Les vendredi avec Huguette

Au départ, Huguette était ma voisine, à la campagne. Nous sommes devenues proches. J'allais chez elle l'aider à réviser les mouvements de Taï chi chuan. Nous suivions le même cours au village. Elle avait 70 ans et une forme olympique.

Puis elle vint en ville, là où moi aussi j'avais déménagé. Nous nous sommes retrouvées.
Bien que résidant dans la même ville, nous nous écrivions.
Pour prendre rendez-vous pour une balade, pour se dire merci pour la balade, pour s'inviter à un goûter ( elle a testé tous mes essais de pain d'épices en s'extasiant !), pour le plaisir de créer des cartes et des enveloppes avec nos collages.
Collages et coloriages, Huguette s'y était mise à force de recevoir mes courriers bariolés. Elle en était heureuse.
Nous aimions la joie spontanée et enfantine.

J'ai encore avec moi certaines de ses oeuvres postées.




Nous avions nos rendez-vous du vendredi matin. On se retrouvait à la grande médiathèque. Elle y était un peu perdue, c'était un lieu nouveau pour elle. Je l'y accompagnais, la guidais au début, dans les rayons et auprès des bibliothécaires. Nous y passions un bon moment.

Ensuite nous avions notre rituel au café d'en face, un beau café décoré. Chocolat pour elle, occasion de me raconter ses souvenirs d'enfance. Thé pour moi.
Nous avions de nombreux intérêts communs, beaucoup autour de la nature et de l'âme humaine, beaucoup autour de l'éducation familiale et de la liberté d'être.

Nous finissions par un tour au marché, elle y achetait ses oeufs à mettre dans son panier en osier.
Parfois nous déjeunions ensemble, le plus souvent on se quittait sur le marché, ravies de notre vendredi matin.

J'aimais aussi partir dans la nature avec Huguette qui connaissait chaque plante, surtout les comestibles. Nous aimions observer, être lentes et émerveillées. Elle parlait aux arbres, je caressais les fleurs dans les arbres. Je le fais toujours.

Cette expérience avec cette amie, aujourd'hui disparue, ainsi qu'un stage avec le service municipal de livraisons de repas à domicile, m'ont donné envie, il y a sept ans, de faire du lien entre la médiathèque et les personnes qui n'osent pas toujours y venir seules, ou ne peuvent se déplacer aisément. Lors de mon stage de portage de repas, j'avais découvert la problématique de la perte de la vue avec l'âge. La lecture à voix haute m'a toujours intéressée. L'idée de cet accompagnement à la lecture, projet non construit, n'a pas abouti. Chaque chose en son temps.

Peut-on adapter à des "inconnus" un accompagnement qu'on a vécu avec des proches ? Quel degré de connivence est-il requis ? Comment à la fois être au service d'une personne qui a ses propres besoins, prioritaires, et apporter de soi, impulser des activités, des partages qui nous sont chers ?

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