les visages de mon dehors

Après tant de soleil et de chaleur, un temps d'humide et de fraicheur.

 Mai était en mars, un peu de mars en avril. Cela fait du bien. Comme de sortir du feu un bouillon qui crépite. Car tant de printemps qui détale de tous les fourrés en même temps,  moi ça m'excite, me régénère, me fait faire des bonds électriques.

Je dis ça et en même temps le jardinet est en telle expansion que je ne fais que le regarder. Je ne fais rien d'autre que regarder les plantes pousser.

Il est comme un être aux nombreux visages.

La face Est, son serpentin entre trois morceaux de terre verte, la cloture en bois qui s'effondre,  le coin humide sous le sureau, les jonquilles hautes, l'érable miniature et ses feuilles qui s'ouvrent brunes-rouges, carmin foncé. Les bébés groseilles. Les framboisiers qui poussent.



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Tout est bébé, tout est neuf.

Les arbustes plantés à l'automne et n'ont pas survécu aux moins quinze degrés de février. Le vieux laurier lui même fait la gueule.

Les coeurs de Marie, la glycine, l'osier. Tout est bébé. 

Encore telle ou telle plantation qui n'a pas encore repris, est-elle vivante ? C'est du côté sud, la terre est aride. Les bébés noisetiers sont en forme, ils seront grands dans vingt  ans, je ne serai peut être plus dans cette maison. Qui sait ?

 Le cognassier du Japon a traversé l'hiver, bébé lui aussi, tout je vous dis, et que vois-je  ? Ce n'est pas une variété aux fleurs rouges mais blanches ! Je ne savais pas ! Tant pis et tant mieux, elles sont fières comme des robes de mariées, j'ai mis la grenouille en dessous, la grosse, verte, en porcelaine.

Sous le robinier, des touffes de feuilles apparaissent en bosquet. Montent et se dessinent des boutons au centre. Qu'est ce donc ? Et ce petit rosier qui s'élance, léger, aux petites feuilles, est-ce un églantier ? Jusqu'où ira-t-il ?

Oui, c'est pour moi un printemps particulier. Le premier ici tout entier.