L'être féline

Mon chat, 
ce midi je roulais en voiture et dans un tournant je nous suis  revus dans la voiture qui t'amenait pour la dernière fois, le dernier voyage.
Tu étais blotti sur mes genoux dans ta couverture turquoise celle dans la laquelle tu es resté te reposer pour toujours. "pour la vie" , pour toute ma vie, voulais-je écrire.
Je ne cesserai jamais de regretter ce moment et cette décision, peu m'importe qu'on dise qu'il était temps et que tu ne pouvais plus souffrir. Je sais combien tu ne voulais pas mourir, malgré le désarroi, le manque de tout, ni eau, ni manger, tu voulais rester, rester avec nous, avec toi et vivre.
Ce printemps nouveau ici, le premier printemps dans la maison, dans ton, jardin, tu ne le vois pas.
Oui, je regretterai toujours de t'avoir emmené. Ton maître conduit et je suis à côté, tu es dans mes bras. Tu ne dis rien, tu es tout mignon, on ne dirait plus que tu es malade, tu sembles bien respirer et non plus étouffer comme durant ta dernière journée. Mais la décision est prise.
Nous aurions pu faire autrement si nous avions été entourés par un véto compréhensif et non cette brute du coin,  sans compassion, qui n'avait qu'une chose à dire " Qu'attendez vous pour me l'amener et abréger l'agonie ?". Pas de traitement pour te soulager, " ce n'est plus la peine", qu'il aille se faire voir cet enfoiré quand il souffrira le martyr dans son lit.

Je voudrais revenir en arrière et ne pas être dans la voiture avec toi sur mes genoux dans ta couverture turquoise. Ce midi ma peine est revenue intacte comme si c'était novembre, ton dernier mois, alors que c'est mars, tu le vois.

Sur ta tombe fleurissent les primevères jaunes, blanches et mauves. Tout comme j'en rêvais pour ma propre tombe quand j'étais plus jeune. C'est pour toi ce parterre de fleurs naturellement là, pas pour moi. Cette vision d'une tombe fraîche couverte de mes fleurs favorites c'était la vision de ta tombe, le souvenir de toi je l'avais déjà avant de te connaître.

je comprends pourquoi j'ai l'impression d'avoir tout effacé dans ma mémoire de notre vie commune, c'est que la douleur et le chagrin sont intacts et qu'il y a juste un léger feuillage par dessus pour me laisser vivre normalement.
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