12 déc. 2018

Mardi c'est atelier !

En ce 11 décembre, nous avons terminé les panneaux de signalisation.
C'est un exercice de détournement de panneau.
Trouver une idée simple, ludique, qui surprenne pour détourner le message classique ( sens interdit, giratoire, etc...)
Pas facile !

Je vais vous montrer ce que font les enfants. Je me suis bidonnée et je suis très admirative de leur liberté, leur expressivité. Ils ont beaucoup mieux réussi que nous ( on s'est pris un peu la tête, nous, les adultes).
Vous pouvez cliquer sur les photos pour mieux les voir.



J'adore ce vélo







Ci dessous travail en cours avec les plus petits ( 4, 5 ans)



"C'est les canards qui passent au feu"



Travaux quasi finis










Voilà, on ne leur arrive pas à la cheville...
On est entrain de faire les poteaux...



Ensuite nous avions une consigne de base pour faire une peinture libre sur grand papier coloré.

Dessiner un peu de ville ou une place, et y installer sur un socle une statue , 
inspirée du chien de Koons ( nous travaillerons, en 2019, sur le mobilier urbain dans le cadre de notre thème / art des rues, poésie urbaine)









Pour ma part, ce fut très facile et ludique...


Dernière séance avant les vacances, la semaine prochaine, nous visionnerons un film sur J.R

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8 déc. 2018

Chroniques du Kangourou Volant ( le K.V). 1.

Ce sera le jeudi, assez souvent.
Ils sont huit, trois femmes, cinq hommes.
Rien n'aurait dû les réunir sauf une injonction, des paradoxes et leurs contradictions.

Cela démarre ainsi.
Convocation obligatoire de P. Emploi à un RDV pour une "information".
Durant le rendez-vous on présente un suivi, "accompagnement", à un groupe de séniors qualifiés et motivés : Trois mois d'ateliers collectifs et de rendez-vous individuels.
Le but ?
On ne sait pas exactement. Retrouver du travail, on peut penser, mais surtout, faire le point, et battre le fer tant qu'il est chaud car une majorité de cette troupe a travaillé en 2018. Pas encore perdue pour la Cause, la Cause c'est LE TRAVAIL, camarade...

Premier mensonge : Vous pouvez ne pas venir.
Certains diront, bien, on ne vient pas, et devront s'expliquer face à la "conseillère emploi" présente, qui retoque tous les rebelles. Il faut avoir un CDD en poche, sinon, zou, tu t'inscris.

Donc on s'inscrit.
Là les coach te disent, " NON, si vous êtes motivée OUI, sinon, Non !!"


Là tu te pares de tes plus beaux baratins, tu les savonnes entre les omoplates, tu souris autant faux que tu peux. Tes 400 euros d'allocations en dépendent.

OUF, elles plient sous ton charme.

Tu es inscrite. Du 3 décembre au 4 mars, tu vas morfler.

A la maison, te voilà debout à 6h, Il faut faire les 52 kms aller-retour, aux frais de la princesse. 
Tu es enrôlée dans une arnaque nommée Tremplin carrière.

Hop hop trampolino, il faut sauter en l'air avec un air rebondissant.

Youpi ! Le kangourou Volant est né !

Ici seront les chroniques des ateliers collectifs, quand ils en vaudront la peine, quand ce sera ou émouvant ou rigolo, ou les deux.

Premier Jeudi, donc.

7 ils sont 7.
7 c'est bien, 2 femmes seulement, c'est rare.
Cela me plait.
Les hommes sont un animal que je connais très mal, que je ne pourrai jamais comprendre, alors je vais me régaler de les voir s'exprimer.

Séance de présentation avec le jeu de "Je te raconte qui je suis et c'est toi qui me présentera au groupe, tu me racontes qui tu es, et je raconterai ton parcours au groupe".
Les points à raconter : formations, boulots, recherche actuelle, freins, contexte/limites mobilité, etc.

L'ambiance est bonne, décontractée.

Beaucoup de bavards, des hommes usés et un tout frais. Deux bouts de bonnes femmes à deux opposés côté formation ( Une Bac + 5, une CAP) et qui viennent juste de terminer un contrat dans une école. Elles sont assises côte et côte et aiment sourire un max. 

