10 mars 2021

T'en es où ?

  

On est un peu beaucoup debout on ne sait comment. On est en silence plus qu'en bavardages mêmes profonds. On est en ce moment dans une montée douce qui pousse dans les descentes. On ne prévoit rien, on ne voit rien en quelque sorte. On est à petits pas, petites secousses ou mortelles dégringolades sans rigolades. Ou alors on se marre, les mains devant la bouche, penchés en avant, presque fautifs de se fendre la gueule. On a, en fait, envie d'exploser.

5 mars 2021

Elle et le jeune homme

 Je le connais depuis 23 ans. Je ne le connais pas du tout, mais je le vois et je lui ai parlé pour la première fois hier. C'est un jeune homme maintenant, de ces êtres élancés que la terre ne retient pas, les épaules un peu voutées tellement il est une tige au vent. Plus fin qu'une brindille, il marche vite et grand, sans aucun sac, presque sans vêtement, il est le minimum existentiel,  jamais d'anorak en hiver, jamais de veste au printemps, ne parlons pas de bonnet, d'écharpe ou quoi que ce soit qui s'évaderait de sa ligne parfaite. Un pull, un pantalon, lisse, presque nu, nu dans sa tête, nu face à moi son esprit je le croise, je lui parle chaque fois en silence, je parle à son silence, à l'énigme et à la complicité qu'il est pour moi. Il ne le sait pas.

Je l'ai croisé et vu tout le temps durant notre première période de vie ici. Il était à la sortie d'adolescence, peut être ado, m'évoquant ces mômes un peu perdus, pas calés dans notre société, torturés, je l'imaginais, isolé, handicapé ayant refusé d'en souffrir, ayant décidé comment l'être, ayant trouvé sa façon de vivre sans déranger, sans contacter, qu'on lui fiche la paix : il marche. Je me suis souvent demandée s'il avait une maison, un toit, une famille et certainement car il est propre, bien mis, ses cheveux noirs épais qui veulent boucler sont rangés, il est rasé. Il vit quelque part.

Il marche sur les routes tous les jours, souvent je me demande s'il prend des sentiers, qu'est ce qui délimite son parcours, où vit-il, combien de kilomètres avale-t-il par jour. Il ne marche pas il lutte contre des vents invisibles, il marche au pied léger et le torse décidé, il plante son talon et fait de larges enjambées, et personne là, enfin, ne peut l'arrêter. Et cette constance, cette ténacité désespérée, ce courage, cette détermination à occuper chaque espace de sa journée dans chaque mètre carré de son environnement m'ont toujours parus admirables. Oui, je pense souvent en le voyant dans sa quête de chaque pas l'un après l'autre, pendant des heures, revenant sans cesse sur les mêmes parcours, les mêmes routes, les mêmes paysages, ne se posant jamais la question de où vais-je et vais-je y aller, oui je pense à chaque fois, vraiment, que c'est lui qui a raison. Je suis en voiture, je le vois, quelque chose bondit en mon for intérieur.

Les premières fois que je l'ai vu et durant les sept années qui ont suivies, il marchait avec un super radio cassette qu'il tenait sur une épaule. Oui, carrément, tant qu'à faire, il portait ce poids, et écoutait de la zique à fond. La classe. Au fil des années il a un peu baissé le son. Un jour il a troqué le gros truc contre une petite radio avec une anse pour la porter à la main. Il était devenu un jeune homme.

A ce moment là nous avons déménagé et nous sommes revenus dans ce secteur six ans après. Je l'avais peut être oublié quand un jour je le revois, le même, exactement, j'adore cette constance,  il est, pour moi, finalement, comme un arbre seul dans un champ. Imbattable. Indéracinable. Et là que vois-je ? Un beau chien marche à côté de lui. Oh mais qu'ils sont beaux ! Ils s'aiment, cela se respire immédiatement, il a trouvé son compagnon, l'être idéal. Le chien est doux, poilu, museau un peu en pointe, je n'y connais rien en chiens, mais je dirais un chien de ferme bâtard, aux yeux de biche, un chien comme un nounours qui ne me ferait jamais peur, c'est ça mon critère dans le physique d'un chien. Un chien qui ne t'arrive pas à la taille mais plutôt aux genoux.

 Le chien marche comme son maître mais ajoute une touche de joie, d'amour, ils sont vraiment extraordinaires. Ils marchent tous les jours, tout le temps on les voit. Parfois le chien est au bout d'une grande ficelle, très lâche. Parfois le maître a encore une radio, souvent. La petite radio d'une main, le chien de l'autre côté est autonome et très sage, parfois la corde est attachée à la ceinture du jeune homme. Ils sont un conte, une histoire à raconter, celle du chien et de son jeune maître qui parcourent la contrée et connaissent tout, tous les paysages, toutes les maisons, toutes les transformations de l'environnement, tous les sous-bois, tous les villages dans un rayon de je ne sais combien de kilomètres. Ils sont joyeux maintenant. Je suis bouleversée de le revoir si bien accompagé. Quelle vie !

