la vie des nôtres

J'ai démarré "Plus rien ne s'oppose à la nuit" de D. Le Vigan. Plusieurs blogamies l'ont lu. J'ai bien perçu leur émoi.
J'ai démarré ce midi, ce livre se lit. Il défile , si on le laisse défiler. Au début j'ai dit euff. Ben...c'est à dire, comme un recul. Pas envie de lire la vie des autres ? Pas envie de lire une autre mère que la mienne, moi qui ai démarré un écrit qui attend sa vie ? Patiente...

Je me suis levée, j'ai posé le livre, j'ai remis du bois dans le poêle, j'ai même sorti une part de gâteau au chocolat du congélo et léché la cuillère sur le fondant qui avait réchauffé. A point. Besoin de réconfort ?
Après je m'y suis remise "ne fais pas ta mauvaise tête, essaies donc."

Et j'ai plongé dans la vie de Lucile. Bleue. Bleue aussi sur son lit de mort, de cendres, reposée, que sa fille découvrira un jour mais on n'en est pas là. Lucile est enfant dans Paris avec sa palanquée de frères et soeurs. L'après-guerre. Les photos de nos mères. Les photos de ma mère, femme que je ne connais pas tant que je n'ai pas vu le jour.

L'auteur raconte la vie de sa mère et de sa famille. Parfois cela me gêne, puis non, c'est comme un film, émouvant, vif et tremblant aussi de sa propre interrogation, ses doutes à mettre en scène cette vie qu'elle n'a pas connue, qu'elle imagine. Les chapitres du retour au présent, des doutes de l'auteur, de son cheminement, sont très intéressants et me font mieux plonger dans la vie de Lucile, sans rechigner.
Ses questionnements sont les miens : de quel droit parler de cette femme, de ces temps où l'on était pas ? Mettre en scène l'histoire des nôtres ? Se baser sur les témoignages ?

Quel(s) style(s) et quel rythme donner au récit ? 

On aime lire les vies. Serpenter dans les détours, s'accrocher aux images mentales, devenir parmi eux, un être mêlé de tous, de ce passé qui est le nôtre. Ces recoupements vitaux. 
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