Touchée coulée

J'étais un peu présomptueuse, comme quand tu te crois guérie et que tu repars pour une longue marche au soleil qui te coûtera plus que tu ne pensais. Mais il fallait essayer.



.Un croquis léger que j'ai tracé assise sous le parasol, au jardin. Pour la première fois. Je ne sais ce qui m'a fait m'installer là. La chaleur peut être.
Ce croquis m'a coûté. Angoisse et larmes pas loin. J'ai la carte postale sous les yeux, mais je vois très très loin. Cet endroit au bout du golfe d'Ajaccio, nous y allions souvent avec ma mère. Un rituel, un plaisir garanti, une bouffée intense de son émotion qu'elle voulait nous faire partager. Sa présence sur la Terre pourrait se résumer à cet endroit et à nos moments là à attendre béats et silencieux le soleil plonger dans la mer. Solennellement.

Le papier est naturel, artisanal façon buvard. Pâtés, touches, le papier boit mes essais, mes taches de couleurs. Rien ne coule de source.



Mieux vaut choisir des modèles neutres, qui ne nous prennent pas toute l'émotion et nous laissent au sec d'une marée basse. Un peu déconfite. Comme un coucher de soleil jamais venu au rendez-vous.




.Ne te crois pas plus forte que tu ne l'es pas. Tu ne retourneras pas sur l'île maternelle, ni en vrai ni en pinceaux. Laisse couler l'eau.




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