Il y a quinze jours, je vois le chien qui traîne la patte et tout de suite je m'inquiète. La semaine suivante je vois le chien assis dans un champ en bord de route et le maître contrit qui attend, la corde molle, le chien, me dis-je, ne peux plus marcher. Je m'inquiète encore. Et hier, je vois le jeune homme seul, qui marche lentement, sa radio en main. Coup de chance il est sur un parking et j'ai le temps. Mais je passe ma route, puis, non, je dois lui parler. Je recule. Je ne veux pas l'effrayer. Je me positionne près de lui et j'entr'ouvre la vitre côté passager et je lui demande " Et le chien ?". Et pour la première fois j'entends sa voix et je vois comment il communique. " Il est mort" me répond-il , puis, "Elle avait 16 ans" et il insiste sur le chiffre remuant la tête, le visage un peu serré. Sa voix, son corps, son visage, ont chacun leurs signes qu'il me faut apprivoiser. Je lui dis que je suis triste pour lui mais combien elle était belle et la chance qu'elle a eue de vivre avec lui. Il écoute, surpris, mais je ne crois pas l'avoir trop dérangé. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander s'il allait reprendre un chien. C'était idiot, c'est moi que je voulais alors consoler. Il fait un mouvement, il a quelque chose dans la main, comme un lacet, un bout de ? Maintenant que je l'écris je ne sais pas si c'était un bout de laisse ou de cuir ou ?. Il regarde par terre puis me regarde et bredouille , un peu agacé mais tendre, je vois qu'il pense à elle en le disant, qu'elle est encore là à ses pieds avec ses yeux brillants, "Je ne sais pas". Bien sûr.

 Je le laisse. C'est un évènement dans ma vie de lui avoir parlé. Je suis très triste pour lui. Perdre son double, celle qui pouvait tout, savait tout et ne disait rien, l'âme jumelle, la communication parfaite, sans mal, sans heurts, sans jugements pour celui qui vit à sa façon autant qu'il le peut. La compagne de sa route. Lui qui m'émeut tant.


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26 févr. 2021

L'inattendu du bout du bout

 

Le coeur fait tout. Comme un faitout, ustensile de cuisine, dont je ne connais pas la forme exacte mais qui peut tout contenir, mitonner ?
 
Le coeur fait tout, c'est ce que je ressens ce matin en écoutant le message téléphonique de ma tante, la dernière poutre familiale pour moi, de celle des anciens, qui m'ont connus bébé.
Celle-ci celle là à laquelle j'envoyais chaque semaine une carte maison et téléphonais chez elle tous les samedis.
 
Suite à une dégradation notoire ( elle ne tient quasi plus debout même avec appui) et deux chutes rapprochées, ma tante avait pris une dose de somnifères un dimanche soir, espérant enfin s'endormir pour toujours, ce dont elle rêve depuis au moins sept ans. Manque de bol, la femme de ménage l'a trouvée au matin et le Samu a fait son travail, puisqu'il remettent en vie des presque morts.
 
Moralité la voilà alitée depuis un mois à l'hôpital. Mais cette semaine elle a retrouvé sa voix et a pu faire deux phrases via le téléphone du service entouré de plastique. ( Du coup elle ne m'entend pas). Et moi j'ai la chance chaque semaine d'être chaleureusement accueillie au téléphone par le personnel. Hôpital Broca, Paris 13eme, merci merci merci.
 
Un courrier, ai-je pensé ? Mais oui, sans problèmes, m'a-t-on répondu.
 
Ce matin j'écoute le message de ma tante qui a reçu cette carte postale avec un GROS tournesol ( elle ne voit presque plus, tu te rappelles, je dois faire en fonction). Et tout change, mon coeur bondit et veut tout faire et refaire, quelque chose émerge de notre vie d'avant, de nos échanges réguliers, de sa joie de recevoir un signe. 
 
C'est possible, me dit l'espoir. Inattendu pour moi cet espoir. Je ne me l'étais pas autorisé, je n'osais pas envoyer un courrier, j'avais rayé de ma vie cet essentiel entre nous, je me disais " J'écrirai à nouveau quand elle sera chez elle ?". Mais quand ? Jamais ? Quand ?
 
L'espoir. L'espoir inattendu auquel j'ai donné un coup de pouce. L'espoir est toujours prêt à venir vers nous ? L'espoir, sur lequel, au fond, on peut, on doit, compter jusqu'au bout du bout de la vie, comme une force qui n'a pas de minuscule ou de "c'est trop tard" ou de pas assez, pas maintenant, regarde le noir autour, regarde la douleur des gens. L'espoir comme on se jette à la mer quand le bateau prend l'eau. 
 
Mieux vaut toujours mourir avec de l'espoir que sans. C'est évident.

