Préparatifs

Je suis allée prendre le sac à dos jaune dans le garage. C'est le plus gros et bien solide. Je prendrai le sac en toile aussi, celui là se porte sur l'épaule en bandoulière. A fleurs, tout mou, plein de poches sur les côtés. Mine de rien il contient pas mal. Je suis en train et à pied, je ne veux pas me courber comme un chameau à chaque pas. 
Comme je visiterai une amie qui tient une boutique de fringues et fripes, j'ai intérêt à laisser de la place dans mes sacs.Je sais bien comment ça se passe.
J'ai sorti du placard ma trousse de toilette ronde en pilou bleu. Fut un temps où c'était à jour là dedans. Je l'ouvre aujourd'hui en découvrant les échantillons, le petit savon, la brosse à dents, comme des ancêtres qui attendent dans un fauteuil à bascule. "Ah tiens, te revoilà, ben nous on a été sages, regardes, tout est resté en état". Dans de petites bouteilles il y a des liquides que je ne reconnais plus. Huiles ? Shampoing ?  Eau de toilette pour le visage ? Je sniffe, j'en mets sur le dos de ma main, j'essaie de me souvenir. J'utilise de moins en moins de choses ( bon je me lave quand même hein !)  et que du bio (jusqu'au crayon à zieux). 

Quand je pars quelques jours ou plus, je prépare toujours à l'avance mon sac. Je décide tout d'abord du sac à emporter, puis à chaque fois que je pense à un truc que je ne dois pas oublier je le mets illico dans ce sac, en vrac , comme un pense-bêtes. On organisera la place après. Cette méthode m'évite tout rush angoissant en dernière minute et le speed " à l'arrache", non merci ce n'est pas pour moi, je n'ai pas la carrure, pas la santé, pas le coeur pour. Quand je bouge je veux un confort maxi, moralement surtout. Je veux observer chaque seconde à la loupe, lentement. Le mouvement se répand en moi comme une tisane chaude. Occupe la place que je dois laisser ouverte, disponible et non pas froissée et tendue des derniers oublis et stress inutiles.

J'ai été élevée par des gens très très nerveux et en même temps un père très concentré. Angoissé et sérieux, appliqué sur tout. "Et si ceci, et si cela...." Il fallait anticiper, prévoir toute catastrophe possible pour être prêt à la déjouer et ne rien subir de fâcheux au dernier moment. Toute éventualité de problème était passée en revue mentalement, et toutes les solutions devaient être à portée de nos mains. Nous partions très en avance rejoindre gares, ports ou aéroports.

Cela te forge un caractère de la nana qui critique tout, compare, prévoit, analyse les problèmes et trouve des solutions de toutes sortes. Un genre de scout au rabais. J'étais la première à être prête, la valise en main. J'ai toujours un couteau dans mon sac, une bouteille d'eau, un biscuit. Les : "On ne sait jamais ce qui peut arriver" "Ne jamais être pris au dépourvu",  je suis tombée dans cette marmite toute petite.

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