Vie de sauvage



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Tu crois être de mer. Mais au fond tu n'es que de là où tu es. Par endroits.

L'amour t'amène là d'où tu seras, c'est tout.
Tu crois être de mer et puis voilà rivières. Te voilà conquise par des roches brisées, des pentes vertes, des falaises calcaires où autrefois s'étendait la mer. Tu vis donc sur une mer retirée depuis des éternités, en lieu et place d'elle. Coulent des eaux claires, limpides, certaines languissent dans des chutes mousseuses  moyenâgeuses, toujours dans des creux, des caches. Et l'eau goutte à goutte. Attention tu pourrais glisser tant c'est humide parfois.

Tu crois être mer mais l'amour t'emmène là où tu ne sais pas. A chaque fois dans des lieux qui t'étaient totalement inconnus. Ils te prennent par le cou, t'enlacent, et tu ne sais plus, finalement, où tu es.

Je me souviens du premier automne ici, je venais d'arriver, en août. J'ai retrouvé les couleurs du Québec, les rouges d'érables en un peu moins. J'étais enchantée. Je faisais tout à pied. Les deux kilomètres pour les courses et la terrasse de troquet sur l'unique place du village. La beauté était simple, pas besoin de publicité, besoin de rien, juste deux pieds-deux yeux.

Et ici on est seul. Partout où l'on va il est facile d'être solitaire, juste un détour, un sentier de plus, et personne devant, personne derrière. C'est sans doute cela qui m'a séduit le plus fort.

Car je ne suis ni mer, ni terre, ni vent, ni feu, ni loin, ni proche et surtout pas montagnes, mais je suis sauvage. Je n'aime pas le monde, celui qui ne tourne pas rond, celui qui fait du bruit, crie, et joue sa comédie.

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