21 févr. 2021

S'étonner

 Sans doute me suis-je perdue. Ce sentiment est étrange.

J'écoute cette musique, j'écoute un concert en écrivant. Une batterie vibrante, une voix de bronze, des trompettes ardentes brûlantes jusqu'au ciel. Je veux que personne ne me dérange. Il monte l'escalier, dit qu'il aime cette musique qui lui dit quelque chose. Il redescend.

Sans doute me suis-je perdue un long moment. Long je ne sais comment. Je me suis vue, mais pas trop souvent, je me suis croisée, l'autre que j'étais, et je n'étais pas sûre de pouvoir ou vouloir la retrouver un jour. Peut-on totalement basculer ? Que faisait-elle avant, celle là ? Impulsive qui peignait, voire même écrivait. Celle là était moi. Celle là sera-t-elle là, comme l'oiseau fait son nid chaque printemps ?

Mon désert était vide, sec, je montais à cru sur les jours les uns après les autres. Comme après un attentat, une bombe, paralysée. Je ne sais rien en dire. J'ai pensé changer, déménager, j'ai pensé qu'avec vingt ans de plus ou dix, je n'aurais pas hésité. Je n'aime pas l'âge. Je n'aime pas la raison. On peut dire ce qu'on voudra mais patienter, réparer, recoller son âme, s'enkyster, souffrir et attendre et rester, non.

Ce matin, c'est cela que je voulais dire, ce matin j'ai taillé le sureau, je suis allée dans le jardin de la voisine, la voisine est sympa, et son jardin toujours ouvert. Elle me prête sa longue perche coupante. Elle m'a permis de passer par chez elle, car le sureau envahi son jardin et je devais y démarrer la coupe. Cet arbre est maintenant large et haut de toutes parts et son tronc est composé de trois morceaux qui poussent sur la palissade depuis des années. Personne ne les a vus dans le fouillis de la haie. Mais l'année dernière j'ai vu. Les troncs entremêlés poussent, ont déformé la palissade qui est presque à s'ouvrir devant eux pour que l'arbre s'échappe vers la voisine. Une fuite en avant, un passage en force discret, rempli d'effort, de  liberté. J'ai donc décidé de tailler tout ce qui s'élance vers le haut, d'élaguer un maximum, du côté de ma voisine, pour arriver au coeur. Faire face à ces troncs qui éclatent le bois, défoncent tout, tranquillement, pas par à coups, force tranquille, définitive, et enfin j'arrive à eux. Je les mets à découvert. Les voilà pris sur le fait, cuits comme des rats. Je sais qu'il faudra une scie, et encore, une scie spéciale, Bernard l'a dit, il va nous la prêter. Pas question de tronçonneuse, leur bruit me fout la nausée. On verra. Rien n'est sûr. Tout repoussera et je voudrais que ce sureau revienne vers mon jardin à moi.

Les trois lascars sont découverts, bois épais collés-serrés, face au soleil, comme des potes qui faisaient leur affaire. Je ne sais comment la palissade résiste à leur assaut. Des planches sont cassées, d'autres tordues, et plissées. Le bois se tord madame, le bois se tord et se plisse, oui. J'ai fait cette coupe ce matin et j'ai à peine déjeuné pour finir dans la foulée de l'élan, c'était ma mission du jour, quand j'ai un truc en tête j'aime le faire aussitôt, car je porte l'énergie et je sens de ce que je vais faire, c'est comme un geste qui vient de loin. Je me suis demandée ce matin quelle éducation permet cela. L'impulsion, l'adéquation en une prise, un mouvement, une décision, claire et maintenant. Ce qui doit être bien fait doit être fait promptement, dans la lucidité de l'éclair. Le mouvement d'une vie, d'un saut. Décider. 

Décider. Décider. Les mois passés ont tourné autour de ce verbe. Décider, acter. Ou pas. Etre celle-ci ou celle-là. Circonstances atténuantes à évaluer. Attendre et penser, envisager des solutions qui vont prendre un peu de temps. Néanmoins j'ai tracé dans ma mémoire des points à toujours relier, des frontières, des barrières, des sécurités, des certitudes d'un nouveau temps, de la soixantaine devant, j'ai posé mes conditions à moi-même. Je n'oublierai jamais les mois de déroutes, le sentiment de n'être pas à ma place, pas comme je suis, pas comme il faudrait, le sentiment de trop de décrochages devant le miroir.

Un matin, de retour de voyage où j'ai fait dérouler l'autoroute sous mes roues et c'était si joyeux, un matin j'ai retrouvé ma tête. Dans le miroir j'ai dit Assez de cette frange, de ces cheveux, de ces désolations morbides, de ces indécisions molles, j'ai retrouvé ma tête, mes cheveux, et décidé que seule je déciderai. Je déciderai. Je porte maintenant cette décision, graine profonde, projet à garder, oiseau à cajoler. M'étonner.