D'abord je vois Le Fils Maudit. Debout, buvant le café à la pause, il parle sans fard de ses salauds de parents. "Qui n'ont rien transmis, qui nous ont tous envoyé en pension à huit ans." Je passe près de lui qui discute avec P. Mais je m'arrête. Fils d'agriculteur ?, je demande... Vendeurs de graines, dit-il, exploitants. Tu es le seul fils ? Ouaip, le seul. 
Via une amie, je connais un peu les douleurs des fratries d'agriculteurs, reprendre ou pas, les enjeux, les conflits.
" J'ai jamais voulu reprendre, jamais." Il me regarde dans les yeux, je le regarde dans les yeux,
- Toi t'as morflé toi. 
Je suis très sérieuse. Regard franc et soulagé du gars, direct : Ah oui j'ai morflé, j'ai morflé. 
La haine de ses parents, direct, comme un volcan jamais éteint. On est ensemble depuis une heure, il est entrain de raconter son parcours à son voisin et on est déjà dans le coeur du sujet. Vlam. Putain, il est fort.

Très vite je repère P. Une voix de baryton, une allure très masculine. Propre, sain, soigné, grand, dégarni, des yeux bleus d'enfant. Et puis il parlera. Et tout change au fil de son récit, son visage, sa voix qui s'adoucit, les failles qu'il pose net sur la table, dans nos bras. 
"Je ne sais plus, je ne sais pas. Mais plus je m'enfonce, plus je doute et plus je m'ouvre aux autres."
Vlam. Prends ça. Direct. 

Tu me plais toi. Plaie ouverte sous une carapace qui demande à se libérer, P. veut totalement changer de métier. 
Touchée.

K.V est remué et aime ça, même si ça pique.

Il y a Timide. Comment peut-on être si réservé quand on est un beau sénior barbichu blanc, tout simple, barbiche blanche, pull noir, qui glisse sur le dossier de sa chaise au fil de ses paroles, le moins possible les paroles. Qui s'excuserait presque d'être au monde.
"Mon gros problème c'est que je sais pas me vendre, je sais pas parler de moi. Parler des autres, oui, mais de moi, non."

Oh la vache. Quelle putain ce monde du travail où il faut savoir se vendre. Quelle merde. 
Une des deux coach reprend le terme "se vendre"...J'écoute autour de moi ce qui se dit.

Puis, désoeuvrée, je pense " Mais m'dames les coach, cet atelier de trois mois, il est EXACTEMENT fait pour ça, nous vendre, et aussi pour vous procurer du job, à vous les coach". Me fais pas le baratin, j'ai été moi aussi de l'autre côté du ring, à ta place, formatrice.

Donc, Timide, tu as raison, cette vie est un ring, du commerce de job, de la vente de bonhomme comme toi, dépassé par les nouvelles technologies, plus du tout à jour sur les compétences, toi qui n'a pas de diplôme. Perdu.

Et puis tu es "seul maintenant", ça tu le dis. Tu vois que tu sais très bien parler de toi.

Outche.

Dites, les coach, comment vous allez effacer tout ça et remettre ce beau monde sur le fil du travail, mais " vers ce qui vous plait, vers vos envies..."
Vous êtes pas un peu à la ramasse, encore plus que les huit zozos devant vous ?

Il y a G. le commercial. "Prêt à partir demain à Tahiti s'il le faut." . Seul aussi, il le dit comme on lance un pétard au sol, plus rien à perdre, personne à la maison.
Vlan.

Et il y a l'homme différent. L'homme différent, l'homme heureux et philosophe qui n'a pas construit sa vie uniquement sur le travail mais avant tout sur la liberté. Autodidacte, moulti domaines, manuel autant que formateur et prof. Qui cueille des fruits pour avoir un peu de salariat à mettre sur la table, et qui fait 3000 autres choses qui l'épanouissent. Doux, très doux, petits cheveux blonds libres et fins. Aucune peur de l'avenir. Un homme aimé, sans aucun doute. Un homme feuille dans le vent, toujours accroché à des petits bonheurs, un être confiant.

Qui demande au K.V " C'est quoi l'université ? Université libre ?"
Et quelle joie, K.V réalise que, bien sûr, une majorité de gens ne savent pas qu'il existe des "facs"
Ces lieux qui remplissent le kangourou volant de joie et d'exaltations.
Alors elle lui explique, en trois phrases, et sa journée est remplie avec cette découverte. Sortir de son pré carré et découvrir les êtres.

Kangourou Volant est reparti chez lui rempli comme une outre de toutes ces vies.


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5 déc. 2018

Atelier du mardi !

J'avais oublié mon appareil photo la semaine dernière, voici donc un article sur les travaux de deux séances.

La semaine dernière : travail d'après cette période de l'artiste Fromanger :



Nous avons choisi une photocopie de photo ( rues et personnages).
Nous l'avons collée sur un papier kraft.
L'exercice : choisir une couleur pour le fond, peindre tout le paysage urbain, le continuer au delà de la feuille collée, afin qu'on ne la distingue plus dans le tableau. Peindre ce paysage de toutes sortes de camaïeu de la couleur choisie.
 Peindre ensuite en a plat, les personnes, dans la couleur complémentaire ( ou plusieurs couleurs vives).










