Les grandeurs allongées

Je vis dans des paysages d'écritures, de traits verticaux majestueux. Des failles s'allongent chaque jour devant moi, lointaines et impossible de les toucher dans les falaises de calcaire que seule l'eau transperce.

Je vis dans des courbes hallucinantes de beauté. Chaque matin je les retrouve des yeux; vertes, bleues, ou noires, blanches immaculées. Les collines croisent les sentiers, les ondes s'allument comme un tissage de matières entrelacées. Ondulations amoureuses, traits de pinceaux de verdure, bosses et tendres courbes que la montagne a épargnées. Nous a laissé ces hamacs de cours d'eau, de prairies, de forêts qui penchent.

Mon paysage pousse à l'envol, invite à le dessiner, comme un accordéon de crayon, étirer sur un papier les corps cachés, endormis, les danseuses évanouies. Mais dès la main posée on sait que c'est imposture, défi de feu, géant de glace qui regarde le tout petit le recopier plein de ratures. Peu importe on garde l'espoir. Chaque jour  une nouvelle pointe de roche dépasse des nuages.



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