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6 févr. 2021

Elle dessine

 Je ne l'avais pas vue prendre les feutres depuis quelques mois. Pas comme ça.

L'enfant a eu deux ans à la fin de l'automne. Avant elle passait d'un feutre à l'autre à vitesse grand V ( elle aime les feutres plus que les crayons), bidouillait sur la feuille blanche avec rapidité et excitation, surtout pour lâcher le feutre sans le reboucher, sur la table ou au sol, et en reprendre  un autre les yeux fermés, pour le geste, la nouveauté. Dessiner c'était surtout découvrir les outils, pastels, crayons, feutres, stylos, leur matière, la prise en main, encore pataude, les bouchons qui roulent, tout qui tombe par terre, et entre toutes ces roulades, des traits sur la feuille qu'elle ne savait pas tenir de l'autre main et qui valsait, elle aussi, sur la table. Toute cette activité obligeait à surveiller de près ce petit mammifère, et à l'obliger gentiment pour ne pas laisser derrière elle un Beyrouth du dessinateur en herbe, un bazar bien en règle, du matos dans tous les coins, tandis que Mademoizelle n'y était restée que quelques minutes et repartait, feu follet vers d'autres amusements.

Quelle ne fut donc pas ma surprise hier de la voir dessiner, entre sa soeur et moi. Une feuille blanche sur la table basse, elle prend un gros feutre, le débouche en posant doucement le bouchon sur la table et je la regarde. Elle est un peu éloignée de la table, debout, le buste penché, les fesses en dehors, les bras espacés décollés du buste, elle vient calmement vers la feuille, le stylo bien planté dans sa main et là elle s'envole, danse un peu, se fait légère et dépose un nuage de trait, un pianissimo tout du long de la feuille, appuyant le moins possible, concentré comme un bébé tomate dans son tube. Elle a une idée en tête, elle y pense, elle s'applique. Un trait, deux traits, plusieurs de posent doucement les uns proches des autres. La feuille bouge moins puisqu'elle ne subit pas un ouragan vertical. 

Mademoizelle a une main sur le feutre, l'autre est toujours au bout d'un bras qui s'écarte du corps et suit l'effort, papillon d'une aile. Je suis bluffée, je ne la reconnais pas, je ne l'ai jamais vue dessiner comme ça. Ensuite, son corps se colle à la table qui lui arrive au ventre et elle dresse le feutre, c'est un autre feutre qu'elle a choisi. Et voici les petits points, chacun des points est conçu dans son cerveau, et prend le temps d'arriver à pic. Finies les giboulées éruptives. Elles sont là, elles reviendront, mais elles accueillent maintenant les accalmies, les précisions recherchées, attendues. Elle ne quitte pas des yeux sa feuille, elle évalue ce qu'elle fait, elle est contente, son visage est l'accomplissement même, la joie des réussites, un soleil dedans. "Pour papa, ça" dit-elle en posant la feuille sur la table d'à côté. Je note ce qu'elle vient de dire, au crayon léger, en bas de son dessin. Je la félicite moultement, et lui rappelle qu'on va reboucher quand même les feutres, mais elle en sourit et ne court plus ailleurs. Feutres et bouchons attendent sagement, ne sont pas partis en guerre extraterrestre, n'ont valdingué nulle part, soldats au garde à vous sur la table. La petite fille a deux ans. L'éternel ravissement.


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31 janv. 2021

Aller aller aller


 

Quand la lourdeur s'installe

S'installe, sale

On croit tenir quelque chose, une épaisseur, un dégoût, une envie de foutre en l'air

Aucun angle ne décolle du plafond

On sent mauvais, au vent sale, on s'installe, on ne croit plus aux jours

Puis ça passe, on se dépasse sur les côtés, on vire à droite, on glisse un peu, on s'évite, on ne peut plus se regarder

Etre malheureux est épuisant, y'a plus rien d'autre qui compte, on pompe, on déglonfle tous les atouts

C'est comme ça que j'avais perdu mon vélo. Abîmé. Cassé. Je ne savais pas réparer et je ne pouvais compter que sur moi-même. Essuyer le pavé. 

Cette semaine, je  l'ai enfin amené au magasin. C'est le pneu, j'ai dit. Y'en a qui roulent sur les jantes et m'ont foutue par terre. M'ont pété le biclou.

Vous avez 50 euros de l'Etat, vous savez ? Non, j'avais oublié. Cela commençait bien. J'ai laissé le vélo, on ne pouvait pas me dire quand j'allais le récupérer, le magasin est plein, les gens profitent des 50 euros. Y'a du boulot.

Quelques heures après, le téléphone sonne. Le vélo est prêt, et les deux pneus ont été changés parce que ça faisait pile 50 euros. Libération !