Je n'étais pas sûre d'y arriver.
Finalement on a tous très bien réussi, les résultats sont très intéressants.
Dans ces photos sont mêlés les travaux d'enfants et ceux des adultes.








Vraiment très sympa. Et la variété des résultats est ludique et jouissive !


Hier nous nous sommes attaqués aux panneaux de signalisation.
En choisir un, le "détourner". Nous avions un petit livre de référence.
L'idée c'est d'être léger, on doit voir le panneau " d'origine", on dessine dessus quelque chose de poétique, qui renvoie un message ou pas, qui intrigue ou amuse.

Ouh la la. J'ai passé deux heures à chercher, comme beaucoup des copines.
Vraiment pas évident. Nous n'avons pas fini. On collera ensuite le panneau sur un pied et un socle....













Au début, avant de te lancer, tu te dis " oui, c'est sympa". Après plusieurs heures de croquis, tu es vraiment content de poser quelque chose...d'avoir concrétisé !! Les cerveaux ont chauffé.

ouf.










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2 déc. 2018

Oh la belle vie ( Laos dernier épisode)

Très au Nord, tout en haut du pays, nous allions.

Se lever à 4h pour prendre un coucou qui s'envole quand il peut et atterrit quand il veut.
Soulevant les brouillards au dessus des montagnes, les montagnes peuplent ce pays au Nord, si tu continues vers le Nord, tu entres en Chine. Cela m'a tenté plus d'une fois.



Deux villages où nous travaillions. Luang Nam Tha et Muang Xing. Muang Xing, là c'est vraiment, vraiment, tu touches le bout d'un pays, tu entres dans un no man's land. Tous les repères ont sauté sans que tu ne l'aies voulu. De fait.



Nous faisions partie d'un projet de développement communautaire, avec MSF ( Medecins sans frontières) et ACF ( Action contre la faim). Deux ONG auxquelles tu peux donner ton argent les yeux fermés, leur travail est juste, admirable, bien pensé. On s'associait sur les trois éléments prioritaires, demandés par les populations.

La démocratie participative est une clé des ONG dans leur travail avec les locaux.
Enquêtes, analyses, chercheurs, travaillent en amont pour comprendre les besoins et les entendre.

Trois besoins dans ces hameaux de groupes ethniques :

- La santé, surtout pour les enfants, qu'ils meurent moins. (MSF, formations d'habitants relais de santé)
- L'eau, à rendre potable, des puits. ( ACF, aide à la construction puis formation à l'entretien sanitaire et logistique pour être autonome)
- Lire et écrire en laotien. ( ESF ( Ecole sans frontières, nous), création de centres d'éducation non formelle. Une grande cabane de bambou pour toute la communauté du village, avec un "instit" local capable de former tant les enfants ( niveau scolaire de base) que les adultes ( sur l'élevage, par ex, les conditions sanitaires, les cultures....en collaboration avec d'autres ONG dont des allemands très expérimentés ( plantation de vergers...)).



Les femmes, toujours les femmes, qui portent tout, travaillent du soir au matin, se parlent, ont de l'humour, fument la pipe, entretiennent les maisons sur pilotis. Les femmes sont les piliers.


Pour l'UNESCO, le critère de démocratie et d'ouverture d'un pays se calcule en fonction du nombre de filles ayant accès à l'école.


Les moments où je rejoignais les équipes sur place, pour faire le point et visiter les villages, me changeaient du tout au tout.
Le seul fait de prendre un coucou improbable et de n'être sûre de rien une fois le sol quitté. Le voyage serait long. A l'arrivée, toujours le contrôle militaire des laisser-passer délivrés par le Minisitère de l'Intérieur. On te fait peauroiter autant que possible. La lenteur, toujours la lenteur. Assis sur des bancs bien durs, on a le temps de retrouver des collègues qui sont aussi "montés", on a le temps de papoter. Puis on part au Q.G, une grande maison de bois, à étage. Douches d'eau froide récoltée dans un tonneau. Coupures d'électricité récurrentes, feu de bois dans le jardinet, dodo sous moustiquaire avec la collègue,  sur un grand matelas au sol.
La nuit très tôt, le resto au plat unique, avec ses étagères de petite épicerie de conserves de base pour les rares occidentaux. Youpi des vache kiri et du pain de mie américain, ce sera la fête au petit dejeuner.

