D'un essai à l'autre

Ca commence un jour où, grâce à une association locale, tu te retrouves avec des pinceaux et du gros foutoir et une seule consigne : faire un panneau indicateur avec ce beau rouleau, y mettre une maison dont le toit s'ouvre, c'est le logo de la journée d'expo au village.

Tu te retrouves à prendre dans tes bras un cylindre doux et lui coller des papiers et de la peintoche avec les doigts, violemment, flac flac, jouissivement.



Ca continue, parce que tu sens la morsure et le courage, par une séance de découverte d'un atelier local. Tu aimes, on se sent libre et entouré en même temps, pas à patauger trop toute seule. Tu fais un croquis auquel tu ne comprends rien mais qui parle.



Retrouver le contact du fusain me ramène très loin, une retrouvance, un câlin d'une qui aurait attendu longtemps. Celle que nous avons tous en nous, j'en suis absolument persuadée.

Ainsi c'est de la liberté et de regards neufs sur moi, sans préjugés, des regards inconnus mais présents, que renait le besoin, l'amusement, le plaisir, la force de pousser plus loin le bouchon. J'allonge mon bureau-atelier d'une planche supplémentaire, j'achète un peu de matos.  Aujourd'hui celui qui entre dans cette pièce ne peut pas se demander si c'est un "bureau" ou un "atelier". 

L'espace est essentiel. Certes le temps fait tout mais affirmer un espace pour y affirmer un besoin, une activité, une place pérenne et à soi, c'est une étape primordiale dans la vie, dans chaque étapes de nos vies d'apprentis. Je l'ai toujours ressenti, que ce soit au travail ou à la maison ou ailleurs, l'espace dans lequel on s'installe, on se meut, on dit, on fait, imprime notre façon de faire, dire, se mouvoir, s'installer. Notre relation au monde en dépend. Quand je pratiquais le taï chi chuan tous les matins chez moi, je réservais un bout du salon, je fermais la porte et je tournais la pancarte "ne pas déranger". Cette pancarte nous manque maintenant, à lui comme à moi.

Il y a eu une conjugaison des espace-temps depuis un mois. J'ai perdu mon travail, qui n'était qu'un remplacement, donc logique. J'ai eu l'assurance d'avoir une année entière qui m'attendait. Je sais aussi combien il est facile de tomber dans la déprime des jours chômés sans but qu'une vacance devenue pesante et malsaine.

 J'ai modifié mon bureau, j'ai tricoté entre cet espace et ce temps neuf. La possibilité d'aller en journée aux atelier-cours du village s'ouvrait ( mon boulot ne me le permettait pas). Je ne serais plus seule à bidouiller chez moi des cartes-collages. Pouvais-je avancer un peu plus ?

En attendant la reprise " des cours " en atelier, j'ai donc décidé de m'exercer. Prendre des modèles, croquer, tester des matières, faire des erreurs. Faire moche, le photographier, faire mieux, ne pas savoir que faire. Et chaque semaine avancer. Se dire que tel procédé me parle, qu'il faut continuer les essais. 

Un fond de collage et de la peinture dessus ? Tiens c'est à l'assos, avec nos rouleaux, que G. m'a montré cela. Tiens c'est à l'assos que A. créé des petits tableaux faits d'amalgames infinis de matières, tant qu'on dirait des émaux. Visages reconstitués, paysages oniriques, personnages fantasques, beaucoup de choses à base de récupération de petits matériels ( clous, fer, cadres, matériel de zinguerie, bois, etc).

Apprendre le vide et le blanc. Gâcher des croquis légers en faisant un remplissage barbare tout autour. Dommage. Couper. Regretter. Les erreurs apprennent énormément. Elles pèsent et posent les choses.
En fait j'aime énormément les croquis en noir et blanc. Ils me parlent. Me suffisent souvent. Je dois me méfier de ma propension à "remplir" parfois sans recul. Cela me fait sourire. Une amie disait de moi que j'étais à la fois très silencieuse et bavarde.

L'animatrice de l'atelier me manque. Je pense à ce qu'elle dirait, le geste qu'elle ferait, mettrait-elle le croquis de loin, vers quoi me pousserait-elle, que proposerait-elle ? On verra en octobre. Je garde tout, je veux savoir ce qu'elle aura à proposer. Je pose ici régulièrement les photos. Pour prendre le recul. Photographier les étapes m'aide beaucoup. L'appareil devient un outil de l'apprentissage. Parfois il est cruel quand à partir d'un croquis sympa, il me montre que j'ai pataugé et perdu toute perspective et rendu tout pateux plat et laid. Parfois il est bienveillant quand face à une mochetée il trouve des petits bouts regardables, des angles possibles qui m'étonnent et font réfléchir. Parfois il me dit c'est beau, tu avances, surtout quand je triche avec des pointes de lumières et d'ombres qui valorisent un croquis trop fade. J'essaie alors de le retoucher mais je n'en suis pas encore là car c'est l'étape où j'ai besoin d'être épaulée. 

Les résultats ne sont pas le plus important. Comme dans tout le reste, c'est la démarche qui est la force, le mouvement et ce qu'on en ressent. Par contre, comme c'est drôle de voir l'accessibilité tout de même, de la peinture et des dessins, pour l'entourage, en comparaison avec l'écriture. Personne chez moi ne lit ce que j'écris et je ne le souhaite pas pour le moment. En revanche, comme il est facile de mettre sous le nez des proches quelques productions picturales et de s'en flatter ! Comme c'est étrange...sans doute parce qu'il n'y a là aucun enjeu trop intime pour moi et parce que j'aborde mes dessins de manière décomplexée ? Sans doute. C'est certain.
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