derrière lui comme un poney vaillant, toute habillée, gilet bleu layette, ne mettez pas madame à l'eau. Elle, elle veille, timide, lui il salue, sourit, répond, informe. La première fois qu'on s'est croisés je n'avais pas pris de maillot, je venais voir, découvrir le front de mer tôt le matin comme j'aime. Le matin j'aime la vie et je suis invincible parfois, le soir je la subis et entre dans ma coquille douce, si possible. Cinq minutes après, et après lui avoir parlé, je courais chercher mon maillot et plouf direct. Seule, larguée au large, les yeux vers le chalut qui partait en pêche, suivi de la horde d'ailés criant, agités, masse vivante vivant de la nature, du sel et de l'eau, la vie en l'air, la vie sur l'eau, dessous, dedans, haut et forte.

Je pose le stylo et range le cahier. Et je commence à entendre l'enfant. Ayant bien pratiqué ces petites choses là, je sais, à l'oreille, distinguer ce qui se passe, comment ça va, comment ça vit, comment ça crie, parle, supplie, et bouge, même sans le voir. Il y a des passages un peu difficiles et j'entends et devine qu'un père est seul avec son petit garçon, quatre ans, peut être. Je ne les vois pas, j'entends de temps en temps, et plus les heures s'allongent, plus je sais un enfant qui bouillonne, plein de verve, un langage vif, haché menu, réquisitoire, appel, tempête puis silence et effort pour se tenir, et fatigue. Et je n'entends rien en retour, silence de l'adulte, bloqué, qui subit. Je vais bientôt quitter ce train, je cherche ce que je peux faire pour donner un coup de pouce, ne serait-ce qu'une minute à ce papa, dont je me suis demandée à un moment, tant l'enfant criait au secours, si on avait pas un drame genre jeune papa qui a enlevé son gosse durant les vacances. Je me lève et vais. Papa jeune, plein de foot et Marseille où ils se rendent. Je discute avec le garçonnet, éveillé comme un pou, bille de clown, ne tient pas en place et je découvre que tout est vide autour d'eux. Papa au smartphone et basta. Pas un jeu, pas un livre, pas un sac sur les sièges, pas un crayon, pas un jouet, absolument rien je te dis. Ouh la la. Je dis au papa que c'est dur d'être en train avec les enfants. Oh la la, TRES dur, et c'est la première fois, il me dit. Ils vont chez tonton à Marseille, me dit la puce excitée. "Madame" il m'appelle et on cause. C'est sympa. Papa a cinq minutes de répit. Je lui demande s'il a pris de quoi goûter. Plein, il dit.  "J'ai tout ce qu'il faut, mais...". 

Ah zut un pou qui saute et parle ne se calme pas juste en le nourrissant...Je retourne à ma place et me dis, merde, qu'est ce que je pourrais laisser à ce gosse pour l'occuper un peu. Je n'ai même pas une revue quelconque avec des images, j'ai bien trois crayons mais vu le zozo, ça vaut pas le coup de les sacrifier. C'est un vélo et de l'espace qu'il lui faut. Je repense au cahier. Je reviens vers lui avec le cahier et le feutre noir et je lui dis que je vais lui faire un dessin. J'arrache une page et lui dessine un garçon, c'est toi, je dis et je fais son t-shirt à rayures, son bermuda-treillis et ses baskets. Je fais la mer, un bateau, un seau, une pelle. Il veut la Reine des Neiges. Et ajoute illico "Elle est morte ! ". On négocie sur la mort de la Reine et je lui avoue qu'elle est dans le bateau, en fait, elle dort. Et lui, sur le papier, il va aller la voir, elle fait la sieste ( la quoi?). Je vois bien qu'il n'accroche guère, à partir du dessin, il ne se raconte pas d'histoire, il n'embarque pas, pas comme les enfants de son âge que je connais. Le papier, les histoires, le dessin, l'imaginaire à partir de tout cela, niet. Ma feuille dessinée sera jetée par terre quand je tournerai le dos car papa aussi, bien sûr, ne saura qu'en faire. Mais il sourit, il est joyeux, il prend cinq minutes de compagnie. Puis on se dit au revoir. J'aurais au moins essayé.


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6 août 2020

Dans le cahier

Dans le carnet-cahier de mes angoisses rien, des visages peints, des taches de couleurs sur une page à petits carreaux.
Dans le cahier de mes angoisses, bien couvert et décoré, j'ouvre, hier matin, la page emplie taches.
Je prends deux tubes d'huile, de vieux tubes qu'une amie m'a donnés, qu'elle a récupérés auprès d'une autre personne dont la mère était artiste. Que faire du matériel quand on vide une maison ?
A l'école d'art, nous avions eu, il y a quatre ans, un don d'une femme qui vendait la maison de sa mère artiste décédée. Des cartons de grenier, du matériel ancien, des tonnes de merveilles qu'on a toutes gardées.

Parmi ces tubes qui ont connu une autre vie, une autre personne, je prends le bleu et le vert.
Avec mes doigts je les étale sur la page à petits carreaux,  durant le petit déjeuner dans mon atelier, sur le fauteuil en osier.

Auparavant j'ai esquissé un oiseau.
Je l'entoure de peinture.




Je n'écris rien sur "le cahier de mes angoisses".
Je croyais mais non, c'est gribouiller qu'il me faut. Je ne sais même pas si je mettrai des mots.
C'est dans le geste vacant, confus, spontané, que mon intérieur se dilue.


Ce matin je me suis réveillée dormant sur le côté, recroquevillée. Enserrant des rêves tordus, profonds, saisissants. J'ai rêvé de ceux qu'on quitte. Qu'on repousse. Qu'on évite. Ils tombaient et voulaient me voir. Un rêve prétentieux, sans doute, qui m'a broyé le cou. Je suis maintenant réveillée, debout, avec une petite douleur à la base de la nuque.

Hier je me suis vue un peu voûtée, passant devant la baie vitrée.
Toujours penser à se redresser.


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29 juil. 2020

Et d'une fait l'autre



Une voix à la Barbara Carlotti

Une force

Merci





Il y a ici une seule personne qui passe et lit et me le dit.
Au fil des années, on se dit, qu'un.e seul.e peut faire la différence sur tout, que le nombre ne justifie plus rien, que l'absence de rimes, le silence des confrontations n'est qu'un mirage et qu'une personne suffit à faire un sens.
C'est ainsi la vie.
Que plusieurs on peut vivre, que beaucoup on peut taire, que rejeter on peut, que tant de choses on sait faire, on savait faire et puis le temps joue en un précipité des fondements. Impétueusement. On a une tête bien trop montée au galop, à force de regarder loin, on ne sait plus compter et prendre.

Ce que l'un fait des autres, ce qu'une suffit, ce que tour à tour on aimera vivre.



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24 juil. 2020

Collages

Coup de coeur dans un article de Pratiques des Arts
Pour cette artiste et les collages présentés.

On peut cliquer sur les photos pour mieux voir.




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Tandis que j'ai finalisé l'oiseau que j'enverrai à l'ami en peine.
Perdre sa moitié, c'est perdre un bras, une jambe, une moitié de coeur.
Puis passé l'hécatombe, l'aimé revit à nos côtés, chaque jour, il faut trouver les mots, une paix pour l'accueillir, fort et invisible, se fondre dans l'unité.
  Ce n'est pas toujours aisé.
L'absence est éternelle.


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Sur la table de travail, aussi...





Merci à toi qui passe et pose un regard.

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