Sauvetage fruitier, le Baco


Dire oui. 
Elle dit : "Mon père a plein de raisin, tu sais c'est du raisin avec lequel on faisait le vin ici". "On va le jeter, t'en veux ?"
- Oui


Je n'aime pas jeter, je ne sais pas d'où cela me sort mais je suis une conservatrice en diable. Donc quand elle me dit cela elle a un petit panier de grappes noires. Puis le lendemain elle en a un immense sac de courses, sans doute cinq kilos je dirais. Un peu pourri au centre, plein de moucherons gavés.

Dégraffer les grappes, des boutons violets sombres de leur corsage, rincer. Dans la cocotte ça mijote, les grains éclatent les peaux. Ecumer, écumer et presser. C'est les vendanges à domicile.

 J'ai failli y mettre les pieds, dans le jardin, mais il faisait trop froid. Re presser, basculer d'une casserole à l'autre. Voilà le jus. Re frémir la noirceur rouge lie de vin. Mettre l'agar agar en dernier ressort, au pif en croisant les doigts de pieds (pas tous en même temps).
Mettre en bocaux. S'étonner de la couleur si foncée. T'ai je dit qu'il a le gout du miel ce raisin, un gout fumé. Jamais vu ça avant.

Voilà j'ai sauvé des fruits d'ici. En Drôme les gens marchent dessus, les abandonnent sur les arbres et les sentiers tant il y en a. Les anciens fruitiers des bords de prés, les anciens pieds de vigne des jardins, on ne sait plus qu'en faire car ailleurs il y a des centaines d'arbres en pleine croissance qui donnent donnent donnent sans compter.

Tiens et si je parlais gourmandise ici ?
Tiens mais je ne t'ai pas dit que ce raisin s'appelle Baco. Je pensais Bako, avec un goût de Sénégal mais non c'est un m'sieur Baco.

Tiens, j'écoute Madame Aubry à la radio. Rien à faire c'est ma préférée.
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