Bouffer ses souliers.

Enfant je ne sais pas qui je suis.
Il y a bien cette photo noir et blanc de moi sur une chaise haute, hilare. Je dévorais du gruyère rapé avec les mains, une de mes activités favorites. Apparemment ça plaisait à tout le monde.

Je viens d'écrire dans un commentaire, ailleurs, que je dévorais aussi mes chaussures blanches et souples, que je nommais mes "lulu". Tu vois le blog me sert aussi à cela, à faire fil d'une idée, à reprendre des mots, des souvenirs. De toi à moi. 

Je revois cette photo. Je suis dans la poussette et je suis penchée sur mes godasses. Je les mange des yeux. Je ne sais pas encore marcher mais je bouffe mes souliers. Je les vénère. Je les suçais, je les mordais, je les machouillais, je les érafflais, je les griffais. Bon sang qu'est ce que je leur disais ?

Ainsi sont les humains et les bébés, qui bouffent leurs souliers encore dans leurs poussettes et puis un jour sautent sur leurs pieds pour aller danser.

Je vais déménager. C'est la cent millième fois. L'être humain est un errant. Je mange mes pas, je croque mes sentiers, dévale la colline sans vouloir savoir ce qu'il y a en bas.  

Je vais encore un peu me délester car là où je vais je sais que je vais, en quelque sorte, accumuler. Je me poserai des heures durant devant l'ordinateur rouge et j'écrirai. Je me pencherai, je creuserai, je m'envolerai.


Non, et puis, non. Je ne ferai rien. Tu verras bien.

.

.