La crasse, l'erreur, la rancoeur, la colère et l'épuisement sont soufflés d'un coup. Je suis au bout d'un marathon. Voici mon vélo réparé revenu chez moi. Et soudain je réalise que je n'ai pas demandé de réparer aussi les freins. Depuis plusieurs années ils étaient presque inexistants. Puis eux aussi ont été abîmés, réduits à néant, usés à la corde par autre que moi. Il y a des gens qui descendent les pentes à toute berzingue, quelque soient leurs capacités de freiner. Ils foncent vers le bas, à fond la caisse, et usent leurs freins jusqu'au bout. Peu importe la suite, peu importe les conséquences. Il faut de la vitesse, de l'exaltation coûte que coûte, quoi qu'il en coûte. Mon vélo n'avait donc plus de pneu et plus de freins. Zut, j'avais oublié de le signaler. Quelle bourrique !

Je vais voir mon vélo, je vois ses nouveaux pneus plus étroits et plus fins que les anciens, gonflés à bloc, durs comme des muscles boostés. Je tâte les freins, tiens on dirait que ça freine ?! Et je réalise qu'en changeant les pneus le spécialiste a obligatoirement rajusté les freins. 

Je ne suis plus dans la boue. Le temps lourd se jette dans la rivière. Je  reviens en arrière, presque au moment où mon vélo était neuf. Et je ne le prêterai plus jamais aux imprudents qui vous laissent sur le carreau.

Tout à l'heure, je reprends mon vélo pour la première fois depuis des mois. Je monte sur la selle et nous roulons au soleil. Mon vélo tout neuf, comme un miracle de Noël en janvier. Un jour avant mon anniversaire, mon vélo-ami, mon anti dépresseur depuis quinze ans, me reprend sous son aile, me promet d'aller, aller, aller.

 

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15 janv. 2021

Les oiseaux piaillent dans le jardin, d'une nouvelle façon. Quelque chose se passe depuis que le gel polaire a laissé place à l'humide qu'aiment les petits oiseaux nourris et logés au jardin. 

Mercredi, marchant lentement dans le sous bois tout proche j'ai découvert les premières primevères. C'est un petit endroit que j'aime beaucoup, malgré le mini sentier au milieu parfois fréquenté, il garde pour moi un air sauvageon.  Les broussailles s'entremêlent, les ronces envahissent la pente des deux côtés du sentier. Un côté déboule sur un ruisseau, bien en pente, seuls les animaux y accèdent. Mercredi le flot de l'eau était fougueux et d'un chant bénéfique, un glou glou précieux. 

Sur ce petit chemin, arbres et végétaux sont encore libres de pousser n'importe comment sans que l'humain ne vienne tout brider. Toutefois il y a eu une grosse tempête l'an dernier qui, partout, a mis à terre des milliers d'arbres. Autour du sentier l'homme est donc venu couper dans le tas, permettre des passages, des ouvertures, déblayer à minima, en quelque sorte. Je lui pardonne. L'essentiel est resté et certains groupements d'arbres s'en trouvent mis en valeur, leurs troncs en bouquet forment des sculptures qui me plaisent. Sur ce chemin j'aime m'arrêter, observer, toucher, écouter. Et toujours les oiseaux, sentinelles.

Je reviendrai avec mon appareil photo car il y a des écorces admirablement peintes, colorées, tachetées de coups de pinceaux blancs. Des couleurs feutrées inédites, bruns orangés rouille chamois gris doux blancs beiges mousses miniatures verts fluo. Beautés. Un peu plus loin, après la petite descente, je choisis de quitter à peine le sentier, un léger décrochage à gauche, vers l'eau vive. Le sentier a été remodelé au printemps, on ne croise plus la mini chute d'eau qui se jette dans le ruisseau et qu'il fallait enjamber. Le nouveau tracé s'éloigne de plusieurs mètres vers le champ, plat. Moi je vais toujours vers l'ancien tracé devenu impasse, abandonné, qui recèle mes souvenirs, mes émois, autrefois il était bien boisé, pullulait de petites pousses, des gosses y faisaient des cabanes, tout a été rasé suite à la tempête. Il y a huit ans j'y ai prélevé une pousse de noisetier qui est aujourd'hui le jeune noisetier du jardin. Au printemps j'ai découvert une pépinière de murier, dans le sol sablonneux près de la chute d'eau, au pied de ce qui fut un bel arbre dont il reste l'ombre d'une souche. Ces bébés muriers ont très bien prospéré en pots. J'en ai même planté deux au jardin, on va voir...