Le café à broyer l'estomac sur le bord de la route qui mène en Chine.
La planète Mars, l'échappée totale.
La poussière, les bagnoles des gros chinois-à-putes, les vélos, les mob, les jeunes filles costumées traditionnellement, tissus bleu teint aux plantes, broderies, jupes plissées brodées et chaussettes sans pieds, épaisses, colorées.
Quelle est leur vie ? Quelle sera-t-elle ?
Etre totalement étrangère et dépassée, à un tel point qu'on ne réfléchit plus. Et on se laisse totalement partir et être là, juste là. Sans réfléchir.





...Les  routes sont longues, montent, patinent dans la boue, dérapent, sautent. Celui qui est assis dans le pick up et non devant, saute et se fait mal au dos en rebondissant sur sa banquette.
On roule, on quitte le monde, on rejoint des groupes qui sont en autarcie ou presque.

Beaucoup de collègues ethnologues, comblés, passionnés, adorent ce pays au 120 dialectes. Tous sont bouffés par les moustiques et ont la malaria. Car les palabres se font à la tombée de la nuit, dehors, quand les bestioles attaquent. Problème aussi pour les femmes, au moment de la lessive dans la rivière, puis des douches qui se font à la fraîche dans l'eau vive, où les moustiques attendent les corps offerts.

Je ne sais pas si j'étais très utile, je ne sais pas si nous faisions du bon, mais l'ambiance était bonne. Je me souviens, dans ce Nord, d'un couple étonnant, missionnés par MSF, totalement installés. Grande maison en bois, Lui bricolait beaucoup et avait conçu des pièces, des terrasses où balançaient des hamacs dont on ne pouvait plus bouger. Ils étaient vraiment chez eux. Ne cherchaient pas autre chose, bossaient, avaient des amis locaux, faisaient de la délicieuse cuisine, avaient roulé leurs bosses dans beaucoup de pays et s'étaient posés. Presque la cinquantaine. Arrivés. Accueillants, des  repères. Des êtres pleins et originaux. 

Revenir vers la ville, revenir vers la maison, vers le bureau. C'était pas mal non plus. Plus banal mais.
J'ai eu mon amie Allison et j'ai eu Marie, qui a été très présente. On s'est plu très vite, elle, seule avec sa fille de six ans, moi seule. On avait le temps, on se retrouvait chez l'une, chez l'autre, on partait à vélo dans la gadoue, sur des petites routes, sous le soleil, on trouvait une gargotte où boire un Coca chaud. C'était bon. On se racontait toutes nos vies. Elle m'a hébergé le dernier mois, avant mon départ. 
Sa petite maison était face à un temple. Les moinillons se rinçaient l'oeil gaiement. Des mômes.


La lessive dans la cuvette dehors, Marie se moquait de moi parce que je laissais essentiellement tremper dans la lessive sans beaucoup brosser, frotter.

Sa cuisinière géniale, une vieille femme, qui faisait le poulet au gingembre le meilleur de la terre.
Le gingembre coupé très finement grillait d'abord dans le wok. Je n'ai jamais réussi à le faire indentique. Je pense à nos repas chaque fois que je mets du gingembre dans une poêle, c'est à dire au moins une fois par semaine ( je mange du riz tous les jours, du riz thaï cuit à l'autocuiseur asiat).



Le Laos a beaucoup changé en 20 ans. Il est devenu touristique, plein de commodités, d'hébergements chics. Mais je suis sûre que le fleuve Mékong brun et charriant les eaux de mousson est toujours là. En face, la Thaïlande.

Cathy est venue me voir.
Quel grand moment !
Nous avions une histoire.
Rencontrées à la fac, quand j'ai repris les études à 34 ans. Elle, a huit ans de moins.
Assise côte à côte le premier jour. Le flash. Tant pour le prof extraordinaire, de sociolinguistique, qu'on avait sous les yeux, tant pour nous deux. Comme des écolières.
Retrouvée ensuite dans diverses aventures de sa vie, dont sa rencontre avec un "cirqueux" québécois, qui deviendra le père de ses enfants, au Cambodge. Pays où elle vit peut être encore, elle y est devenue un des piliers de la fac de linguistique.
Elle est au Cambodge depuis un ou deux ans, quand nous voilà "voisines", et elle passe me voir.
Oh la rigolade  ( Cathy a un "rire africain", totalement contagieux, elle est belle, hypra intelligente et ouverte à la vie, oui).
Oh le plaisir !
On est allées se faire  teindre les cheveux chez une amie thaïe coiffeuse. 
Oh la rigolade en vélo, au retour !


Oh la belle vie.







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