Il voulait un pull bleu



Il voulait que je lui tricote un pull bleu, UNI.
Bleu comme ses yeux.
"Mais enfin, mon Poussin-des-îles, tu me connais, comment veux tu que j'y arrive ? Un truc uni sans zigouisgouis et sans couleurs ?? Un amour lisse d'une seule teinte, une vie toute droite ad libitum ???"

C'est vrai qu'un jour je l'avais fait. Un grand pull blanc, blanc cassé, certes, mais uni, oui. A peine une fine rayure noire aux poignets.

C'était dans une autre vie. Ce tricot fut le fruit d'une interminable attente après une année de lointain. Il allait revenir, je m'essayais à la patience en tricotant du blanc, une banquise de patience. Seule comme un pingouin égaré je maillais du blanc cassé.

"Oui, mais mon très cher, c'était il y a
bien longtemps !"

- Et alors ?
- Et alors, mon exquise banquise a fondu dans nos ouragans !! A l'horizon, derrière et devant, des montagnes, des valses, des torrents. Des marées, des tourments, des lacs, des tournicotis et v'lan ! L'uni n'est pas nous, ne l'a jamais été ! "

Rien à faire mon grand lapin blanc restait posté sur ses pôles.
Moi je faisais semblant. Une maille en hiver, une maille au printemps. Dix-huit mois que ça durait.

Il avait gagné un dos quand même. Un dos bleu pour mon éléphant rose qui, patient, regardait.
Me regardait ne pas lui tricoter cet amour uniforme qu'il croyait vouloir.

Un beau jour d'une nouvelle année, je me suis postée devant mon matelot aux yeux marins.
Je ne pouvais plus mentir ni me languir de mes couleurs qui attendaient leur tour en désordre, chamarrées, en boules, mêlées, joyeuses.

" Bon, écoutes, mon Corto. Voilà, c'est pas rigolo. Tu me connais non ? Soyons, au moins une fois, un peu réalistes. Il me faut matière à m'amuser, créer colorier. De cet ennui uni, de moi, tu ne récolteras rien, non rien de rien. Et tu le sais bien.
......
-Dis quelque chose mon Cortito....

- Euh ? bé, bon, tu veux faire un dessin ?
- OUiiiii !! La lune si tu veux je te la décroche et je te l'accroche avec mes aiguilles, ou un animal, ce que tu veux !!
- Un chat ?

Ah ! Oui mais voilà que mes croquis sur papier étaient nuls. Alors mon Picasso du stylo s'empare d'une feuille et me croque un beau chat qui lui ressemble. Un peu de guingois, tout poétique, et qui regarde en l'air des papillons marrants.

OUF !!

Maintenant ça gigote, ça s'embrouille, je ne quitte plus mon fauteuil en osier, celui près de la fenêtre où les mésanges viennent picorer.

Il y en a un qui sourit et se moque
"Ah ben maintenant ça avance, hein ?"
- Mais oui mon héros, tu le sais comment je suis...dans la tête, pleine de bigoudis !"


Lôlà

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