Tandis que je méditais dans ce coin à part, une famille passe sur le sentier à quelques mètres de moi. Je me tais, je ne bouge pas. Ils marchent à grands pas, sans rien regarder autour d'eux. Le père, les deux ados, la mère suit avec un gros chien dont la longue laisse s'emmêle sur le petit "pont" en bois. Quelques planches pour éviter de se mouiller les pieds au dessus d'un filet d'eau. Se retournant vers la laisse coincée, elle me voit. Et me demande " Qu'est ce vous regardez ?". Prise de cours, interrompue dans mon immobilité et mon silence, je bafouille " Mon coin"...je vois qu'elle ne comprend pas et j'ajoute "Mon coin chéri !". Je porte un masque, que j'ai mis en les voyant arriver au loin, elle ne voit pas mon grand sourire. Elle, n'en porte pas, je vois qu'elle s'étonne et elle me dit "Ah je croyais qu'il y avait quelque chose, un poisson, ou...".  Non, rien " d'extraordinaire" sauf tout. La nature, vibrante et tellement vivante qui ne demande qu'un peu de silence et de liberté d'être comme elle va. 

J'aime marcher plutôt lentement et m'arrêter souvent, je crois que je n'aime pas marcher d'un pas vif longtemps. Chacun marche à sa façon. J'aime aussi marcher seule, pour prendre ce temps d'observation et de ressentis. Et je me suis souvenue de la complicité que j'avais avec Jeannine. Une voisine devenue amie, de trente ans mon aînée. Nous flânions dans les bois, sur les sentiers, les chemins, avec la même liberté. Des moments solitaires, loin l'une de l'autre de plusieurs mètres. On se parlait peu. On ne bavardait pas, on ne parlait pas de la vie, des tracas, des choses quotidiennes. Nous étions totalement concentrées sur la vie végétale et animale autour de nous. On s'arrêtait longtemps autour d'une branche ou d'une plante pour en célébrer la beauté et notre émotion, on touchait, on caressait, on s'extasiait du bonheur. Elle connaissait toutes les plantes. On remarquait chaque petite chose, une écorce, un sol, un chant, un bourgeon. On s'arrêtait, assises au sol ou sur un tronc couché, avec toujours de quoi boire et grignoter. On papotait, toujours à propos de la nature et du lieu où on s'était posées. J'ai des photos adorables de ces moments rares. Rare de partager autant avec quelqu'un. Au même rythme, avec les mêmes ressentis profonds et silencieux. 

Un jour nos pas nous ont conduits vers des champs de pêchers et d'abricotiers en fleurs, sur les collines. Une féérie. La première fois que nous nous trouvions sous autant de fleurs sous le concert immense des abeilles. Couleurs, douceurs des fleurs d'une tendresse incroyable, et vibrato assourdissant des butineuses. Nous étions seules au milieu d'hectares de fruitiers. Subjuguées. On s'est assises et on est restées là, à se faire le plus invisibles possible. Merci Jeannine. Tu vois, tu n'es plus là, mais tu restes unique et importante pour moi, nous avons vécu des moments qui m'émeuvent encore.


Hier, Jeannine, alors que je roulais en voiture près des immeubles où l'on a vécu en voisines, un petit oiseau s'est précipité sous ma voiture. J'avais une petite fille de deux ans à l'arrière. J'ai tout de suite regardé dans le rétroviseur et j'ai vu une petite chose au sol... Aïe. J'ai continué de rouler mais la tristesse m'en empêchait, il fallait que j'aille lui dire au revoir. Nous avons fait demi-tour et comme aucune voiture ne circulait là, je me suis garée sur le bas côté et j'ai pu prendre dans mes mains l'oiseau mort. Beau passereau, un peu grand, pas un chardonneret  mais avec quelques plumes vertes, des ailes rayées noir, gris, blanc, un bec très pointu, je ne connais pas son nom. Bel oiseau. Je lui ai parlé, il était mort mais encore chaud. La petite fille était dans son siège auto, je suis allée la voir et lui ai montré l'oiseau " cassé", "cogné sur la voiture" "bada boum aïe". Zazio, elle a dit. On a caressé son doux ventre, tout doucement. Puis je suis allée le mettre sur le talus, entouré d'herbe et de paille dans un petit creux. Sur le chemin du retour vers chez elle, j'ai encore expliqué à la petite fille combien on était tristes que l'oiseau soit tout cassé cassé. Un peu plus tard, chez elle,  s'arrêtant de jouer, la petite fille a joint ses mains comme je l'avais fait pour contenir l'oiseau entre mes paumes et elle a dit, l'air triste " Morte Zazio...". Oh.

 


 



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12 janv. 2021

L'appartement

 

Je me suis réveillée à quatre heures. Je n'ai pas aimé parce que je ne me suis pas rendormie assez vite. J'ai aimé car je me souviens encore de mon rêve que je ne voulais pas quitter. 

C'est un drôle de rêve où je découvre, qu'en 2019, comme c'est curieux cette date était précise ( chose rare dans mes rêves), je découvre que cette année là ma mère m'a laissé un appartement à Paris. Ce secret en était un. Il s'agit donc d'un rêve de secret, d'une révélation. Je me retrouve dans cet appartement génial, situé dans un résidence en forme de U, avec cour intérieure au rez de chaussée. L'entrée même de l'appartement, l'accès à la porte d'entrée, est original car on est comme dans un lieu collectif même hors des appartements. Il y a un puits de plantes, un espace de jardin, il y a des étagères aux murs, c'est cosy. 

