Où est-il ?

Je l'ai perdu il y a presque deux mois et cela me parait éternel déjà. Je n'arrive pas à me souvenir de mon chat correctement. J'ai sans doute mis un pansement sur ma mémoire ? 
Je ne sais plus sa douceur, je ne sais plus sa présence fidèle, ses gestes, ses regards. Je ne peux pas regarder les photos parce que là, oui, le pansement tomberait et le sang coulerait à flots de mes larmes. Cela je ne le peux.
Je suis culpabilisée de ce rejet intérieur, de ce refus de le garder vivant en moi. Sans doute je ne suis pas prête. Je suis partagée de sentiments contradictoires. N'avoir plus qu'un seul chat à la maison maintenant et un chat distant, qui n'utilise plus la litière comme un dingue, qui ne miaule pas la nuit pour réclamer trois croquettes, c'est reposant en un sens, c'est un poids en moins, moins de présence, plus de calme, on se retrouve entre humains à deux pattes plus souvent.

Il n'y a plus cet amour chaud et insistant, il n'y a plus ses poils, ses pattes, ses ronrons. Ceux là manquent énormément à son maître auprès duquel il dormait. Serrés l'un contre l'autre. "Je me réveillais et il était là entrain de ronronner tout seul, comme ça" me dit-il. Il l'apaisait, le consolait, l'illuminait.
Pour moi c'était comme un enfant, un bébé à peine capricieux. Il connaissait mes manières, il se collait avec moi sur le fauteuil en osier du petit-dejeuner. Non, je n'ai rien oublié, c'est juste que je ne trouve pas la juste place, la bonne place où être avec lui. Je ne sais pas où il est allé. Je n'arrive pas à caresser son âme. Son maître aussi est perturbé. "Il y a un truc qui ne va pas" répétions nous dans le mois qui a suivi sa mort. C'est comme si notre ami était resté trop longtemps dans sa souffrance, c'est comme si nous ne l'avions pas assez apaisé, comme s'il restait encore trop à dire entre nous. C'est comme si cette agonie horrible avait pris toute la place, elle a vicié notre air, notre coeur, elle nous étouffe encore.  Lui, il  voulait tant vivre, résister, il n'a lâché que quand ses poumons étouffaient, et encore...Il refusait de mourir, il était en colère et têtu. IL refusait l'idée de nous quitter, de ne pas se guérir cette fois là comme toutes les autres. Nous reste ce sentiment d'échec malgré tout, et d'impuissance.

Trouver le repos, alors, ensemble, est encore difficile, je peux dire impossible. Je dis parfois qu'il faut du temps. Mais un poids repose sur ma poitrine et m'oppresse. Je n'arrive pas à ouvrir les mains, laisser libre l'oiseau du souvenir, laisser ouvertes mes paumes et ne plus retenir la douleur. Je veux être sûre qu'il ne souffre plus et de cela je ne suis pas sûre.
Où est-il ?

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Chaque chose pèse, me mettent en sursis du bonheur, me gâchent tout en un rien de temps.

Novembre a été dantesque, décembre m'a vu rebelle et colérique au travail, en état d'épuisement psychique, et dernièrement, une personne de ma famille ( qui ne fréquente ni les blogs ni le net ) est tombée sur un de mes blogs très perso. On venait de se voir, je relatais un beau moment entre nous. Je le faisais par joie et complicité et envie de partage avec de rares lecteurs amis. J'y relatais quelques phrases que nous avions prononcé dans la voiture. Cette personne a été choquée, révoltée sur le coup, pensant que je méprisais notre intimité. Je fus dévastée, j'ai dégringolé une montagne que je commençais à peine à escalader, je commençais à aller mieux. Je me suis éboulis. Avalanchée, détruite en petits morceaux par terre tout en bas de la vallée au milieu de milliers d'autres pierres cassées. Quelle tristesse de blesser quelqu'un comme cela, sur ces espaces de lectures privées et d'écritures où nous donnons beaucoup de nous mêmes, petit à petit en confiance, ces bouts de pages qui nous aident à vivre. Ce fut pour moi un cauchemar. J'ai alors mis des blogs en privé, en suspension dans le vide de l'avalanche. Sans équilibre. 

Maintenant je me dis que le mal est fait et qu'il se refera. C'est mon lot. C'est aussi le lot du lecteur que de prendre du recul, et ne pas penser que je me fous de lui, ni que je mets en pâture ma vie et la sienne.

Que devons nous partager ?
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