les lendemains sans

C'est dingue comme savoir que tu ne travailles pas le lendemain te met dès le soir dans un état de libération et de relaxation.
Pourtant je ne bosse qu'à temps partiel et pour des choses que j'aime énormément ( lutte contre l'illettrisme, alphabétisation) mais c'est ainsi, le mardi soir c'est la joie. Car vraiment, ne pas bosser le mercredi, en plein milieu de la semaine, c'est cadeau.
Il n'y a pas d'enfant, ni petit, ni grand dans ma maison, j'aimais trop les mômes pour en faire, et j'avais trop lu papy Freud très jeune pour faire entrer de pauvres innocents dans ma famille....Le mercredi est donc mon jour de récré à moi et je le déguste dès le mardi 17h. Mes neurones se relâchent (!!) mon corps s'ouvre plus grand et mou, je suis libre, tout simplement.

Plus je vieillis moins je veux bosser, et plus je me demande ce que nous cherchons via le travail et surtout ce que nous récoltons vraiment. Beaucoup de choses se mélangent au fil du temps. Nous travaillons comme nous vivons, je le crois. Notre relation au travail est notre relation à nous mêmes, à la société, aux rôles qu'on se donne, et bien sûr à l'argent inhérent. Mais le besoin d'argent peut se relativiser, peut évoluer, nous pouvons avoir une prise sur lui. J'ai la chance de ne pas avoir la corde au cou côté fric et de ne pas vivre seule. On dirait que les hommes ont plus besoin que nous de bosser, dans leur vie, que c'est une base plus indispensable pour le rôle sociétal qu'ils veulent bien se donner. Je ne m'en plains pas. Plus jeune, j'ai essayé l'inverse, la nana qui bosse et le mec non, ou bien la nana qui bosse plus que le mec qui est chômage, par exemple. Ce n'est pas toujours simple, surtout pour lui, on dirait.

Bref, c'est un débat sans fin. Mieux vaut ne parler que de ce que, moi, je ressens. Je pense souvent à ne plus travailler du tout, presque dix ans avant la retraite. Et sur le plan personnel je ne sais pas ce que ça donnera. J'ai exercé plus de quarante emplois dans divers domaines, j'en ai changé souvent parce que je m'ennuie et apprends vite et aussi pour ne pas m'engluer dans des systèmes institutionnels pathogènes. Il aurait fallu que je bosse en solo, en free lance. Mais j'avais besoin de me frotter au travail d'équipe et j'aimais cela et je le faisais bien. Plus maintenant. Cela ne me convient plus du tout, je n'ai plus de patience envers mes collègues et leurs bla bla et tout ce qu'on met en jeu au boulot et qui n'est en fait que du ressort de la vie personnelle. Je n'ai plus la patience, ni l'envie et j'ai trop travaillé dans "le social". J'ai beaucoup appris, je continue d'animer des groupes de personnes dans un cadre socio-culturel, mais sortie de ma salle d'atelier, je ne me sens plus concernée par tout ce que je vois et entends dans la structure, parce que j'y retrouve tout ce que j'ai déjà vu, entendu et accompagné dans toutes les structures où j'ai bossé.

Ne plus travailler, donc ?
Ou si peu.
Créer pour soi ?
Et les autres ?

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