Déjà un présage

 
C'était déjà un présage, en janvier, il faisait très en dessous de zéro, nous étions transis malgré nos cuirasses de laine mais l'eau coulait, vive, prometteuse.

La glace était revenue plusieurs fois aux frontières même des fenêtres, invasive.  Evadée maintenant, elle avait laissé sa place.
Il y a de la place pour tout, si on en prend le temps.

Nous avions trouvé cette ferme isolée, improbable, signe d'un autre siècle. Au bout de la route, sans un signe de vie.
J'avais franchi le portail bleu d'autrefois.

J'étais dans la cour
comme chez moi
quand le vieil homme
a ouvert sa porte.
Devant lui un petit chat, surgi de nulle part, réclamait la chaleur et sa pitance... et moi, confuse, je m'excusais auprès de ce charmant monsieur, très âgé, dans son chandail épais, canne à la main, que plus rien n'étonne.
Je croyais qu'il n'y avait plus rien ni personne mais
il y avait la vie. 
Qui résiste, solitaire, émouvante. 
Il y a toujours.

Alors oui, dehors, je le vois, la douceur prend ses marques. 
Les chants s'installent, doux présages pour du bon.
Et tournent les manèges...