Quand j'entre dans l'appartement, je découvre qu'il y a une autre famille qui en a la possession. Je ne sais pas si c'est provisoire, ou si ce sera un fait permanent. Je connais ces personnes, une adulte et sa fille. Peut être en lien avec ma famille ou de vieux amis, en tout cas, cela ne me choque pas. Eux ont déjà investi cette habitation meublée avec goût. Ils avaient connaissance de ce lieu, eux. 

Un appartement ancien et beau, une très belle pièce principale avec une vue extraordinaire sur une partie de la capitale. Ma joie est immense, autant que ma surprise, de me savoir en possession d'un appartement dans Paris. Tout comme au temps où ma mère y vivait, dans un appartement que j'adorais, mais beaucoup plus modeste que celui ci.

Au loin on voit une cathédrale, et en me réveillant je cherche à comprendre si c'était Notre Dame. Possible. On voit aussi un parc boisé, et des quartiers mélangés d'immeubles blancs genre arts déco et d'autres bâtisses moins hautes et anciennes. On est très en hauteur, au moins au cinquième ou sixième étage. On voit le ciel, l'horizon. Je découvre donc ce joyau, ce lieu-cadeau, le cadeau suprême que ma mère m'a laissé et qui est déjà aimé et choyé par des personnes avec lesquelles je m'entends bien, tout est naturel entre nous.

Ces personnes partent, du moins me voilà seule chez moi et je cherche les clés et découvre les serrures de la porte. Personne ne m'a expliqué comment on ferme cet appartement et quelles en sont les clés. ( Oui là c'est du tout cuit pour l'interprétation psy...).Le long d'une longue chaînette argentée je découvre trois clés et les teste. Facile. Une pour la poignée, une autre pour un verrou. Il y en a une troisième qui est cassée, amputée d'une petite partie. Il y a peut être une autre porte d'entrée sur la rue ? 

Je sors, je me promène, je n'en reviens pas d'être là et d'avoir un nouveau lieu où vivre. Il semble s'ajouter à un autre chez moi, une cerise sur mon gâteau. Quand je reviens dans l'appartement, je me remets à la fenêtre pour essayer de deviner dans quel arrondissement je suis, deviner ce que je vois, la cathédrale semble toute petite toute en contrebas, comme une miniature. La vue est dégagée, ce qui est vraiment une rareté à Paris, du moins un luxe, disons. Une jeune femme est là, elle est assise dans la salle. Elle est comme chez elle, nous nous parlons naturellement, il n'y a rien à expliquer, ni ma présence, ni la sienne, ce lieu est animé, s'y présentent des personnes amicales qui ne me surprennent pas. 

Le parquet en bois est beau, ancien, il craque un peu, tout est agréable dans cet appartement qui a du vécu et vit. Les meubles en bois sont entretenus, patinés. les murs ont des couleurs, je ne sais plus lesquelles, pastels, un peu vert amande ou bleu turquoise passé, sans doute en papier peint. Il y a tout dans cet endroit. Il y a surtout comme une évidence, partagée. Une harmonie. Révélée.

Une fois réveillée, je tente, sous la couette, de retenir les images, précises, surtout de la vue depuis la baie vitrée, qui me fascine. Il y a un balcon. C'est l'hiver et les pots attendent, les plantes aussi, avec leurs branches sorties de terre, je me vois imaginer ce que ce sera, quelles fleurs, quel végétal, comment le printemps sera sur le balcon. Je n'aurai rien d'autre à faire qu'à observer les végétaux renaître. Je ne sais rien de ces pots, en nombre, ils sont là, cadeaux eux aussi, et j'aurai juste à tout accueillir.

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9 janv. 2021

Avec

 

 Hier je me suis cognée. Les accidents arrivent. Sans qu'on les voie venir, souvent dans des circonstances anonymes,banales, stupides ou presque. Minuscule parenthèse dans ma journée, hier vers 17h je me suis cognée.

Mauvaise perspective, mauvaise distance entre un obstacle matériel et moi. En l'occurrence, le cadre de la portière de ma voiture, arrière, derrière le siège passager. J'ouvrais la portière pour prendre au sol le sac de la petite fille qui dormait dans son siège de retour de l'école. L'enfant dort souvent dans le trajet qui la ramène chez elle. Sa petite soeur, sur le siège à côté la regarde et sourit, elle qui a fait la sieste à la crèche.

