Cartes doudous



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J'ai repris les collages depuis, depuis quand ? Un peu avant l'hiver sans doute.
C'est une activité simple et prenante qui ne fait que plaisir, depuis chez moi jusqu'à l'autre, un continuum de plaisir,  puisque j'envoie. C'est une activité un peu "doudou". Qui demande peu de matériel même si mon bureau ressemble à une papeterie sauvage abandonnée. Garder les cartons, accumuler des images, des magazines, des prospectus. Comble de joie ma médiathèque actuelle donne tous ses vieux catalogues d'expos ( car c'est aussi une salle d'exposition d'arts plastiques), ses cartes périmées, ses revues dont plus personnes ne veut, ses posters usagés, etc etc. Une mine, donc.



J'ai un public facile pour mes cartes-collages, mis à part toi, ce sont mes trois "mamies". La carte ci dessus pour ma tante qui trouve la vie trop dure depuis que son mari est parti. Elle a passé 80 ans, je ne sais pas si elle veut vivre, elle aimerait plutôt le rejoindre. Elle est grande lectrice, cela la sauve. Quand elle ne reçoit pas mon courrier, au bout d'un mois, elle réclame, je lui ai dit que j'adorais qu'elle le fasse. De plus, elle se fend souvent d'une carte postale parisienne très kitsch pour me remercier de temps à autre. Cela me plait aussi. Ses cartes sont des vieilles photos recoloriées et je sais que cela lui fait une sortie d'aller les acheter et de poster, elle qui ne sort plus guère.

La carte avec le gros chat au lit tombait pile poil ( !) pour Lizzie, l'amie d'enfance de ma mère qui a, elle, atteint les 88 ans l'an dernier. Elle a son compte aussi, je crois. Mais curieusement elle va beaucoup mieux depuis deux ans qu'avant. Avant, trois pertes lui ont cassé le mental et le physique : son mari, sa soeur puis ma mère. Le corps lui en a fait voir terriblement. Ensuite son fils a construit sa propre maison et y a ajouté un studio attenant pour elle. Il l'y emmène tout l'hiver, c'est près de la mer, elle quitte la déprime du village corse de montagne, déserté. Elle se fait chouchouter.

Pourquoi le chat ? Parce qu'elle a une chatte qui ressemble à celui là, une merveilleuse féline qui parle. Un amour de chat. Elle prend soin de sa maitresse. Mais ne remonte plus au village, elle, en été. Elle est trop installée dans le jardin du fils, elle s'éclate. En novembre, L. est donc  redescendue dans "son studio" et a retrouvé sa Minucetta. La chatte lui a sauté dessus, sur le fauteuil, et l'a léché partout, mains, chevilles, visage, chaque bout de peau a été cajolé par la bête aux grands poils, une petite reine celle là.
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Mon Couli tu entends ? Tu sais que tu me manques. Je ne peux pas penser trop à toi parfois, je ne veux pas trop pleurer. Mais je peux maintenant repenser à toi avec amour et joie. Revoir ton petit nez, tes yeux expressifs qui me manquent tant, la communication avec toi qui était exceptionnelle et qui n'est plus là. Le poids de ton corps sur le mien, tu avais mis tant d'années avant de venir câliner, de sauter sur mon ventre et de t'en vautrer. J'avais attendu et souhaité ces moments longtemps, huit ans. Et puis un jour, dans ta deuxième maison, devant la cheminée, après m'avoir beaucoup regardé, après avoir bien pesé le pour, tu avais sauté sur mes genoux, moi assise sur le fauteuil en osier qui allait devenir le nôtre, enfin. Tu me manques de partout petit chat. C'est comme ça. Celui qui n'aime pas ne manque de rien, tu crois ? Ah ha ah, non je ne crois pas.
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