L'enfant dort et avant de revenir doucement la réveiller, je prends ses affaires au sol, dans un élan, dans un mouvement qui prend une vitesse je franchis l'espace ouvert et me penche mais BAM je cogne le haut de l'encadrement de la porte, je me le fiche bien sur le crâne au dessus du front. Je suis sonnée, je me tiens la tête. Je pense à moi et aux autres moments où je me suis pris une beigne comme ça, franchement, tempe droite, arcade gauche, Vlan, ce n'est pas la première fois que je me prends un bout de bagnole ou de rétroviseur dans le ciboulot. J'en garde des marques sur ma peau, une ombre ici, par exemple. Les accidents arrivent.

Je monte dans la maison avec la petite. Je ne sais pas comment ce coup va évoluer. Je trouve le gel arnica, le doliprane, l'arnica montana. La petite joue. Le monde peut s'écrouler les enfants jouent, innocents face au temps qui passe, gaiement. Je me frotte, je bois de l'eau, je me fais un shampoing sec à l'arnica, mon brushing est foutu. J'ai l'air de tenir debout, je n'ai pas mal. Les accidents arrivent et sur le coup on n'a pas mal. Je ne saigne pas, Dieu que le crâne est dur ! On redescend chercher l'enfant qui dort. Une heure passe. Je vais bien. Puis, en sortant de la salle de bains, une heure et demie plus tard, je titube. Tituber n'est pas ordinaire. Tu as déjà eu une cuite, été saoûle ? Moi un peu, dans une lointaine période de ma vie où je me suis forcée à boire ( je n'aime pas l'alcool) pour socialiser avec des alcooliques pas anonymes, des amis, des frères, des beaux, des solidaires. Quand tu es pompette tu peux faire des trucs très marrants, sortir du cadre, épater les garçons, danser sur les toits des voitures la nuit, embrasser à bouches pleines sans penser au lendemain, faire l'amour dans l'ivresse, le corps envolé qui ne t'appartient plus tout à fait et se donne dans l'euphorie et sans questions. Quand tu es pompette adieu les questions, adieu les emmerdes d'hier et de demain. Et parfois tu ne marches pas droit. Mais là j'étais un peu mal à l'aise dans l'ensemble, sortant de la salle de bains avec mes deux fillettes chez elles. Encore vingt minutes avant que papa n'arrive.

J'ai fait semblant, j'ai tenu le coup, bu et rebu de l'eau et suis restée silencieuse, attendant papa, me demandant si j'allais conduire. Je n'arrivais pas vraiment à jouer avec les filles, j'étais un peu passive ce qui n'est pas mon style. Mais les enfants jouent...Il fallait rester droite, ne pas regarder sur les côtés, respirer et attendre. Cela a marché et en voiture, j'ai roulé vite, inutile de téléphoner pour prévenir l'Homme qui ne répond jamais sur son stupidphone, j'ai roulé vite en respirant durant les dix minutes en descente vers chez moi, et une fois dans la plaine je savais que j'allais arriver. Je me suis assise sur le canapé et n'ai plus bougé un petit doigt. On est habitué à pouvoir se mouvoir, tourner la tête ou les yeux. Et voilà qu'on ne peut pas. Cela n'a pas duré. Une soupe, du pain, un peu de télé, je te rassure, j'étais bien dans mon lit, enfin immobile. 

Les accidents arrivent, on se fracasse sur un truc. Et ensuite on se demande comment on va tenir. On ne s'y attend pas. Un jour un amant te dit qu'il ne veut plus de toi. Une autre fois, un amour pour la vie dit que tu dois partir et ta vie est finie. Un jour un scanner est mauvais, ou un IRM est bon et on revient de loin. On s'est décomposé dans la salle d'attente. On entend chaque battement de coeur comme s'il était le dernier. Tout tient à quelques minutes près. L'infirmière te met une perfusion pour la première fois de ta vie, puis tu entres dans la machine. Il y a trois ans c'était moi, hier c'était toi. Hier à la télé j'ai vu des infirmières anglaises pleurer, en pleine action, à l'hôpital. Je zappe si je vois l'hôpital et le covid mais là je n'ai pas été assez rapide. Elle m'ont touchée. Comment certains, certaines, peuvent-ils me dire que tout va bien pour eux dans cette période, et qu'il n'y a pas de quoi se biler au delà du raisonnable et que ce sera fini un jour, il ne faut pas exagérer. Bien sûr qu'on vit, bien sûr. Le monde vit, le monde bouge, des millions d'êtres bougent, meurent, survivent, sont heureux, basculent, balancent et moi je suis avec eux. Et chez moi, tout est touché, bouge, bascule, se heurte et secoue, demande une attention différente. Sur un fil.


 https://www.youtube.com/watch?v=w4kl_yPpt8M

4 janv. 2021

On s'ébrèche

On sait

On ne dit rien

On dit. On attend. 

On ne sait rien.

L'eau ne dort pas, la peine ne s'endort.

On croit mais on est aveugle

On pense entendre mais une grenouille croassait dans un bol

Je n'aime guère, finalement, les gens qui se croient heureux

Ils m'attristent.

 

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